POLITIQUE

Projet de loi anti-briseurs de grève : l'heure de vérité pour le gouvernement Trudeau, selon le NPD

27/09/2016 09:53 EDT | Actualisé 28/09/2016 03:01 EDT
PC

OTTAWA – La lune de miel entre le gouvernement Trudeau et les syndicats pourrait être chose du passé si les libéraux votent contre le projet de loi anti-briseurs de grève du Nouveau parti démocratique (NPD), selon son chef.

Le projet de loi C-234, présenté par la députée de Jonquière Karine Trudel, vise à modifier le Code canadien du travail afin d’empêcher les employeurs d’embaucher des travailleurs de remplacement, aussi connus sous le nom de scabs, lors d’un conflit de travail. Québec dispose déjà d’une loi semblable.

Un vote aura lieu mercredi, en deuxième lecture, pour que le projet de loi soit envoyé en comité parlementaire pour l’étude. Or, selon la néodémocrate Karine Trudel, la réponse du gouvernement libéral majoritaire est « très négative ». Elle craint que son initiative ne tombe à l’eau.

« On parlait de changement. Présentement, le gouvernement n’a rien apporté de nouveau. Tout ce qu’ils ont fait, c’est défaire ce que l’ancien gouvernement a fait comme projets de loi. Là, on a une chance concrète de modifier le Code canadien du travail », a expliqué la députée de Jonquière, lors d’un point de presse.

thomas mulcair

Mulcair accuse Trudeau d'imiter le langage de la gauche. (Photo : PC)

« Donc c’est beau dire on se soucie de la classe moyenne, on se soucie des travailleurs. La semaine dernière, on louangeait les travailleurs et même on voulait établir que le gouvernement avait une bonne relation avec les syndicats. On a une chance concrète de le faire », a renchéri Karine Trudel.

Dès son entrée au pouvoir, le gouvernement de Justin Trudeau a abrogé deux lois des conservateurs de Stephen Harper qui touchaient les syndicats. La première, C-377, les obligeait à ouvrir leurs livres comptables. L’autre loi, C-525, changeait les méthodes d’accréditation syndicale en imposant un vote secret.

Ces mesures avaient été chaudement applaudies par les grands syndicats nationaux, qui voyaient là une nouvelle ère de collaboration avec Ottawa. L’opposition conservatrice, elle, a vivement dénoncé ces changements qui minent la transparence des unions de travailleurs, à leur avis.

Divisions au sein des libéraux?

Lors de la deuxième heure du débat sur C-234, la semaine dernière, le député libéral de Laurentides-Labelle, David Graham, a expliqué qu’une loi anti-briseurs de grève écorcherait l’équilibre actuel entre les employeurs et les travailleurs.

« Le Code s’assure qu’il y a un équilibre entre le droit à la grève d’un syndicat et le droit de l’employeur à tenter de continuer ses opérations lors d’un arrêt de travail. Les provisions actuelles du Code canadien du travail empêchent déjà l’utilisation de travailleurs de remplacement », a-t-il déclaré.

David Graham a toutefois souligné que les opinions à ce sujet, au sein de son caucus, étaient variables. Certains députés sont en faveur des briseurs de grève et d’autres sont contre, a-t-il admis.

Selon le chef du NPD, Thomas Mulcair, les libéraux ont « réussi à imiter le langage de la gauche » sans être capable d’y donner suite. Il pense que les Canadiens seront déçus de voir que le nouveau gouvernement ne tient pas ses promesses.

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La grève au Vieux-Port dure depuis plus de trois mois. (Photo : Simon-Marc-Charron)

« Au cours des prochaines semaines, cas par cas, exemple après exemple, les gens vont commencer à se dire : pour des gens qui se disaient à gauche et progressistes, on voit que leurs positions ressemblent drôlement aux positions de M. Harper », a-t-il scandé en conférence de presse.

Konrad Lamour, président du Syndicat des employés du Vieux-Port de Montréal (SEVPM), s’est lui aussi montré sceptique à l’endroit du gouvernement Trudeau, qui a promis d’aider la classe moyenne. Invité à parler aux côtés du NPD, il a dit espérer que le projet de loi anti-briseurs de grève aidera sa cause.

« Avec une loi anti-scabs, on est capable d’aller chercher un peu de pouvoir pour pouvoir garder nos gestionnaires responsables de leurs actions, demander à nos gestionnaires de nous donner un salaire qui est juste et équitable, qui permet aux travailleurs d’être payés à leur juste valeur et par le fait même permettre d’avoir une société qui est beaucoup plus juste et équitable », a fait valoir Konrad Lamour.

Au début du mois, les employés fédéraux du Vieux-Port de Montréal ont rejeté l’offre du conciliateur, sous prétexte qu’elle ne satisfaisait pas leurs conditions. La grève du SEVPM dure depuis le 27 mai.

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