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Les Haïtiens sans statut ne demandent plus la résidence permanente au Canada

27/07/2016 06:47 EDT | Actualisé 27/07/2016 06:48 EDT
Shaun Best / Reuters
Members of Canada's Haitian community stand in line at an immigration consulting office in Montreal January 19, 2010. The people are hoping to help family and friends immigrate to Canada after a magnitude 7 earthquake destroyed much of the capital Port-au-Prince on January 12. REUTERS/Shaun Best (CANADA - Tags: DISASTER SOCIETY)

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a beau faire des pieds et des mains pour régulariser la situation des immigrants haïtiens sans statut, ceux-ci ne demandent plus la résidence permanente. Or, il ne leur reste plus qu'une dizaine de jours pour le faire, sans quoi ils pourraient être renvoyés du Canada.

Un texte de Jérôme Labbé

Des chiffres du ministère obtenus par Radio-Canada montrent que malgré des mesures mises en place en mai dernier pour encourager les Haïtiens sans statut à demander la résidence permanente (formulaire simplifié, prêt pour payer le coût de la demande de résidence permanente), très peu d'entre eux se sont manifestés.

Seules 78 demandes ont été acheminées au ministère depuis le début de 2016, pour un total de 98 personnes – des statistiques bien inférieures à celles de 2014, alors que 1686 demandes concernant 2187 personnes avaient été acheminées au gouvernement fédéral.

« C'est relativement faible », admet-il « Peut-être les gens ont-ils peur des fonctionnaires? Je ne sais pas. Peut-être qu'ils n'ont pas reçu le message [...] Il peut y avoir plusieurs raisons pour expliquer pourquoi ils n'ont pas fait une demande. Mais par cette entrevue et par d'autres moyens, j'essaye de les encourager à le faire bientôt. »

Les Haïtiens sans statut ont tout intérêt à se manifester rapidement, répète le ministre. La suspension temporaire des renvois (STR), reconduite sans interruption depuis 2004, arrivera à terme le 4 août, soit dans deux semaines.

« C'est la date limite. On espère que tout le monde va faire une demande avant ça », précise John McCallum. « Sinon, il serait possible qu'ils soient déportés », prévient-il, ajoutant qu'aucune prolongation n'est envisagée en ce moment.

Une estimation difficile

Le ministre McCallum reconnaît par ailleurs qu'il est très difficile de savoir combien d'Haïtiens sans statut se trouvent toujours au Canada, d'autant plus que l'Agence des services frontaliers ne tient pas de registre des personnes qui quittent le pays.

Le renvoi éventuel de ces immigrants au statut plus ou moins légal a fait beaucoup de bruit par le passé, la communauté haïtienne invoquant l'état désastreux de leur pays d'origine pour pouvoir demeurer au Canada après le tremblement de terre de 2010, qui a fait plus de 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abri.

Près de cinq ans plus tard, cependant, le gouvernement Harper, évoquant une « amélioration des conditions en Haïti », a annoncé la levée de la suspension temporaire des renvois pour les Haïtiens en décembre 2014. Une période de grâce de six mois, qui devait prendre fin le 1er juin 2015, avait été accordée; elle a été reconduite deux fois depuis, le dernier renouvellement datant de décembre 2015.

La suspension temporaire des renvois qui prendra fin le 4 août concerne aussi les citoyens originaires du Zimbabwe. Or, ceux-ci sont beaucoup moins nombreux à immigrer au Canada; selon le recensement de 2011, un peu plus de 3800 Zimbabwéens habitent au Canada, contre 31 600 Haïtiens.

Ce qu'en pense la communauté

Marjorie Villefranche est directrice générale de La Maison d'Haïti, un organisme communautaire de Montréal dédié à l'éducation et à l'intégration des immigrants. Selon elle, ce n'est pas par peur des fonctionnaires ou parce qu'ils n'ont pas entendu parler de la date-butoir du 4 août que les Haïtiens sans statut ne demandent plus la résidence permanente; c'est tout simplement parce qu'il n'en reste plus.

«À mon avis, on a probablement atteint la quantité de personnes qui restaient.» - Marjorie Villefranche, directrice générale de La Maison d'Haïti

« Je ne pense pas qu'il y ait un empêchement particulier, et même la façon de faciliter le paiement comme a fait le gouvernement dernièrement, à mon avis, ce n'était pas non plus ça l'ennui, explique-t-elle. Pour moi, les personnes qui avaient le droit de faire cette demande, soit ce sont des personnes qui sont retournées en Haïti, soit ce sont des personnes qui avaient fait leur demande de réfugiés en arrivant des États-Unis et qui donc sont retournées aux États-Unis. »

Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d'Haïti PHOTO: Radio-Canada

Elle souhaite néanmoins que la suspension temporaire des renvois soit prolongée au-delà du 4 août.

« Nous, on ne pense pas que la situation se soit améliorée tant que ça pour pouvoir lever la suspension temporaire de renvoi, estime-t-elle. Mais bon [...] C'est une décision politique – on s'entend bien, c'est complètement politique. Donc la raison politique pour laquelle ils lèvent la suspension temporaire, à mon avis, c'est au gouvernement qu'il faut le demander, non pas à la communauté. »

«Pour nous, la situation ne s'est pas améliorée en Haïti.» - Marjorie Villefranche, directrice générale de La Maison d'Haïti

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada continuera de tenter de toucher la communauté haïtienne jusqu'à la dernière minute, en ayant notamment une présence marquée lors du festival Haïti en folie, qui se poursuit jusqu'au 31 juillet à Montréal.

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Balade à Port-au-Prince

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