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«Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s'arrêter»: Antoine Corriveau, à cœur battant (ENTREVUE)

24/10/2016 10:07 EDT | Actualisé 24/10/2016 12:28 EDT
JFCYR

Dramatique, le troisième album du musicien-chanteur Antoine Corriveau finit quand même par nous avoir. La galette porte le long, mais joli titre Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter. Comme le titre, l’univers de l’album est assez singulier. Corriveau, c’est comme notre poète maudit en musique: ténébreux, mais passionné. Rencontre dans un café montréalais.

Il y a deux ans, l’auteur-compositeur-interprète avait surpris énormément de gens avec ses magnifiques ombres longues: voix tragique, arrangements folks pénétrants, paroles élégantes et tapis de sensibilité. Ce fut l’un des meilleurs albums de la fournée québécoise 2014.

Cinquième saison

Le poignant est de retour sur Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter. Ça laisse croire qu’il y a eu quelques passages à vide. Les thèmes de la peur (cette «chienne indomptée d’être comprise à moitié») et de la rupture y sont abondamment traités. La mort (les chansons Croix blanche et Rendez-vous) aussi détient une place de choix.

Assumant pleinement les ambiances tristes ou mélancoliques, Corriveau a utilisé tantôt un ensemble de cordes, tantôt des voix féminines délicates. Du côté de son chant, il a la même approche du survivant écorché que sur Les ombres longues. On pense à Deux animaux, Les contours clairs ou encore à la belle complainte titrée Parfaite. Parfois, l’interprétation vocale est tellement tragique que l’effet est à la limite de la caricature. Mais avec Corriveau ça fonctionne bien. Il assume grave.

Sorte de folk rock automnal, son travail fait penser aux univers de Tim Burton (les atmosphères), Nick Cave (le tragique) ou encore Daniel Lavoie (la voix). Dans l’espèce de cinquième saison de Corriveau, la lumière est basse et la terre est froide. Heureusement, le disque n’est pas juste lugubre et le chanteur affligé. Sa musique laisse un peu de place au positivisme, comme sur la pièce Constellations, qu’il livre en duo avec Fanny Bloom.

Né en décembre

Stéphane Bergeron, (ancien batteur de Karkwa), Marianne Houle (arrangements de cordes), Nicolas Grou (réalisateur et complice) et Corriveau se sont rencontrés une première fois en décembre pour une préproduction. Le trip a duré une semaine.

«On partait de rien, raconte Antoine Corriveau. On a fait des jams, exploré, répété jusqu’à ce qu’on arrive à de de bonnes versions de base. Après, on a raffiné durant plusieurs mois. Majoritairement, l’album a été enregistré au studio de Nicolas. Pour les douze musiciens à cordes - six violons, trois altos, deux violoncelles et une contrebasse -, on a loué en juin un plus grand endroit, pour une journée».

Le disque précédent misait grandement sur les guitares. Pour Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter, Grou et Corriveau ont laissé beaucoup de place aux cordes, au piano et aux cuivres (en plus des cors, trombones et saxophones, notons la trompette à la Miles Davis livrée par David Carbonneau, sur Constellations). La batterie légèrement inspirée du trip-hop, propose des rythmes carrés, qui sont enrichis de percussions. «Plus qu’avant, les instruments beaucoup dans les mélodies», indique Corriveau. La musique est assez différente de l’autre album. Les textes aussi. Ils sont plus crus et plus francs.»

C’est assez clair, les paroles viennent des trippes du chanteur. Sur plusieurs de ses morceaux, on peut presque voir un animal qui traine son corps blessé, en ville à ou dans les bois. «On a joué beaucoup avec les tensions et les dissonances, affirme le chanteur. L’album s’est construit pas mal autour de ça. Je pense que la musique a fini par trouver son chemin naturellement. On a suivi, parce que c’était trippant. Sept mois avant, j’aurais jamais cru que le troisième album donnerait ça. Je pensais que j’allais créer quelque chose de plus léger cette fois-ci…»

antoine corriveau

Dylan, Cave et Cohen

Les cimetières, les animaux égarés, les âmes perdues, les lieux lugubres, les écrasements d’avion (Les hydravions de trop), Corriveau s’est amusé dans les coins sombres… sans verser dans le déprimant (quoique). Plus loin dans l’entretien, il expliquera que les thèmes d’écriture ont été partiellement inspirés par des lectures traitant du «dark tourism», un tourisme stimulé par des lieux marqués par les catastrophes et la mort, comme Tchernobyl ou Auschwitz. Joyeux! «Je me suis intéressé à la dualité entre la fascination pour la mort et le désir fondamental de la repousser. Après, j’ai essayé d’en faire quelque chose de personnel.»

Outre la mort, Corriveau dit qu’il existe un autre sujet qui le préoccupe pas mal: «J’aime fouiller dans les problèmes de communication entre les gens. Quand j’écris, je sens souvent que j’ai besoin d’en parler. J’aime aller creux dans le truc. Je trouve même que je manque souvent d’espace dans mes textes (et ils sont pourtant assez longs) pour aller plus loin encore.»

«Il y a une anecdote que j’aime bien: Tom Petty et Bob Dylan font une chanson ensemble. Chacun a écrit cinq couplets. Petty, lui, est convaincu qu’il a déjà une toune. Mais Dylan, lui, reste assis et écrit quarante couplets de plus… Et c’est au 38e que quelque chose de débile sort… Pour moi, ça toujours été ça. J’aime aller loin dans l’affaire. Même quand je faisais de la bande dessinée. Je suis fasciné par les bons raconteurs. J’adore ces auteurs comme Bob Dylan, Leonard Cohen et Nick Cave, qui offrent des expériences, des voyages hallucinants.»

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Antoine Corriveau

Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter

Sous étiquette Coyote Records

Sortie le 21 octobre

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