POLITIQUE

Casques bleus: un ex-commandant critique la stratégie «coûteuse» du gouvernement

10/08/2016 03:51 EDT | Actualisé 10/08/2016 03:51 EDT

Un ex-commandant des forces de maintien de la paix du Canada déployées à Sarajevo, dans les années 1990, déconseille vivement au gouvernement d'utiliser les casques bleus comme monnaie d'échange pour regagner un siège temporaire au Conseil de sécurité des Nations unies (ONU).

Le lieutenant-général à la retraite Lewis MacKenzie a pris la plume pour y aller de ce plaidoyer, alors même que le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, effectue un "voyage d'enquête" en Afrique avec le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire et la juge à la retraite Louise Arbour.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi dans les pages du quotidien torontois The Globe and Mail, il exhorte le gouvernement libéral à abandonner ce qu'il qualifie d'"obsession de remporter un coûteux siège temporaire au Conseil de sécurité".

Il y plaide que le déploiement de casques bleus n'est plus pertinent dans le contexte post-Guerre froide et fait valoir que le Canada devrait plutôt contribuer à d'autres agences onusiennes plus efficientes, comme l'UNICEF ou l'Agence des Nations unies pour les réfugiés.

Le premier ministre Justin Trudeau a confié au ministre Sajjan et à son collègue aux Affaires étrangères, Stéphane Dion, le mandat d'accroître le soutien du Canada aux opérations de maintien de la paix. Il s'agit de l'une des pierres angulaires de la stratégie pour reconquérir un siège.

La contribution canadienne à ces opérations a constamment décliné au fil des ans. Avec ses 106 casques bleus, 75 policiers, 10 experts militaires et 21 soldats, le Canada est aujourd'hui au 67e rang des pays contributeurs, selon les données disponibles sur le site de l'ONU.

Lors de leur séjour en sol africain, le ministre Sajjan et ses accompagnateurs échangeront "avec de hauts fonctionnaires des pays hôtes et avec la Commission de l'Union africaine, ainsi qu'avec des représentants des Nations unies", selon un communiqué du gouvernement.

Il ne faut toutefois pas nécessairement considérer que les pays visités, République démocratique du Congo, Éthiopie, Kenya, Tanzanie et Ouganda, sont "des possibilités de choix d'emplacements pour l'établissement futur de missions de maintien de la paix", selon l'attachée du ministre.

Le porte-parole adjoint du Parti conservateur en matière de défense, Pierre Paul-Hus, reproche au gouvernement de "se chercher une mission qui n'existe pas, tout simplement pour se donner une bonne image face aux Nations unies, pour essayer de regagner un siège au Conseil de sécurité".

Il accuse les libéraux de "se servir des soldats canadiens" à des fins politiques et réclame un débat aux Communes avant tout déploiement militaire de cette nature. Le député ne verrait cependant aucune objection à l'envoi de contingents de casques bleus majoritairement composés de policiers.

L'un des conseillers du ministre Dion, Jocelyn Coulon, est un ardent défenseur de la tradition pacifiste du Canada. À l'époque où il était directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, il a souvent accusé le gouvernement Harper d'avoir rompu avec cette tradition.

Pierre Paul-Hus ne partage pas cette lecture. "Le Canada n'est pas devenu une nation guerrière. Le Canada est un pays qui fait partie des grands de ce monde et qui doit prendre les mesures de sécurité qui s'imposent compte tenu de la menace", a-t-il insisté.

Le lieutenant-général MacKenzie n'en est pas à sa première critique de la stratégie militaire canadienne sous un gouvernement libéral. Il s'était notamment prononcé contre la décision des libéraux de Jean Chrétien de ne pas participer à la guerre en Irak, en 2003.

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