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«Boxer la nuit»: le comédien Patrice Godin lance son premier roman

29/09/2016 03:21 EDT | Actualisé 29/09/2016 03:21 EDT
MPaquet

Un an après avoir publié un récit intime sur sa vie d’ultramarathonien, Patrice Godin offre aux lecteurs sont tout premier roman, Boxer la nuit, une œuvre où il dissèque la douleur de Nick Adam, un pugiliste déchu et brisé par le deuil de sa femme et de sa fille. Un homme qui erre pendant des années dans les caniveaux du mal de vivre, jusqu’à ce qu’une Isabelle «à la beauté indienne» éveille en lui des sentiments oubliés.

Les deux chats sauvages se croisent dans un bled perdu du Maine, où ni la vie ni les touristes ne viendront les embêter. Elle fuit la douleur d’un adultère et le triste constat que sa vie n’est pas ce qu’elle imaginait. Il s’y arrête, après des années à fuir la souffrance.

Godin décrit leur rencontre en filigrane de l’histoire de Nick: son passé, sa enfance, l’ostracisme dont il a été victime à l’école, l’abandon de son père, les blessures infligées par sa mère et son beau-père, jusqu’à ce que la boxe entre dans sa vie et l’aide à trouver son identité.

La discipline passionne l’acteur-auteur depuis 20 ans, soit bien avant qu’il interprète lui-même un boxeur dans la télésérie Le 7e Round, en 2006. Ainsi, quand il cherchait un sport pour son personnage à la dérive, la boxe s’est imposée.

«La boxe est un sport hyper exigeant qui te confronte à toi-même. Même si tu as un adversaire devant toi, à moins d’être vraiment assommé, c’est toi qui décides si tu continues ou non. Ça fait mal pour vrai. Et les boxeurs ne sont pas des gens qui abandonnent facilement. Ils arrivent à compartimenter la douleur.»

Il évoque un combat que Mohammed Ali a poursuivi malgré une mâchoire brisée et un autre qu’Arturo Gatti a livré avec une main cassée; une scène qu’il a d’ailleurs prêtée à Nick. «Après la mort de sa femme et de sa fille, Nick est sur le bord d’une falaise, mais il ne “saute” jamais, il n’abandonne pas. Ça prenait un sport cohérent avec son tempérament.»

Godin précise que la boxe est accessoire dans son roman, probablement pour ne pas s’aliéner un lectorat peu friand d’histoires sportives. En réalité, la boxe est au cœur de la vie de son personnage. Même si Boxer la nuit n’est pas un compte-rendu des entraînements et des combats, le sport a transformé Nick, lui permettant de canaliser sa colère, d’extérioriser son intensité et de se rappeler qu’il existe après la tragédie qui l’a frappé. «Après le décès des femmes de sa vie, il se saoulait à mort et il voulait se tirer une balle, mais il est passé à travers son nuage noir.»

boxer la nuit

Pourtant, pendant 15 ans, les averses ne sont jamais bien loin, les rechutes rodent, les vieilles cicatrices se rouvrent. Mais jamais les lecteurs n’ont affaire à un vieux bum désabusé au comportement trash.

«Un boxeur comme Éric Lucas n’allait jamais dans le trash. Je n’aime pas quand la boxe devient un cirque. On dira ce qu’on voudra… mais si on apprenait à nos jeunes à s’entraîner, au lieu de trainer dans les rues et de foutre le bordel, si on leur apprenait à se battre et se défouler, je pense que plusieurs problèmes diminueraient. Il y a plusieurs petits gars et petites filles pour qui ce serait salutaire, comme ce l’est pour Nick tout au long de sa vie. C’est souvent ce qui l’empêche de sombrer.»

Solitaire à temps plein, l’homme revient à la vie au contact d’une femme. «Quand il rentre à Montréal après plusieurs années de galère, pour retrouver sa vie et renouer avec ses proches, il y a quelque chose en lui qui n’est pas capable de supporter la ville sans Laura et Lou. Il a besoin de s’en éloigner à nouveau. Mais quand Isabelle arrive dans sa vie, elle le sauve.»

L’auteur compare leur rencontre à celles où des étrangers se croisent dans la rue, se toisent et se sourient, avant de poursuivent leur chemin et d’être habités par cet instant pendant longtemps. «Sauf qu’eux, ils vont se parler et vivre quelque chose. Ils vont s’apaiser et se sauver l’un et l’autre.»

Un peu à l’image de Laura, Isabelle est une femme forte et douce. «Elles viennent contrebalancer la violence de Nick, sa rage et sa colère. Jamais elles ne sont effrayées par lui. Elles sont attirées par sa force tranquille. Nick ne parle jamais fort et il est très relaxe dans la vie. Mais quand Laura le voyait sur le ring, elle découvrait un autre homme, intense et coriace. Comme s’il était quelqu’un d’autre.»

L’écriture sur le tard

Se comparant sans fausse prétention aux écrivains maudits, qui sont reconnus sur le tard, Patrice Godin est dans une période de sa vie largement dédiée à l’écriture. Après un récit sur la course et un roman, le voilà déjà en train de réfléchir à un genre d’autofiction sur… la course. Une œuvre romancée basée sur l’incroyable course de 330 km qu’il a menée l’été dernier: la Big Foot 200 Miles, qui lui a pris 82 heures à parcourir.

«Je veux plonger dans le délire qui nous prend quand on court autant. J’ai couru des nuits complètes entièrement seul dans l’État de Washington. Je me parlais beaucoup… J’imagine que je parlais à quelqu’un en moi. Je trouverais ça intéressant de parler à mon côté trash. À celui qui se perdait dans l’alcool, les baises et la cigarette, avant de commencer à courir. Même si quand je cours, je réfléchis peu, parce que je dois rester dans le moment présent, j’aimerais romancer le récit de course et visiter des zones de réflexion.»

Sous peu, il reprendra donc sa discipline un brin spartiate en ajoutant des séances d’écriture entre 4 h et 6 h 30 le matin à ses longues séances d’entraînement. Sans oublier son métier principal: celui d’acteur. Dès le 10 octobre, on le verra au grand écran dans le film réalisé par Yan England, 1: 54, où il joue un entraîneur de… course. En octobre, il apparaîtra dans la deuxième saison de Blue Moon sur Illico.

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