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Turquie: près de 9 000 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur limogés (VIDÉO)

18/07/2016 05:50 EDT | Actualisé 18/07/2016 05:50 EDT

Près de 9 000 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur turc ont été limogés après la tentative de coup d'Etat, a rapporté lundi l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

Au total, 8 777 personnes, dont 30 cadres, ont été écartées, selon Anadolu qui cite le ministère de l'Intérieur.

Plus de 7 500 personnes ont été placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur le putsch manqué en Turquie, a indiqué lundi le Premier ministre Binali Yildirim.

Sur les 7 543 suspects en garde à vue figurent notamment 6 038 militaires, 755 magistrats et 100 policiers, a précisé le chef du gouvernement turc, qui a également fait état de 208 "martyrs", donc d'un bilan total d'au moins 308 morts dans la nuit du putsch manqué.

La chasse aux mutins se poursuit

La chasse aux mutins, désormais officiellement qualifiés de "terroristes", se poursuivait lundi en Turquie après le coup d'Etat raté, en dépit de l'inquiétude croissante de la communauté internationale envers un allié aussi encombrant que stratégique.

Parmi les grosses prises, le général Mehmet Disli, qui a mené la prise d'otage du chef d'état major Hulusi Akar, ainsi que l'ancien chef de l'armée de l'air, le général Akin Oztürk, soupçonné d'être un meneur.

L'élimination du "virus" factieux promis par le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussi donné lieu à une descente des unités de la police antiterroriste à la prestigieuse académie de l'armée de l'air d'Istanbul, a annoncé l'agence Anadolu.

La terminologie officielle s'est durcie à l'encontre des rebelles, désormais qualifiés de "groupe terroriste" par le ministère des Affaires Étrangères.

Le coup d'Etat n'était pas "qu'un complot perfide" mais "une campagne terroriste", a déclaré le ministère dans un communiqué dans la nuit.

Multipliant les bains de foule auprès de milliers de partisans réclamant la tête des mutins, M. Erdogan a même évoqué dimanche soir à Istanbul un possible rétablissement de la peine capitale en Turquie.

Un défi à l'Union européenne, qui avait obtenu en 2004 que le pays l'abolisse pour obtenir son ticket d'entrée.

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis lundi à Bruxelles, ont réagi en mettant en garde le pays contre la tentation d'une répression généralisée.

"L’État de droit doit être protégé pour le bien" de la Turquie et "nous allons envoyer un message fort en ce sens à la Turquie", a averti Mme Mogherini.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a pointé le possible "danger" d'un "retour en arrière face à la démocratie".

Le commissaire européen à l'Elargissement Johannes Hahn, chargé du dossier de la candidature turque à l'UE, a même suggéré que le gouvernement turc avait déjà préparé, avant la tentative de coup d'Etat, une liste de gêneurs à arrêter.

Le président américain Barack Obama avait auparavant rappelé "le besoin vital" du respect en Turquie "de l'Etat de droit".

Ne pas désarmer

Les relations pourraient se tendre entre Ankara et Washington, autour du sort qui sera réservé à Fethullah Gülen, passé depuis 2013 du statut d'allié à celui d'ennemi numéro un d'Erdogan, qui l'a accusé d'être l'instigateur du putsch.

M. Erdogan a personnellement sommé son homologue américain de le lui "livrer". Réfugié aux Etats-Unis, ce prédicateur musulman a pour sa part catégoriquement démenti toute implication.

Pour la troisième journée consécutive, les vols commerciaux restaient suspendus lundi matin entre la Turquie et les Etats-Unis.

Si l'activité semblait reprendre normalement lundi matin dans les rues stambouliotes, quelque 1.800 membres des forces spéciales de la police ont commencé à y être déployés dans la nuit pour en sécuriser les points sensibles, selon Anadolu.

"Ce n'est pas fini, ne désarmez pas", titrait en une lundi le quotidien Hurriyet citant les appels répétés d'Erdogan à ses partisans de continuer à tenir la rue face à une menace qui ne serait pas écartée.

Plusieurs milliers de personnes ont à nouveau obtempéré, rassemblées dans la nuit de dimanche à lundi sur la place Taksim ainsi que sur la place Kizilay, à Ankara.

"Le jour, allons travailler. Le soir, après le travail, poursuivons notre veille", a lancé à Ankara le Premier ministre turc Binali Yildirim.

Les marchés semblaient en tout cas prendre acte du progressif retour à l'ordre: la lire turque a repris des couleurs, s'échangeant à 2,93 pour un dollar après une dégringolade historique à 3,04 lires pour un dollar dans la foulée du déclenchement du putsch.

La bourse d'Istanbul, fermée quand le coup s'est déclaré, a toutefois ouvert en baisse de 2,3%.

Coup d'État raté en Turquie (juillet 2016)