NOUVELLES

Trafic d'êtres humains: la Birmanie placée sur une liste noire par les Etats-Unis

30/06/2016 11:20 EDT
Kevin Lamarque / Reuters
U.S. Secretary of State John Kerry holds up at copy of the 2016 Trafficking in Persons (TIP) report during the TIP Heroes Ceremony at the State Department in Washington, June 30, 2016. REUTERS/Kevin Lamarque

Les Etats-Unis ont ajouté la Birmanie et sept autres nations à une liste noire de pays ne combattant pas assez le trafic d'êtres humains, selon un rapport annuel du département d'Etat publié jeudi mais critiqué pour son indulgence à l'égard de la Thaïlande.

Outre la jeune démocratie birmane, Djibouti, Haïti, la Papouasie Nouvelle Guinée, le Soudan, le Surinam, le Turkménistan et l'Ouzbékistan figurent désormais sur cette liste noire de 26 pays qui ne respectent pas suffisamment les normes fondamentales pour contrer le trafic d'être humains ou l'esclavage.

Le Koweït et la Thaïlande ont eux été promus du "niveau 3" des pires pays en la matière au "niveau 2" des pays qui font des efforts pour combattre le trafic d'êtres humains mais restent sous surveillance.

La Libye, la Somalie et le Yémen sont considérés comme des cas spéciaux, la diplomatie américaine estimant difficile de les juger compte tenu du chaos qui règne dans ces pays.

"Certaines décisions sont difficiles" à prendre, a affirmé le secrétaire d'Etat John Kerry en présentant le rapport, publié à la demande du Congrès américain. Mais le ministre des Affaires étrangères a insisté sur le fait que ce rapport se fondait sur "des règles" et des "faits" et non sur des considérations politiques, comme l'estiment certaines associations de défense des droits de l'homme.

L'an dernier, la diplomatie américaine avait été critiquée pour n'avoir pas rétrogradé la Birmanie au "niveau 3" dans le but d'encourager la démocratie naissante.

La Birmanie a tenu des élections disputées l'an dernier remportées par le parti de la célèbre opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui a passé une décennie à combattre la junte militaire.

Droits des Rohingyas violés

Les Etats-Unis ont beaucoup soutenu ce pays pour qu'il accède à la démocratie mais accusent encore son gouvernement de violer les droits de la minorité musulmane des Rohingyas.

Le rapport du département d'Etat note que la Birmanie est "un pays source pour des hommes, des femmes et des enfants soumis au travail forcé et des femmes et des enfants soumis à la traite sexuelle, en Birmanie et hors de Birmanie".

Les membres de la minorité "Rohingya sont particulièrement vulnérables à la traite sexuelle ou au trafic de main-d'oeuvre dans l'Etat Rakhine, y compris au travail forcé par les autorités", précise le rapport.

Washington avait aussi été critiqué pour avoir été trop indulgent à l'égard de l'Ouzbékistan, dont le gouvernement ne se cache pas de contraindre des fonctionnaires au travail forcé dans les champs de coton, une pratique devenue "endémique" selon le ministère.

Les associations de droits de l'homme ont salué le fait que la Birmanie et l'Ouzbékistan aient été rétrogradés, considérant que ces pays avaient été injustement protégés l'an dernier pour des raisons politiques.

Mais elles déplorent que le rapport ne pointe pas davantage du doigt la Thaïlande et la Malaisie.

"Nous sommes encouragés par la décision du département d'Etat de rétrograder la Birmanie --un pays que nous regardons de très près", a déclaré Kristen Abrams, directrice du réseau ATEST d'associations qui luttent contre ces trafics.

"Nous sommes aussi encouragés par la correction (de la note) de l'Ouzbékistan, un Etat qui a recours au travail forcé", a-t-elle ajouté.

Mais les associations s'inquiètent de l'indulgence de Washington à l'égard de ses alliés en Asie du Sud-Est, où le secteur de la pêche est régulièrement accusé d'avoir recours au travail forcé.

"En Thaïlande, nous avons constaté une volonté de réviser certaines lois, mais cela n'a pas eu de conséquences importantes sur le terrain", a estimé Mme Abrams.

"En Malaisie, nous savons qu'elle a monté en grade l'an dernier pour des raisons politiques. Ce qui était injustifié et reste injustifié aujourd'hui", a-t-elle ajouté, évoquant l'absence d'enquête sur une possible fosse commune de personnes soumises au travail forcé.

VOIR AUSSI:

Élections en Birmanie

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter