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Festival Slut Island: Guide de conduite pour une scène inclusive diversifiée

18/07/2016 11:06 EDT | Actualisé 18/07/2016 11:06 EDT
Morgane de Capèle

Du 7 au 17 juillet, le Ritz P.D.B. situé sur Jean Talon a pris les couleurs fluos et brillantes de Slut Island, festival de musique et d’art revendiqué queer, féministe et DIY. S’il faut préciser la direction politique avant la ligne musicale de l’événement, c’est qu’elle est l’essence même du festival.

La première question à laquelle les artistes répondent en remplissant le formulaire d’application est: «Pourquoi pensez-vous que Slut Island est fait pour vous?». Derrière cette initiative débutée il y a trois ans: Frankie Teardrop et Samantha Garritano, artistes, musiciennes et figures connues de la scène queer féministe montréalaise.

De la visibilité pour les artistes marginalisés

L’édition 2016 a couvert sept soirs de spectacles, fêtes et exposition, dédiant chaque nuit à un genre musical: techno, punk ou bien noise. Près de 50 artistes internationaux issus de communautés marginalisés sur un total de 180 candidatures reçues, ont participé à l’événement.

Ce que ces chiffres traduisent: «Il y avait une nécessité à créer un évènement sécuritaire, anti-oppression et sans jugement, prendre le contrôle d’une scène principalement occupée par des hommes, cisgenrés et blanc», explique Garritano. Chez les artistes féminins notamment: «Beaucoup de femmes ont la sensation de devoir se mettre en retrait ou de devoir s’adapter en fonction de ce qu’on attend d’elles.»

Du côté des acteurs de l’industrie musicale, les organisatrices dénoncent une manipulation des minorités qu’ils entendent représenter par acquis de bonne conscience: «Clamer que l’on programme un groupe féminin est la pire des choses. On sait que derrière ce choix il y a ce souci de diversité et de parité. Le problème aussi est de ne pas être représentées avec neutralité comme le serait un homme, de se retrouver fétichisées ou bien de justifier son orientation sexuelle».

«Notre mission: que chacun puisse se sentir lui-même sur scène, alors on priorise ceux qui sont opprimés: les femmes, les queers, les gays, les trans, les personnes de couleurs, les personnes non genrées …» renchérit Teardrop.

Un espace ouvert et sécurisé

Slut Island se présente comme un espace sécurisé où l’on exclut la menace et l’intimidation. Cette facette de l’ADN du festival prend un sens tout particulier un peu plus d’un mois après la tuerie perpétré dans un club gay d’Orlando, qui a coûté la vie à 49 personnes. «Beaucoup de gens ont réalisé le problème. Ce tragique événement a été un rappel sur le fait que l’homophobie et la transphobie sont encore bien réelles. Il y a eu Orlando, mais tous les jours ce genre d’atrocités arrivent, on les oublie et pire, parfois on les cache.»

Si le chemin reste long, Teardrop et Garitano sont optimistes en regardant le succès de cette troisième édition. Bénéficiaire d’une subvention du gouvernement, elles ont mené à bien leur projet et reconnaissent un soutien plus fort ainsi qu’une audience variée qui va au-delà de la communauté queer. Aujourd’hui, elles demandent à ceux qui dirigent l’industrie musicale de se pencher plus sérieusement sur la question et de faire leurs propres recherches.

«Le public doit se retrouver dans la personne qu’il a en face de lui sur scène. Lorsque je vois des programmations où se succèdent cinq groupes masculins indie, ça m’ennuie et je ne me reconnais pas là-dedans.», conclut Garritano.

L’édition 2016 a présenté Chipped Nails, Guy Madonna, Nennen, Heathers, Sivani, ZE, the C.H.U.D’s, Eyeballs, Grosse, Nana Zen, AH MER AH SU, Nyssa, Queer Queens, GG Love, BiG SiSSY, Moss Lime, Loon, Lonely Boa, Mallrat, Psychic Hotline, vainhein, PARALIX, Gashrat, Marie Davidson, Lady Bits, Uncle Dad, Birthing Hips, Sies Marlan, DJ KARE, Radiant Baby, GLuuuu, Tigerwing, NOIA, Tommy Genesis, Delish, Nino Brown, Frankie Teardrop, Babely Shades, DJ Boyfrrriend.

Travail artistique: Samantha Garritano aka Ethel Eugene.

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