POLITIQUE

C-10 : Ottawa est la «marionnette» d'Air Canada, dénonce l'ex-président du syndicat d'Aveos Jean Poirier

23/06/2016 06:09 EDT | Actualisé 23/06/2016 06:09 EDT

OTTAWA – L’ancien président du syndicat des travailleurs d’Aveos, Jean Poirier, n’a pas mâché ses mots pour décrire sa déception à l’égard de l’adoption de C-10 qui assouplit les conditions d’Air Canada.

« Aujourd’hui, j’ai mal à ma démocratie. J’ai mal pour les familles qui ont vécu cette injustice. J’ai mal pour tous ceux qui ont travaillé à cette cause et qui vivent aujourd’hui ce résultat, soit l’adoption du projet de loi C-10 », a-t-il écrit dans une lettre sur Facebook.

Jean Poirier a félicité le « petit syndicat local » des travailleurs d’Aveos, qui ont perdu leur emploi de façon illégale en 2012, de s’être défendu et d’avoir « soulevé des montagnes pour cette cause ».

aveos

2600 travailleurs, dont 1800 du Québec, ont perdu leur emploi en 2012. (Photo: PC)

Il remercie également les employés d’avoir démontré que le gouvernement fédéral, qu’il soit conservateur ou libéral, est la « marionnette des mauvais citoyens corporatifs comme Air Canada ».

« Beaucoup d’entre vous ont voté pour ce gouvernement en sachant que justice serait sûrement rendue. Mais sachez que le retour du balancier se fait toujours, et si ce n’est pas d’une manière directe, ce sera d’une manière indirecte. »

Après des menaces d’un haut dirigeant d’Air Canada en comité, le Sénat a adopté en troisième lecture, le projet de loi qui donne plus de latitude au transporteur en termes d’exigences sur le maintien d’emplois d’entretien au pays.

Le premier vice-président du transporteur, Kevin Howlett, a expliqué qu’il pouvait laisser tomber sa commande d’avions CSeries de Bombardier si C-10 n’était pas adopté tel quel.

Malgré les réticences de certains sénateurs du Manitoba et du Québec, aucun amendement n’a été ajouté à C-10 avant qu’il reçoive la sanction royale. Après l’adoption rapide de ce projet de loi, le Sénat a suspendu ses travaux jusqu’au mois de septembre.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) s’est dite « extrêmement déçue » que les sénateurs aient cédé au « chantage honteux d'Air Canada » et a contesté l’indépendance de la chambre haute.

« En fin de compte, on se demande bien à quoi sert le Sénat qui refuse de jouer son rôle de chien de garde de la démocratie lorsque vient le temps de rendre justice », a critiqué son secrétaire général, Serge Cadieux.

« En cédant au chantage honteux d'Air Canada, les sénateurs se font les complices d'une entreprise délinquante qui préfère délocaliser les emplois plutôt que d'en créer, c'est un triste moment pour toute l'industrie de l'aérospatiale », ajoute-t-il.

Le NPD et le Bloc québécois ont dénoncé C-10 dans les derniers mois :