POLITIQUE

Toronto, Montréal et Vancouver influencent le pays vers la gauche

07/10/2016 06:43 EDT | Actualisé 07/10/2016 06:44 EDT
Maremagnum via Getty Images
A street in the Village

Un sondage de l'Institut Angus Reid sur les valeurs canadiennes montre que les trois grands centres urbains du pays, Montréal, Toronto et Vancouver, plus jeunes et plus éduqués, influencent le pays vers la gauche.

Un texte de Francis Plourde

L'étude, commandée par Radio-Canada/CBC à l'Institut Angus Reid, pour prendre le pouls de la population sur les valeurs et l'identité canadiennes, laisse entrevoir un Canada où les divisions est/ouest du pays cèdent la place à une division entre les centres urbains et les régions rurales.

Dans son analyse, Angus Reid identifie les Canadiens les plus à gauche comme étant des « réformateurs permissifs ». Il s'agit d'un groupe plus jeune que la moyenne (33 % d'entre eux ont entre 18 et 34 ans), moins religieux (49 % d'entre eux disent l'être) et plus susceptible de détenir un diplôme universitaire que les autres groupes identifiés. Environ 40 % d'entre eux sont situés dans les centres urbains de Vancouver, Montréal et Toronto.

Pour ces « réformateurs permissifs », il faut aider les personnes marginalisées. Ils privilégient l'acceptation à l'égard des personnes LGBTQ (89 %), sont deux fois plus nombreux que la population générale à encourager la diversité culturelle et croient que le Canada devrait améliorer ses politiques visant à améliorer le sort des peuples autochtones (90 %).

À propos de ce sondage : Angus Reid Public Opinion a mené le sondage par Internet entre le 6 et le 12 septembre 2016 et a enquêté auprès de 3904 Canadiens à partir du panel en ligne Angus Reid Forum. Le sondage a été réalisé en partenariat avec CBC. Une marge d'erreur ne peut être calculée puisque le sondage n'a pas été fait avec un échantillon probabiliste. À titre de comparaison, un échantillon probabiliste de cette envergure comporterait une marge d'erreur de +/- 2,5 % 19 fois sur 20.

Les villes en opposition aux régions rurales

Angus Reid les oppose aux « traditionalistes se basant sur leur foi », un groupe de Canadiens de centre-droit dont le quart se retrouve en région rurale.

Ces derniers sont souvent des immigrants, et ont davantage tendance à se considérer comme religieux. Les valeurs traditionnelles occupent aussi une place importante.

Des tendances qui confirment ce que les politologues comme Peter Loewen observent depuis longtemps.

«C’est quelque chose d’assez bien établi. Ça ne veut toutefois pas dire que les gens dans les régions rurales ne sont pas ouverts à la diversité, mais ceux qui vivent dans les villes expérimentent les avantages de la diversité, alors ils y accordent plus de valeur.» - Peter Loewen, directeur de l’école de politique publique et de gouvernance de l’Université de Toronto

Le chercheur tempère d'ailleurs l'interprétation qu'il faut faire des résultats. « On parle tout de même de différences relatives, dit-il. Il y a des différences, mais elles ne sont pas si importantes. Il y a aussi des gens très conservateurs qui vivent dans les villes et des gens très libéraux qui vivent en région rurale. C'est dans leur nombre que ça diffère. »

L'analyse de l'Institut Angus Reid comprend trois autres sous-groupes : les « partisans du secteur public » (plus âgés, ils font confiance au gouvernement et aux médias), les « sceptiques prudents » (qui privilégient l'environnement par rapport à l'économie et se méfient des médias) et les « enthousiastes de la libre-entreprise » (des citoyens généralement plus riches et plus âgés que la moyenne).

Des valeurs qui se reflètent sur le plan politique

Ces résultats correspondent aussi aux résultats des dernières élections fédérales.

« La façon dont les gens votent dans les grands centres urbains, c'est beaucoup plus libéral, néo-démocrate à un certain point. On ne voit pas beaucoup de votes conservateurs, souligne Charles Breton, enseignant au département de sciences politiques de l'Université de la Colombie-Britannique. Et ça se reflète dans les valeurs dont le sondage fait état. »

En 2015, les libéraux, avec une plateforme progressiste axée sur l'environnement, l'intégration et l'amélioration des conditions de vie des communautés autochtones, ont remporté la majorité des sièges de l'île de Montréal ainsi que du Grand Vancouver, et la totalité des sièges de Toronto.

Dans ces centres urbains, les conservateurs, eux, n'ont réussi à obtenir que quelques sièges en périphérie de Vancouver et de Toronto.

Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement actuel n'est pas sensible aux régions rurales, selon Peter Loewen. « Ils ont aussi été élus avec tous les sièges dans l'Atlantique, dit-il. Mais ce gouvernement est certainement surreprésenté par des gens provenant des villes. »

Toronto « centre de l'univers », Montréal radicale?

En analysant les données en détail, les sondeurs sont aussi parvenus à dégager des tendances propres à chacune des trois plus grandes régions urbaines du pays.

À Toronto, les personnes sondées se sont montrées davantage en faveur d'un engagement du fédéral que les autres régions. Soixante et onze pour cent des Torontois ont aussi l'impression qu'ils contribuent davantage au Canada que ce qu'ils reçoivent.

Pour le Torontois d'adoption Peter Loewen, cette donnée n'est pas surprenante, considérant que les résidents de la Ville Reine sont conscients du fait qu'ils vivent dans la plus importante ville du pays. « Ça prouve qu'à tort ou à raison, nous pensons être le centre de l'univers », dit-il.

Sur la côte ouest, c'est l'immobilier qui obsède les Vancouvérois : 36 % des locataires estiment peu probable qu'ils posséderont un jour leur chez-soi.

Les Montréalais, eux, semblent avoir les positions les plus strictes au pays en ce qui a trait aux politiques énergétiques, s'opposant en majorité au projet de pipeline Énergie Est. Ils sont aussi moins attachés au Canada que les résidents des autres centres urbains du pays. Leurs points de vue concernant la souveraineté demeurent semblables à ceux des autres Québécois.

Voir aussi:


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