DIVERTISSEMENT

Juste pour rire : l'énergie de Stéphane Poirier

17/07/2016 08:37 EDT | Actualisé 18/07/2016 01:54 EDT

Petit bout d’homme - cinq pieds et trois, très précisément - à l’énergie enlevante, Stéphane Poirier est l’un des visages de la relève que le Festival Juste pour rire propulse, cette année, dans sa série Mad in Québec. Le mini one man show qu’il propose à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts, À la course, sera très certainement oublié dans un an, mais laisse néanmoins pointer un talent évident.

Malgré l’heure ingrate qu’on lui a assigné pour ses prestations, programmées à 22h, Stéphane Poirier attire son nombre respectable de curieux et connecte à fond de train avec son parterre, avec une présence du tonnerre. Il parle aux gens comme s’il était leur ami et ceux-ci lui rendent sa cordialité.

L’aplomb avec lequel il livre ses gags frappe comme une tonne de briques ; il se lance par terre, gesticule, gueule presque (dans un petit local comme Claude-Léveillée, ça saisit!), et pousse même la chansonnette (son interprétation du Saule d’Isabelle Boulay est un bijou de parodie). Cette flamme est vraiment la grande force de Stéphane Poirier. Son charisme saute aux yeux. C’est plutôt à un autre niveau que ça se gâte.

Car ses thèmes, eux, sont convenus. C’est rarement tordant, même si quelques bonnes idées se démarquent du lot, comme son numéro sur l’invention des temps de verbes. Idem pour cette relecture toute personnelle et actualisée d’On jase de toi, de Noir Silence, très à propos. La surreprésentation du bonheur sur Facebook («Host*e qu’ils n’ont pas Netflix, ces gens-là!») et les souvenirs de Mario Bros, passés dans le filtre de Stéphane Poirier, sont intéressants, même s’ils ne nous donnent pas mal aux côtes de rigolade.

Quelques-uns de ses punchs, inattendus, visent vraiment dans le mille. Il sait aussi récupérer l’actualité à son avantage, comme lorsqu’il adresse un clin d’œil aux très médiatisés Pokémon.

Douteux et vulgaire

Stéphane Poirier est parfois vulgaire, souvent gratuitement, et ça dérange un brin. «Les ponts de Montréal, c’est comme les seins de mon ex, tout le monde sait que ça va tomber, mais tout le monde passe dessus pareil», a-t-il évoqué, avant de qualifier son ancienne copine d’un quolibet peu flatteur. Douteux. Tout comme sa comparaison «Eau de toilette et jus de cul», ou son hypothèse selon laquelle Jésus aurait été homosexuel (puisqu’il passait ses journées en robe et en gougounes, avec 12 hommes, et que son nom s’écrivait Je sus), ou son ode à la masturbation. Pas très édifiant…

Sinon, la dénonciation du jus d’orange avec de la pulpe, c’est du déjà entendu. Faire (beaucoup) de millage sur les hommes invités dans les showers de bébés? Correct, sans plus.

Bref, notre verdict pour Stéphane Poirier et À la course : 50% d’appréciation et 50% de scepticisme. Le trentenaire doit encore peaufiner son matériel. Sa dégaine est excellente, mais son contenu n’a pas grand-chose de déroutant ou d’original. Ne lui reste qu’à trouver sa voie bien à lui, celle qui lui permettra d’exploiter son dynamisme d’hyperactif tout en ne délaissant pas la matière, et on l’écoutera alors avec encore plus de sérieux.

Stéphane Poirier présente encore À la course à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts, du 17 au 23 juillet, dans le cadre de la série Mad in Québec du Festival Juste pour rire.

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