POLITIQUE

Patrick Lagacé estime que l'administration Coderre exacerbe la «chasse» aux policiers délateurs (VIDÉO)

31/10/2016 03:39 EDT | Actualisé 31/10/2016 06:38 EDT

Les policiers qui parlent aux journalistes font l'objet d'une véritable «chasse aux sorcières» qui est exacerbée depuis l'arrivée au pouvoir de Denis Coderre, affirme le chroniqueur Patrick Lagacé, et le fait que le téléphone de ce dernier a été mis sous surveillance policière durant des mois ne fait que prouver cette réalité.

Quelques heures après que sa situation d'espionnage a été dévoilée au grand jour, Patrick Lagacé ne mâche pas ses mots. Non seulement il est inacceptable selon lui qu'une juge de paix ait donné son accord pour plus de 20 mandats de surveillance concernant son téléphone cellulaire, mais il est aussi préoccupant que les policiers qui osent parler aux journalistes soient autant traqués par leurs confrères et supérieurs.

En entrevue avec Patrick Lagacé, Le Huffington Post Québec lui a posé quelques questions:

Pourquoi dites-vous que la chasse aux sorcières au SPVM est plus intense avec l'équipe de Denis Coderre?

Patrick Lagacé: «La police comme plein d’autres institutions n’a jamais aimé que ses secrets coulent dans les médias. Depuis l’arrivée de l’administration Coderre, cette paranoïa est carabinée. Ce que je dis c’est que chaque fois qu’une histoire de police se retrouve dans les journaux alors qu’elle n’était pas dans un communiqué de presse ou un plan de communication approuvé par tout le monde [Ville de Montréal et SPVM], si à chaque fois qu’une fuite médiatique se produit au SPVM, le cabinet du maire appelle le chef de police pour lui taper sur la tête, c’est sûr que ça déclenche une paranoïa. Et ça peut pousser des gens à prendre des décisions stupides, comme celle d’espionner un journaliste».

Le cabinet du maire se rend compte qu’il «stimule» cette chasse aux sorcières?

Je ne sais pas… Mais je pense que comme toute administration, l’administration Coderre a une sainte horreur de voir des nouvelles déplaisantes et décoiffantes dans les médias. Cette sainte horreur est normale. Après ça les moyens qu’on prend, c’est là que ça pose problème pour moi.

Donc vos sources confirment qu’il y a une chasse aux policiers délateurs au sein du SPVM?

On sait que des policiers se sont faits menacer de passer le détecteur de mensonge pour voir s’ils avaient parlé aux journalistes. Félix Séguin [journaliste à TVA Nouvelles et au Journal de Montréal] sait que la police dispose d’un logiciel pour essayer de croiser des numéros de téléphone de journalistes avec des comptes téléphoniques des policiers. Pour eux, parler à un journaliste c’est une faute grave.

Estimez-vous que le système de justice a failli en accordant ces mandats de surveillance au SPVM?

C’est la prétention de La Presse. La Cour suprême a créé un test en neuf points pour les policiers qui veulent aller saisir du matériel journalistique dans une entreprise de presse ou chez un reporter. Bon, ici, il n’est pas question d’une saisie, mais l’esprit de ce test a-t-il été appliqué? Notre prétention à La Presse c’est que non, l’esprit de ce test-là n’a pas été appliqué par la juge De Carufel.

Quand vous avez appris que vous aviez été espionné pendant des mois, comment avez-vous réagi?

Je me suis senti épié. Ce qui est vraiment important, c’est que la police a fait quelque chose d’exceptionnel pour lequel on n’a pas trouvé d’équivalent au Canada. Demander à un juge la permission d’espionner les communications d’un journaliste, ça c’est du jamais vu. La question importante c’est à quel point les policiers sont prêts à aller loin pour débusquer les sources des journalistes.

Pourquoi est-ce si important que des policiers aient le droit de parler aux journalistes?

Car il est question ici de démocratie, si le débat public n'est alimenté que par les informations officielles de l'État, on ne saura pas tout, les citoyens seront privés d'informations de haute importance. La démocratie recule et se fragilise.


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