DIVERTISSEMENT

Gala Wagner-Nantel: de nouveaux visages se démarquent (PHOTOS)

25/07/2016 11:55 EDT | Actualisé 25/07/2016 11:55 EDT

Humour minutieux et intelligent et de nouveaux visages qui nous sont tombés dans l’œil, voilà comment on résume le Gala Juste pour rire «Gauche versus Droite», qu’animaient Guillaume Wagner et Guy Nantel, dimanche.

Plusieurs problématiques sociales et politiques y sont passées, de l’homophobie au racisme, du manque de transparence de nos politiciens à la démocratie, et les radios de Québec et le Parti libéral y ont abondamment goûté, et ce, sous la férule de deux hôtes baveux l’un envers l’autre et dont la plume était dans une forme splendide ; leurs textes à eux étaient en effet impeccables. Quant aux «petits nouveaux» qu’on y a découverts, il nous tarde de les revoir sur scène. Bref, ce fut un excellent moment de «gauche» et de «droite», sans trop de blagues faciles et convenues.

Nos coups de cœur de la soirée: Adib Alkhalidey, Richardson Zéphir, Didier Lambert, Laurent Paquin et Eddy King

Gala Gauche-Droite à Juste pour rire

Les animateurs

Les deux animateurs n’avaient pas l’air très enjoués en lever de rideau, mais ils ont gagné en enthousiasme par la suite. Ils ont ouvert leur spectacle en se tirant allègrement dessus (au sens figuré, bien sûr) et poussant leur réflexion jusqu’à faire référence à Marx et à Lénine. «Mon petit Donald Trump des pauvres», a balancé Wagner à Nantel. «Toi, ta mère aurait dû être pour l’avortement», lui-a-t-il aussi vociféré. «Dans la vraie vie, je suis à gauche. À gauche de Martineau, mettons», a illustré Nantel. En débattant sur plusieurs sujets, ils ont fini par conclure qu’on est tous de gauche ou de droite, dépendamment de la situation et que, surtout, «on se fait tous fourrer égal par nos politiciens», a décrété Guy Nantel.

En solo, ce dernier a fait grand cas de Jérémy Gabriel («Je n’ai rien contre le petit handicapé qui chante comme un chaudron. Je n’ai pas nommé personne, cessez vos jérémiades») et de la polémique entourant l’arrivée des réfugiés syriens («Je suis pour la venue de 25 000 Syriens au Canada, c’est grand, les territoires du Nord Ouest!») Il a suggéré de faire passer les migrants à table comme test d’immigration, a rebaptisé Adil Charkaoui, «Débile Charkaoui», s’est même permis une pointe aux cotes d’écoute des Échangistes, à Radio-Canada, et s’est plaint de nos deux poids, deux mesures lorsque vient le temps d’aider des pays dans le besoin. «L’Afrique, ça fait 200 ans qu’ils crèvent de faim (…) et on n’est jamais prêts à les aider.» La chute de sa tirade fut par ailleurs grandiose et émotive, avec son lien avec René Lévesque, et son «Icitte, on est peut-être quelque chose comme un grand peuple».

Wagner, pour sa part, a révélé à quel point il se méfie des gens qui sont «trop» de gauche, a ridiculisé notre tendance à idolâtrer les vedettes, tourné en dérision l’hypocrisie qui accompagne le conflit entre Mike Ward et Jérémy Gabriel et l’humanité en général (en utilisant comme exemple l’interdiction du lancer du nain en France en 1995) et parlé longuement de ses propres parents, écolos sans le savoir. «Mon père a les raisonnements d’André Arthur et les agissements de Françoise David». Il a terminé sur un parallèle puissant, mais acide, entre René Angélil et les joueurs compulsifs, qui a généré quantité de «Hon!» dans l’assistance.

Comme saynète de fin de gala, Guillaume Wagner et Guy Nantel ont simulé un procès en Cour suprême présidé par le «juge» Antoine Vézina. Lui s’en est bien sorti, mais la mise en scène tombait un peu à plat.

Stéphane Fallu

Stéphane Fallu a commencé son monologue en jouant le nigaud qui cherchait à vulgariser la gauche et la droite, mais est rapidement revenu dans sa propre peau et a tiré, justement, à gauche et à droite, dans une série de gags inégaux. Les enfants (qu’il considère comme un REER qui dévalue à chaque année), les armes, la religion, les opinions sociales et politiques dans un souper d’amis, Fallu a ratissé large, et son humour plutôt inoffensif était tout indiqué pour entamer la soirée.

