DIVERTISSEMENT

Zoofest : Joël Legendre s'amuse comme un petit fou

14/07/2016 10:09 EDT | Actualisé 14/07/2016 10:38 EDT
Paméla Lajeunesse

Joël Legendre s’est amusé comme un petit fou sur la scène du Monument National, jeudi soir. À l’aise comme un poisson dans l’eau et visiblement heureux d’être là, l’artiste a tout fait dans son one man show programmé par Zoofest, judicieusement intitulé Laissez-moi encore chanter… danser, imiter, jouer, animer, doubler, diriger, rire de moé. Il a effectivement chanté, dansé, doublé, imité, joué, animé et ri de lui-même. Beaucoup. Et avec succès.

Certains gags complètement inattendus - référant évidemment à son «erreur de parcours» ultra-médiatisée de l’an dernier -, décochés avec aplomb et une impeccable autodérision, ont été particulièrement réussis.

Comme lorsqu’il a parlé de son ami d’enfance, Arnold, un «vrai petit cochon». La salle a évidemment échappé un petit rire, avant de comprendre qu’Arnold était véritablement un petit porc auquel le jeune Joël s’était attaché… avant de devoir lui dire adieu, la bête ayant été contrainte de prendre le chemin de l’abattoir. C’est suite à cet épisode que Joël est devenu végétarien.

Bon coup de sa part également que d’affirmer qu’il a «de la graine d’humoriste», ou de raconter qu’il est déjà arrivé «tout essoufflé» de «faire son jogging». Juste assez salé et saisissant! Dans une parodie de Lip Sync Battle, il a résumé son année 2015 avec quelques vers de Dans la forêt des mal-aimés et Bonjour la police, comme il l’avait fait dans la revue 2015 dans le tordeur, dans le temps des Fêtes.

Plus tard, Legendre s’est quasi ouvert les tripes – mais sans mélodrame, ni exagération, dans un très beau moment -, sur Les lamentations de la duchesse, un extrait de la comédie musicale Demain matin, Montréal m’attend. Un texte qui parle de mise à nu, d’humiliation et de résilience, que le comédien et chanteur a livré d’une voix puissante, sans changer une virgule, et qu’il a terminé en retenant ses sanglots. Instant touchant, que le jeune quinquagénaire n’a toutefois pas tenu à éterniser. «C’est un show de comédie, chu humoriste!», s’est-il rapidement repris d’un ton crâneur. En ouverture, Legendre s’était gentiment moqué de ses collègues comiques qui gueulent des questions à l’assistance en entrant sur scène, alléguant qu’il était humoriste d’un soir.

Il a enchaîné en précisant que 2015 lui a appris qu’une simple balade dans un parc pouvait ne pas être de tout repos, et que n’importe qui est «remplaçable». «J’ai pas fait le Bye Bye et ça s’est très bien passé», a-t-il argué. Il s’est par ailleurs permis une petite pointe à l’endroit du Journal de Montréal, qui avait fait éclater le «scandale» au grand jour, par le biais d’une imitation de Denise Bombardier.

Terrain de jeu

Pour le reste, Laissez-moi encore chanter… danser, imiter, jouer, animer, doubler, diriger, rire de moé n’a été qu’un grand terrain de jeu où Joël Legendre s’est éclaté dans tous les arts qu’il affectionne. Et pourquoi pas? L’homme a tous les talents, heureux qu’on lui ait donné une tribune pour les exploiter en un seul soir. Il les avait déjà étalés, pour la plupart, dans le Bye Bye, mais le cadre du Zoofest était bien indiqué pour remettre ça. C’était un peu convenu, mais extrêmement bien mené et, on le répète, Joël était en pleine possession de ses moyens, décontracté comme on l’a rarement vu. Notons que ses textes ont été pondus par un collectif formé de Mathieu Bouillon, Luc Michaud et Cassandre Charbonneau-Jobin, trois plumes de la génération Y.

À l’image de sa vedette, le spectacle n’était pas bien méchant, mais très rythmé, souvent drôle et hautement divertissant. Legendre a l’expérience de la scène, d’à peu près tous les types de productions, et ça paraît. L’irrévérence n’est pas sa plus grande force, mais il a tout de même joué cette carte avec brio jeudi. Un peu d’ironie et de deuxième degré par ci, une ligne plus caustique par-là, et c’a suffi à le sortir de son habituel créneau.

Par exemple, il s’est permis quelques taquineries envers son fils adolescent, Lambert, qu’il a adopté… et qu’il n’a pas ménagé, badinant sur ses origines asiatiques et son âge ingrat. Bon joueur, le gamin a quand même participé à la présentation de son père en effectuant une apparition devant public, écouteurs vissés aux oreilles. Quelques secondes plus tard, c’était Marion et Anaïs, ses adorables jumelles de deux ans, blondes comme les prés, à croquer dans leurs petites robes, qui rejoignaient leur papa sous les applaudissements, au léger pas de course… et retournaient en coulisses à contrecoeur, entraînées par leur grand frère.

«Un «importé» pis deux «bébés éprouvettes» dans une même famille, c’est rare», avait lancé Joël en guise de préambule à ce segment familial, l’un des numéros les plus intéressants du spectacle.

On a eu droit à des extraits d’archives nous montrant un Joël Legendre encore freluquet qui, à n’en pas douter, rêvait déjà de show-business, dont l’un de la défunte Soirée canadienne. Le monologue sur son enfance a lancé la soirée, avec un hommage à Dominique Michel qui, lorsqu’il avait 12 ans, l’a inspiré et lui a donné le goût de ce «mini one man show», qu’il concrétise finalement 40 ans plus tard. Joël a resalué son idole en fin de piste en entonnant l’une de ses chansons, J’avance.

Son anecdote sur son entrée dans les scouts et le nom de totem dont il a hérité, «Rossignol Sympathique», et son ode à son statut de végétarien, qui venge tous les petits Arnold de ce monde, ont fait mouche, débitées d’un ton et d’une cadence parfaits.

Une danse hip hop habilement maîtrisée sur If It Ain’t Love de Jason Derulo, des doublages réinventés de scènes d’Aladin et de Titanic, des imitations de femmes célèbres (Céline Dion, «Queer de pirate», Ginette Reno, Laurence Jalbert, Nicole Martin, Diane Dufresne et même Marie Carmen), ou d’autres personnalités dans des cadres où Joël a jadis brillé (Denise Bombardier dans Iniminimagimo, Éric Salvail dans Enfanforme, Denise Filiatrault dans Paquet voleur, Céline Dion dans Lip Sync Battle) ainsi qu’un sketch sur les comédies musicales, ont rempli ces 75 minutes qui auront probablement servi d’exutoire à leur tête d’affiche.

Joël Legendre ne devait présenter qu’une seule fois Laissez-moi encore chanter… danser, imiter, jouer, animer, doubler, diriger, rire de moé, dans la foulée du Zoofest, à moins qu’il ne change d’idée. Le festival se poursuit jusqu’au 30 juillet.

Voir les images du spectacle:

Laissez-moi encore chanter… danser, imiter, jouer, animer, doubler, diriger, rire de moé

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