POLITIQUE

Les taxis à l'assaut du centre-ville de Montréal pour protester contre Uber

05/10/2016 05:45 EDT | Actualisé 10/10/2016 12:48 EDT

Des chauffeurs de taxi de Montréal perturbent la circulation dans un important secteur du centre-ville de Montréal à l'occasion d'une journée de grève décrétée pour protester contre le projet pilote qui permettra au controversé service de transport Uber d'offrir ses services légalement à compter du 14 octobre.

Les chauffeurs entendaient bloquer la circulation dans un quadrilatère formé par la rue Saint-Antoine, le boulevard De Maisonneuve, la rue Peel et le boulevard Saint-Laurent. Selon le front commun du taxi, 2500 chauffeurs participent au mouvement.

Tous les participants à la manifestation doivent se réunir plus tard en après-midi au square Dorchester, situé à l'angle du boulevard René-Lévesque et de la rue Peel.

Dans une lettre publiée mercredi matin dans divers quotidiens, les porte-parole du front commun, Guy Chevrette et Benoît Jugand, font valoir que le projet pilote légalisant Uber constitue une « injustice réglementaire, économique, politique et financière » pour les chauffeurs de taxi.

Ils demandent au premier ministre du Québec, Philippe Couillard, de mettre en oeuvre un « plan de rachat des permis de taxi à la valeur de 2014 qui permettrait à Québec de conserver la gestion de l'offre tout en assurant l'équité et la justice. »

«Nous sommes pour la modernisation et l’innovation. Nous sommes contre un régime à deux vitesses. Nous sommes contre l’iniquité. Nous sommes contre l’appauvrissement des travailleurs et, par extension, de notre société.» - Extrait de la lettre ouverte signée par Guy Chevrette et Benoît Jugand

Un marché à deux vitesses, dénoncent les chauffeurs

Selon les porte-parole du front commun, il est clair que le projet-pilote contraindra les chauffeurs de taxi à assumer un fardeau plus important que les chauffeurs d'Uber pour un même service de transport.

Le marché a été « déréglementé » pour Uber, mais demeure réglementé pour les chauffeurs de taxi, disent-ils en somme, ce qui ne peut qu'exercer une pression à la baisse sur la valeur des permis de taxi.

«Ce n'est plus un projet-pilote. C'est carrément un marché ouvert dans un cadre qui est fermé par la loi et les règlements. Je trouve ça répugnant.» - Guy Chevrette

M. Jugand soutient que les termes du projet-pilote actuels contredisent la promesse d'un « régime à une seule vitesse » faite par l'ex-ministre des Transports Jacques Daoust le 10 juin dernier.

Il déplore que le gouvernement « se presse à conclure une entente avec une multinationale qui fait de l'évasion fiscale, mais [...] n'est pas capable de s'asseoir avec l'industrie du taxi pour établir un plan de rachat et voir comment on peut travailler ensemble. »

« Ça, c'est une injustice, et c'est pour ça aujourd'hui qu'on se bat. C'est pour ça que les gars vont faire la grève aujourd'hui », affirme M. Jugand.

«La logique serait toute simple : mettez en suspens cette entente-là, établissez un plan de rachat [des permis, NDLR], rassoyez-vous avec nous, on a des propositions pour le premier ministre.» - Benoît Jugand

Selon lui, les chauffeurs ne manifestent pas de gaieté de coeur, mais sont poussés dans leur « dernier retranchement » en raison de l'attitude du gouvernement dans ce dossier. « Les gens sont choqués et en colère », a-t-il dit.

« Si le premier ministre n'est pas capable d'entendre ce message, on va continuer à faire des pressions, parce qu'on ne laissera pas tomber, nous, comme le gouvernement qui a abdiqué devant une multinationale », a-t-il ajouté en guise d'avertissement.

«J'ai jamais été au B.S. dans ma vie. On a toujours travaillé, on a toujours investi. C'est notre fonds de pension!» - Un chauffeur de taxi

Un débrayage après deux échecs devant les tribunaux

Le front commun a invité tous les chauffeurs de taxi et de limousine de la province à débrayer mercredi pour se joindre au mouvement de protestation. Il était prévu que certaines centrales téléphoniques ne répondent plus aux appels de clients.

La participation à la grève n'est pas obligatoire cependant, puisque les chauffeurs ont un statut de travailleur autonome. À Québec, par exemple, certaines coopératives, dont Taxi Coop Québec, ont cessé d'offrir des services à 7 h, mais d'autres offrent le service habituel.

L'appel à la grève, qui exclut les services de transport adapté, a été lancé après que l’industrie du taxi eut essuyé deux revers devant les tribunaux pour faire cesser les activités d’Uber.

La demande d'injonction déposée par le front commun de l'industrie du taxi pour faire suspendre les activités d'Uber a été rejetée mardi dernier. Quelques jours plus tôt, le front commun a aussi été débouté en cour de sa tentative de faire annuler l'entente de principe entre le ministère des Transports et Uber.

Les chauffeurs de taxi poursuivront leur offensive juridique en janvier, lorsqu'ils seront entendus devant la Cour supérieure du Québec sur le fond de la question.


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