Adib Alkhalidey

Ovation debout méritée pour Adib Alkhalidey, toujours original dans le traitement de ses sujets. Alkhalidey s’est dit féministe, de gauche («En général, les gens à droite veulent que je retourne dans mon pays»), a déploré le manque d’empathie des hommes envers les femmes (il imite «l’ours moyen» à perfection), n’a pas son pareil pour imager le sexe (qu’il compare à une visite dans la maison d’un(e) ami(e)) et a été éloquent en détaillant avec aplomb une anecdote au volant face à un «raciste daltonien», qui l’a traité de «nègre». «T’as pas le droit d’être raciste et intolérant dans ton racisme, c’est intrinsèque au racisme (…) Imagine comment j’étais en tabarnac, je suis pas un nègre, je suis un terroriste», a martelé celui dont les origines sont moitié irakiennes, moitié marocaines. Le matériel était pour la plupart tiré de son deuxième one man show.

Richarson Zéphir

L’attachant Richardson Zéphir, gagnant de la récente édition d’En route vers mon premier gala, s’en est sorti avec brio dans cette première incursion dans les grandes ligues. Il a abordé la problématique de l’homophobie avec une grande finesse en utilisant l’exemple du joueur de football américain homosexuel Michael Sam et des codes du sport professionnel en général. «Qui ici peut se vanter de prendre sa douche avec les filles du bureau? Personne, à part peut-être Marcel Aubut…» Richardson Zéphir a été brillant. On le reverra, c’est certain.

Didier Lambert

Conteur coloré, Didier Lambert, qui connaissait lui aussi sa première expérience de Gala Juste pour rire, a mis la foule dans sa poche en se basant sur son autre métier de serveur dans un bar pour nourrir un récit touffu qui débouchait sur une dénonciation toute personnelle du racisme. Son histoire a fait la preuve que Didier Lambert a réellement son essence propre, un style et une livraison uniques. Un coup de cœur, à n’en pas douter, qu’il faudra surveiller de près.

Laurent Paquin

Laurent Paquin a été particulièrement judicieux en analysant les risques de la prise de position. Sa théorie? Dans un débat polarisant, quand on a une opinion, on décèle automatiquement les «épais» qui n’ont pas le même point de vue que nous. Et… «Si tu vois pas les «épais» de ton bord, c’est parce que tu en fais partie, point final (…) Un «épais», ça peut épouser n’importe quelle cause et sa cousine (…) Partager ton opinion avec un «épais», c’est comme coucher avec une laide ; t’assumes, mais tu veux juste pas être vu avec.» Son clin d’œil aux menaces de mort adressées à Sugar Sammy était plus que pertinent, et sa montée de lait sur les politiciens qui deviennent authentiques et intéressants une fois qu’ils ont quitté la politique visait franchement dans le mille.

Eddy King

Eddy King est revenu adroitement, et dans l’hilarité ambiante, sur «l’affaire» Joël Legendre, pour jaser lui aussi d’homophobie. «Moi, j’étais jaloux. Ce que Joël Legendre a fait, c’est mon fantasme», a-t-il expliqué, dénonçant la méchanceté et l’hypocrisie des gens dans ce dossier et exposant comment ce serait son rêve d’inviter un policier à coucher avec lui et de ne s’en sortir qu’avec une contravention. Son coup de gueule à ceux qui méprisent les couples homosexuels qui adoptent était également senti et efficace.

Jean-François Mercier

Jean-François Mercier a été excellent, dimanche, en reprenant un extrait de son dernier one man show dans lequel il critique le principe même de la démocratie (qu’il compare à une danseuse nue – Jean-François Mercier reste Jean-François Mercier), arguant que démocratie et liberté ne vont pas nécessairement de pair, et démontrant l’impact d’un vote annulé. Il est en outre revenu sur sa propre expérience en politique, en 2011, lorsqu’il s’est porté candidat aux élections fédérales. Mais pourquoi, pourquoi toujours avoir besoin de gueuler chaque fois qu’il monte sur scène?

Mercier est pourtant assez intelligent pour donner du poids à ses propos autrement, et son personnage pourrait évoluer. On se passerait également de ses comparaisons boiteuses avec les femmes. Mais bon, on suppose qu’on n’enseignera pas à un vieux singe comment faire des grimaces.

Julien Tremblay

Encore une fois, Julien Tremblay n’a pas lâché sa guitare en trame de fond à son numéro et, encore une fois, la salle l’a adulé. Une ligne à la fois, il a décroché de nombreux rires, en disant d’abord qu’il n’est pas politisé, en établissant un comique jeu de mots avec le nom de Joseph Facal, en comparant les lendemains d’élections avec les lendemains de veille et en discutant liberté d’expression. «Si tu es contre la liberté d’expression, tu devrais pas avoir le droit de le dire…»