POLITIQUE

Interdire le burkini au Québec serait «très, très difficile», croit la ministre St-Pierre (VIDÉO)

17/08/2016 01:32 EDT | Actualisé 17/08/2016 05:56 EDT

QUÉBEC – La controverse française sur le port du burkini a atteint le Québec mercredi. Interdire ce maillot recouvrant le corps entier de la femme serait «très, très difficile» au Québec, estime la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre.

En France, quelques stations balnéaires ont pris l’initiative d’interdire le burkini, contraction des mots burqa et bikini. Le premier ministre français Manuel Valls refuse de légiférer à l’échelle nationale, mais appuie l’initiative des maires qui ont choisi de bannir ce vêtement censé protéger la pudeur des femmes musulmanes.

Le premier ministre Valls a même affirmé que le burkini «n'est pas compatible avec les valeurs de la France et de la République».

Interpellée sur la question mercredi, la ministre Christine St-Pierre estime que les chartes des droits et libertés du Québec et du Canada empêcheraient son gouvernement d’interdire le burkini sur les plages du Québec.

«Vous êtes capables de lire, comme moi, ce que les chartes prévoient en termes de liberté d’expression. Alors, poser la question, c’est y répondre, dit la ministre. Dans l’espace public, c’est très, très difficile d’interdire.»

Son gouvernement n’a d’ailleurs pas l’intention de légiférer sur les signes religieux dans l’espace public.

Le gouvernement Couillard s’en tient plutôt à la fonction publique, où un projet de loi pourrait obliger les fonctionnaires à offrir des services à visage découvert. «C’est notre position pour des raisons de sécurité», explique la ministre St-Pierre.

Tout en souhaitant éviter de s’immiscer dans les affaires françaises, Christine St-Pierre souligne que la question de légiférer sur les signes religieux est «absolument délicate». Interdire ou non pose un dilemme. «Est-ce qu’on dit à des femmes "restez chez vous?"» demande-t-elle.

«Ici, je crois qu’on a une certaine tolérance, mais en même temps, on ne veut pas que ces femmes-là soient stigmatisées, poursuit-elle. On veut les aider à s’épanouir comme femmes.»

La ministre donne l’exemple de femmes qui portent le voile dans sa circonscription d’Acadie, à Montréal. «On discute, on parle de condition féminine, on parle d’égalité entre les hommes et les femmes, dit-elle. Et c’est ça qui est important.»

Réactions divergentes

Les partis d’opposition ont accueilli de façons divergentes les propos de la ministre.

Au PQ, la porte-parole en matière de laïcité convient qu’il serait difficile de bannir ce maillot des plages du Québec. «En ce qui concerne l'enjeu du burkini, nous sommes extrêmement mal à l'aise lorsqu'il est imposé et devient un symbole d'asservissement des femmes, écrit Agnès Maltais dans un courriel. Toutefois, nous considérons qu'il n'est pas réaliste de pouvoir appliquer une telle interdiction.»

Par contre, la députée péquiste enjoint le gouvernement Couillard à légiférer pour encadrer les signes religieux. «Ce genre de polémique entourant le burkini illustre encore une fois l’incapacité du gouvernement libéral à poser des actions claires pour la promotion de la laïcité, afin que tous sachent à quoi s’en tenir», estime Agnès Maltais.

Pour sa part, la CAQ promet de bannir le burkini sans hésiter. «Pour moi, pour ma formation politique, cet attirail-là, cet accessoire-là, c’est une ségrégation à l’égard des femmes et c’est dire que le corps de la femme est impur, qu'il faut cacher la femme, a commenté la porte-parole caquiste dans ce dossier, Nathalie Roy. Voyons donc! On ne vit pas dans une société aussi arriérée.»

Avec l’AFP

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