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Orlando: durcissement anti-homosexuel avant la tuerie

12/06/2016 09:43 EDT | Actualisé 13/06/2016 06:21 EDT

Le massacre perpétré par un Américain d'origine afghane dans une discothèque fréquentée par la communauté gay d'Orlando s'inscrit dans un contexte de mesures anti-homosexuelles croissantes aux Etats-Unis.

Quelques heures après ce carnage en Floride -- une centaine de victimes dont la moitié décédées -- la police américaine a arrêté James Howell, 20 ans, lourdement armé, qui voulait attaquer la Gay Pride à Los Angeles.

Ces deux affaires sont a priori sans lien, mais elles interviennent dans un climat anti-gay aggravé dans le pays, particulièrement notable depuis un an.

Le 26 juin 2015, la Cour suprême à Washington a légalisé le mariage homosexuel, une décision historique obtenue à l'arrachée qui est restée en travers de la gorge de millions d'Américains conservateurs.

Ces derniers ont adopté une tactique inspirée de la guérilla qu'ils mènent aussi contre l'avortement: mettant en avant des grands principes de liberté religieuse, ils ont tenté d'ouvrir de nouvelles brèches en adoptant des législations locales.

Cette stratégie s'est récemment cristallisée autour des personnes transgenres, qui représentent une infime partie de la population américaine, mais sont solidement associées au milieu homosexuel par le terme inclusif de LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans).

Une douzaine d'Etats, majoritairement dirigés par un gouverneur républicain, poursuivent ainsi en justice le gouvernement de Barack Obama sur la question de savoir quelles toilettes doivent utiliser les personnes transgenres.

Réactions excluant les LGBT

Beaucoup de questions restent à éclaircir sur la fusillade qui a endeuillé dans la nuit de samedi à dimanche le "Pulse", night-club gay d'Orlando.

Le tireur identifié, Omar Seddique Mateen, aurait fait allégeance au groupe Etat islamique lors d'un appel au numéro d'urgence 911.

Mais, selon des déclaration de son père à la télévision NBC, le suspect avait aussi été rendu furieux en voyant récemment deux hommes s'embrasser devant sa femme et son fils.

En réagissant dimanche à cette tragédie, nombre d'élus républicains ont semblé écarter à dessein la piste de la haine contre les homosexuels, pour privilégier au contraire celle de l'attentat jihadiste.

Sans doute craignaient-ils de se voir accuser d'avoir contribué à un climat délétère anti-homosexuel, ayant favorisé le passage à l'acte d'un déséquilibré.

De tels reproches ont été avancés après un attentat fin novembre 2015 contre un centre de planning familial dans le Colorado.

Celui-ci avait suivi une violente controverse suscitée par la diffusion d'une vidéo censée montrer la vente de tissu foetal par des responsables du Planning familial dans la région des Rocheuses.

Gays exclus du don du sang

Des responsables conservateurs ont martelé ces derniers mois que les directives gouvernementales contre la discrimination des personnes transgenres reviendraient à "introduire des hommes dans les toilettes des filles". Un danger à la réalité contesté par nombre d'associations et d'experts.

"Je ne veux absolument plus jamais entendre que les personnes LGBT dans les toilettes sont une menace pour la sécurité publique", a affirmé dimanche Jeremy Moss, un élu du Michigan et homosexuel revendiqué.

Pour Michelangelo Signorile, militant connu des droits des homosexuels en Amérique, la tuerie d'Orlando est un "rappel des dangers quotidiens encourus par les LGBT".

Le gouverneur-adjoint du Texas, Dan Patrick, fer de lance de la lutte contre les droits des LGBT, a lui tweeté dimanche le psaume de la Bible suivant: "On ne se moque pas de Dieu. Ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi".

Ce tweet a immédiatement été interprété comme faisant porter aux homosexuels la responsabilité de l'attentat d'Orlando. Face à l'indignation qu'il a déclenchée, M. Patrick l'a rapidement effacé.

Ce n'est pas la première fois que la communauté homosexuelle est cible de violences aux Etats-Unis.

Eric Rudolph, auteur de l'attentat des Jeux olympiques d'Atlanta en 1996, avait auparavant déposé une bombe dans un bar de lesbiennes de cette même ville, y blessant cinq personnes.

Après le massacre d'Orlando, les autorités ont appelé les habitants à donner leur sang.

"En raison du sectarisme ambiant, cet acte est interdit aux hommes homosexuels", a regretté M. Signorile, en rappelant les règles strictes posées en la matière par l'Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments (FDA).

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