BIEN-ÊTRE

3 idées reçues sur la fessée et autres châtiments corporels démontées

11/10/2016 12:46 EDT | Actualisé 11/10/2016 12:46 EDT

«Une fessée, ça ne va pas les tuer!», «Comment le faire obéir sans en arriver là?», «Hors de question d'être laxiste avec mon enfant», «Moi aussi j'ai reçu quelques claques et fessées dans mon enfance, et regarde où j'en suis aujourd'hui!». En ce qui concerne la fessée et autres châtiments corporels infligés aux enfants, les idées reçues vont bon train.

Dans son livre sorti le 14 septembre, Châtiments corporels et violences éducatives, la psychiatre Muriel Salmona, présidente et fondatrice de l'association Mémoire traumatique, démontre en 20 questions-réponses pourquoi il faut les interdire. Voici 3 idées reçues sur les fessées et autres violences que la psychiatre choisit de débusquer.

1. «Si on ne donne pas de fessée, on ne se fait pas obéir»

Une idée reçue «tenace et bien partagée», selon Muriel Salmona. Beaucoup de parents pensent encore à tort que rien ne leur donnera plus d'autorité qu'une bonne fessée lorsque l'enfant n'en fait qu'à sa tête. Pourtant, la psychiatre démontre dans son livre qu'un châtiment corporel entraîne l'effet inverse de celui souhaité, à savoir, un enfant calme et obéissant.

«Une étude réalisée en 2012 sur 3870 familles a montré que les enfants fessés de moins d'un an étaient plus susceptibles d'être agressifs à l'âge de trois ans et plus déprimés ou anxieux à l'âge de cinq ans», écrit-elle.

Les conséquences de la violence, qu'il s'agisse de fessée, de claque ou autres châtiments, peuvent être multiples. Incapacité à réagir aux ordres, impression d'indifférence qui est en fait lié à une dissociation, développement d'une mémoire traumatique (pouvant entraîner à la fois attaques de panique, phobies, troubles de la concentration, agressivité...)

«Le résultat des violences aboutit à ce qu'elles étaient censées éviter : des enfants agités, ingérables et des parents débordés», décrit Muriel Salmona.

Plutôt que la violence, qui n'est en rien une méthode éducative, la médecin psychiatre recommande donc aux parents d'opter pour «une éducation bienveillante et respectueuse de ses droits». Ainsi, l'enfant «a toutes les chances de se développer harmonieusement sans angoisse, ni trouble du comportement».

2. «Un enfant n'est pas traumatisé par une seule fessée»

«Il n'y a pas, contrairement à ce que recouvre le droit de correction de petites violences dites éducatives qui seraient 'mineures, inoffensives'», explique Muriel Salmona. «Toutes les formes de violences sont nocives, génèrent du stress (puisque c'est leur principe même) et ont un impact sur la santé de l'enfant», poursuit-elle.

Bien sûr, plus les violences sont intenses et régulières, plus les effets sont susceptibles d'être néfastes sur la santé psychologique de l'enfant. Mais pour Muriel Salmona, on ne peut pas établir une hiérarchie des violences, dire qu'il existe de petites et de grosses fessées, ou des claques qui sont moins graves que d'autres.

Pour elle, il s'agit d'«une manipulation pour culpabiliser les victimes ou ceux qui les défendent, et a surtout pour objet de faire pression pour que les victimes et leurs soutiens ne les dénoncent pas». En effet, comment un enfant devenu adulte pourrait-il se plaindre d'avoir été victime de châtiments corporels s'il a entendu toute sa vie que «ce n'est rien» et que c'est une manière d'éduquer comme les autres?

3. «On m'a donnée des fessées et je n'en suis pas mort, c'est bien la preuve que ce n'est pas grave»

Certes, on peut vivre une vie tout à fait normale en ayant reçu une ou plusieurs fessées pendant son enfance. Mais pour Muriel Salmona, «quand bien même une tape ou une gifle n'aurait pas de conséquences sur une personne, en aucun cas cela ne justifierait de l'avoir donnée. L'absence supposée de conséquences n'est pas un argument pour ne pas qualifier un acte de violent, l'intention suffit», écrit-elle.

Étant donné que c'est l'absence de conséquences qui est à prouver (puisque les effets des châtiments corporels sont connus), cet argument n'est pas valable. De plus, «la méconnaissance de l'impact psychotraumatique fait que les conséquences sont rarement identifiées et mises en lien avec les violences». En d'autres termes, une personne pourrait très bien souffrir des conséquences de violences corporelles sans le savoir.

En outre, Muriel Salmona établit un lien entre le silence des personnes victimes de châtiments corporels pendant l'enfance et celui des individus victimes de violences sexuelles. Selon elle, dire aux victimes «qu'elles ne devraient pas se plaindre car il y a bien pire est irrecevable». Cela alimente le déni autour d'une violence.

«La souffrance, le préjudice, n'ont pas à être comparés, ils doivent être reconnus, et leur légitimité n'est pas à remettre en question», poursuit-elle. «Cela revient à culpabiliser les victimes d'oser se plaindre alors que d'autres personnes souffrent plus qu'elles. À ce jeu-là, il est toujours possible de trouver pire et de nier ou de minimiser n'importe quelle souffrance ou n'importe quel préjudice.»

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