DIVERTISSEMENT

Maxim Gaudette traqué par la Police de la pensée dans «1984»

04/11/2016 05:15 EDT | Actualisé 04/11/2016 05:18 EDT
Stephane Bourgeois

Deux poids, deux mesures, diront certains. Mais avouez qu’il est difficile de ne pas faire de parallèles entre l’actualité récente, où les journalistes d’enquête les plus en vue du Québec, symbole du quatrième pouvoir, sont traqués par la police, et le grand classique de George Orwell, dans lequel les citoyens sont espionnés par la Police de la pensée. Le Théâtre Denise-Pelletier ne pouvait pas «choisir» un meilleur timing pour mettre à l’affiche l’adaptation de 1984.

Le roman a peut-être écrit en 1948, mais force est d’admettre que la surveillance intensive des différentes sphères de la société est plus que jamais possible avec la localisation des téléphones cellulaires, le hacking des ordinateurs et les caméras hors fonction qui nous filment possiblement à notre insu.

1984

«Évidemment, on vit dans une société en paix, ici. On n’est pas sous le joug d’une dictature. Mais à un moment donné, on peut devenir parano avec tout ce qu’on apprend. On sait que la police espionne réellement les gens», souligne le comédien Maxim Gaudette, qui tient le rôle principal de Winston.

Classique de la littérature d’anticipation d’une redoutable efficacité, 1984 fascine les générations depuis des décennies. Sa lecture transforme, ébranle, choque, et surtout, ouvre les yeux. «Orwell a poussé à l’extrême le concept de contrôle de la société. Il illustre l’appauvrissement d’un peuple qui ne peut plus structurer sa pensée. On lui fait croire que la nation est en guerre contre tel ou tel pays et on le tient dans l’ignorance en lui transmettant de fausses informations. Ce qui n’est pas si loin de la réalité…»

Dans une société où Big Brother voit tout, sait tout et modifie la vérité, certains hommes sont employés par le ministère de la Vérité pour réécrire l’histoire. Mais l’un d’eux, Winston, commence à remettre en question l’ordre établi.

«Il n’en peut plus de vivre dans le mensonge. Il fait disparaître des gens en trafiquant des photos et des articles. Et par sa faute, certains êtres humains deviendront des non-personnes. Il se sent coupable de faire ça, car il n’adhère pas du tout à cette philosophie. Il a envie de se révolter.»

Il a également envie d’aimer sa Julia, sans contrainte. «Dans la société où ils vivent, ils ne peuvent pas s’exposer en public. Mais ça va plus loin que ça : ils ne peuvent pas avoir de pensée contre la patrie. Les enfants dénoncent leurs parents. Ils ne peuvent même plus faire confiance à leurs proches. Mais l’amour de Winston pour Julia le pousse à continuer de s’affirmer.»

Craignant d’être l’un des rares à vouloir se rebeller contre les dirigeants, Winston sera soulagé de rencontrer O’Brien, le dirigeant de la Fraternité des résistants. «Il pense avoir accès à une société secrète qui travaille contre le parti au pouvoir et il croit que son projet est désormais réalisable, avec l’aide de plusieurs alliés. Mais c’est faux...»

Winston sera berné par celui qu’il voyait comme un sauveur. C’est d’ailleurs le résultat de ce désenchantement qui sert de courbe dramatique à l’adaptation théâtrale.

«La pièce se passe pendant que Winston se fait torturer et qu’il a des flashbacks de ce qui l’a mené jusque-là. Au début de la pièce, il est perdu dans un espace-temps qu’il a de la difficulté à identifier. Au fur et à mesure, il rencontre des personnages et l’histoire lui revient. Jusqu’à ce qu’il reprenne possession de lui-même et du révolutionnaire qu’il est.»

Comme à l’époque où il avait interprété Marc Lépine dans le film Polytechnique, un «personnage» appartenant déjà à l’inconscient collectif, Gaudette joue cette fois une histoire lue et relue par des millions de lecteurs.

«Beaucoup de gens s’attendent à quelque chose, puisqu’ils ont déjà leur propre imagerie. Mais je ne peux pas correspondre aux idées de tous. Je dois prendre le personnage de l’intérieur, comme je le vois, en lien avec la vision de la metteure en scène Édith Patenaude.»

Malgré le succès obtenu lors de sa présentation au Trident de Québec, l’année dernière, l’équipe de création continue de peaufiner et de clarifier certains détails, à quelques jours de la première. La pièce sera présentée au Théâtre Denise-Pelletier du 9 novembre au 16 décembre 2016. Cliquez ici pour plus de détails.

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