«Nos Femmes» chez Duceppe: la pièce qui veut faire parler (et pleurer) les hommes

Publication: Mis à jour:
NOS FEMMES
chez Duceppe
Imprimer

Les comédiens Guy Jodoin, Sylvain Marcel et David Savard perceront le silence des hommes et mettront leurs tripes sur la table, si on se fie à Michel Poirier, le metteur en scène de la pièce Nos Femmes, qui sera présentée chez Duceppe.

Trois amis de gars depuis plus de 30 ans se réunissent chaque semaine pour jouer aux cartes. Paul (Guy Jodoin), médecin, homme marié et père d’enfants toujours aux études, est l’émotif du trio. «Le cœur parle en premier chez lui, révèle Michel Poirier. Il essaie de tout tempérer. Son couple est dans un statu quo et il ne veut pas faire de vagues.»

Max (Sylvain Marcel), lui aussi médecin, est plutôt cérébral. «C’est un homme blessé par un divorce et il est présentement dans une relation conflictuelle avec sa blonde.» De son côté, Simon (David Savard) est passionné par l’image. Coiffeur, propriétaires de salons et tombeur de ces dames, il est le symbole de la «réussite» sociale. C’est aussi lui qui fera tout basculer.

Le soir de leur réunion hebdomadaire, il arrive dans un état lamentable, un peu saoul, au bord de l’hystérie. Il a commis l’irréparable. Lors d’une dispute avec sa copine, après qu’elle l’ait frappé, il l’a prise à la gorge et l’a tuée. Quand ses amis le rejoignent, il leur demande de lui fournir un alibi et de le couvrir.

C’est à ce moment que la pièce prend son envol. Si Max refuse d’emblée, Paul hésite. Et les trois hommes feront face à un profond questionnement sur la moralité de couvrir un meurtre commis par un ami si proche. «C’est évident qu’on ne couvre pas un ami pour un meurtre… mais quand ça arrive, on n’est plus dans la simple logique. On y pense. C’est facile pour nous de répondre non, mais eux, ils vivent le dilemme de l’intérieur.»

Ceci étant dit, la matière première de Nos Femmes est plus complexe encore, selon le metteur en scène. «Le meurtre déclenche autre chose chez eux. La situation me permet de faire parler ces gars-là et de mettre en lumière l’inventaire de leur vie. Même si Simon est le seul à avoir posé un geste criminel, les deux autres sont aussi en train d’étouffer leurs femmes et leurs filles. Avec le silence. Et l’indifférence. Ça aussi, ça tue.»

Cette possibilité de disséquer le silence des hommes est ce qui a convaincu Michel Poirier de s’attaquer à Nos Femmes, une œuvre bien différente d’Encore une fois, si vous permettez, La Vénus au vison, Judy Garland et Match, qu’il a également mis en scène chez Duceppe au cours des dernières années.

«C’est ça mon défi : faire parler les hommes. On dit souvent que les femmes ont besoin de parler pour nommer leur bonheur, leurs angoisses, leur amour et leur chagrin. Et c’est encore vrai que les hommes parlent peu. On dirait que c’est dans notre ADN.»

Le créateur ne se contentera pas de faire parler abondamment ses comédiens, il veut aussi les faire pleurer. «J’ai dit aux trois gars qu’ils allaient pleurer sur scène. Je pense que la seule façon de nous sauver, c’est d’apprendre à nos fils à pleurer. Quand on dit aux garçons de ne pas pleurer, au fond, on leur dit de se taire. Et le mutisme fait mal. À eux et aux femmes.»
Poirier a choisi son trio d’interprètes spécialement en fonction de leur sensibilité, convaincu qu’ils allaient se comprendre, se reconnaître et s’émouvoir.

«Les trois sont doués pour l’abandon. Je connais Guy depuis très longtemps et chaque fois que je le rencontre, je réalise à quel point il est empreint de bonté et de non-jugement. Sylvain, sous ses dehors de police est rempli d’humanité. Et David, que j’ai très peu rencontré, je le voyais jouer le flasheux et le tombeur… mais on réalise à la fin, malgré ce qu’il a commis, que son personnage est peut-être celui des trois qui fait le plus preuve d’humanité.»

Difficile d’imaginer qu’en 2013, en France, la pièce tirée du texte d’Éric Assous était une… comédie. «Quand Duceppe m’a proposé de monter la pièce, je leur ai dit que ça m’intéressait, mais que j’allais passer mon tour s’il voulait une comédie. Je trouve que la pièce était plus forte que ça. Bien sûr, il y a quelques situations qui peuvent faire rire. Quand on est témoin, en tant que public, d’une réaction à une situation épouvantable, ça peut être comique parfois. Mais ça reste un huit clos de réflexion et de confidences. C’est un drame.»

Metteur en scène prolifique, Michel Poirier retrouvera Guylaine Tremblay et Henri Chassé en répétitions avant que la pièce Encore une fois, si vous permettez parte en tournée partout au Québec dès février. À l’été 2017, il mettra en scène une pièce au Théâtre Beaumont St-Michel pour une douzième année consécutive. Et à l’automne suivant, il travaillera sur une création dont il ne peut dire un mot pour l’instant.

La pièce Nos Femmes sera présentée chez Duceppe du 26 octobre au 3 décembre 2016. Cliquez ici pour plus de détails.

À lire aussi sur le HuffPost Québec

Close
«Nos Femmes» chez Duceppe: la pièce qui veut faire parler (et pleurer) les hommes
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Suggérer une correction