POLITIQUE

Chirurgien millionnaire à La Sarre: le Parti québécois blâme le gouvernement Couillard

22/09/2016 11:56 EDT | Actualisé 22/09/2016 11:56 EDT
Radio-Canada

La porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Diane Lamarre, refuse de blâmer le chirurgien Issam El-Haddad, qui a « utilisé le système au maximum » à son profit, comme l'a démontré Enquête.

Un texte de Yanick Cyr

La députée péquiste montre plutôt du doigt le gouvernement de Philippe Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour ne pas avoir instauré de limites au système de primes dans la rémunération des médecins.

Diane Lamare réagissait ainsi au reportage de l'émission Enquête qui révélait qu'un chirurgien de La Sarre, en Abitibi-Témiscamingue, avait utilisé ce système pour empocher un salaire de 1,5 million de dollars en 2015, soit presque quatre fois le salaire moyen des médecins spécialistes québécois..

Mme Lamarre souligne que le chirurgien n'a rien fait d'illégal.

« Il a profité de primes auxquelles il avait droit », déplore-t-elle.

« C'est le résultat de négociations qui n'ont pas été balisées correctement, estime la députée de Taillon. Quand on offre des primes, il faut saturer, arrêter, limiter ces primes-là. Sinon, elles conduisent à des dérives, des dérapages de cette nature-là. »

«Il a exploité les limites d'une mauvaise entente. Une mauvaise négociation.» — Diane Lamarre


Le Parti québécois avait constaté le même type de lacunes dans le dossier des « primes Bolduc », ces primes de 200 $ accordées aux médecins pour la prise en charge de chaque nouveau patient.

Instituées par le ministre libéral Yves Bolduc, qui en avait lui-même profité, elles avaient été limitées par le gouvernement du Parti québécois 2014-2015. Le ministre péquiste de la Santé avait imposé une limite de 150 primes par année par médecin de famille, rappelle Mme Lamarre.

« Ça ne veut pas dire que les médecins ne peuvent pas inscrire 200 patients, mais on ne peut pas payer plus de 150 primes », explique-t-elle.

Mme Lamarre estime que c'est le même cas de figure qui se répète dans le cas du chirurgien El-Haddad. « Il n'y a pas eu de limites mises, il n'y a pas eu de maximum imposé, et ça a donné lieu à une dérive de cette nature-là. »

«Il n'y avait pas de limite, de cran d'arrêt.» — Diane Lamarre


Bien qu'elle reconnaisse que l'administration de l'hôpital aurait pu faire preuve de plus de vigilance, Mme Lamarre souligne que les différents niveaux d'autorités dans un centre hospitalier rendent ce genre de contrôle difficile.

« Dans les hôpitaux, il faut comprendre les limites de l'autorité des directeurs généraux par rapport aux médecins, explique Mme Lamarre. Ils ont une autorité sur l'ensemble des autres professionnels, mais les médecins ont une autonomie par rapport aux actes qu'ils font. »

« Une grande majorité de médecins travaillent très bien et comprennent l'esprit de ces normes-là et de ces avantages-là, poursuit-elle. La prime nocturne est là pour s'assurer qu'un patient qui a besoin d'une chirurgie, parce qu'il vient d'avoir un accident pendant la nuit, on va répondre à cette demande-là. »

Mme Lamarre ajoute que les directions d'établissements refusent de se montrer sévères à l'endroit de leurs médecins et de leurs spécialistes par crainte de les perdre.

La RAMQ doit être mieux outillée pour faire la chasse aux abus

Mme Lamarre croit que le gouvernement doit resserrer les mécanismes de contrôle de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) pour qu'elle soit en mesure de débusquer les abus de ce genre.

Le projet de loi 92 présentement à l'étude prévoit une révision des pouvoirs de la RAMQ afin de lui octroyer des pouvoirs accrus. Mais selon la députée péquiste, pour que cela fonctionne, il faut que les ressources suivent.

« On peut bien mettre plein de contrôles potentiels dans un projet de loi, mais si on ne donne pas les ressources – présentement, il y a quatre médecins qui peuvent superviser 11 millions d'actes facturés – le contrôle n'est pas très rigoureux », plaide Mme Lamarre.

Elle affirme que le ministre Barrette doit allouer plus de ressources à la RAMQ pour accroître le nombre de vérifications s'il veut convaincre la population « qu'il n'a pas permis ce genre d'abus là ».

Le manque de contrôle des actes médicaux a d'ailleurs été souligné par la vérificatrice générale, souligne Mme Lamarre.

Un bémol de la FMSQ

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, estime de son côté que l'administration de l'hôpital aurait dû intervenir et corriger la situation. « Il y a un drapeau qui aurait dû être levé avant, selon Mme Francoeur. On dit que ça faisait 9 ans que ça durait. »

«Si j'avais un comportement comme ça à Sainte-Justine, on m'aurait mise à la porte depuis longtemps et c'est tout ce que j'aurais mérité.» ― Diane Francoeur

Mme Francoeur soutient qu'il y a des mécanismes qui permettent d'éviter ce genre de situation dans les hôpitaux. « Les comités de qualité de l'acte médical sont là pour évaluer l'urgence de ces cas-là, explique-t-elle. Ce n'est pas normal que dans une région tout soit urgent la nuit. »

Mme Francoeur ajoute que le Collège des médecins peut apporter du soutien à la direction des plus petits hôpitaux qui éprouvent de telles difficultés. Elle estime également que la crainte de perdre un médecin est injustifiée, soulignant que de jeunes diplômés ont de la difficulté à se trouver du travail.

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