NOUVELLES

Papouasie-Nouvelle-Guinée: la police ouvre le feu sur des étudiants (VIDÉO)

08/06/2016 06:18 EDT | Actualisé 08/06/2016 06:21 EDT

La police de Papouasie-Nouvelle-Guinée a ouvert le feu mercredi sur des étudiants qui manifestaient contre le premier ministre dans la capitale, où 23 personnes ont été blessées, lors de heurts imputés par les autorités à des "agitateurs politiques". Cinq sont dans un état critique, selon des sources hospitalières. Des médias font état d'au moins 4 morts. Ces informations de la presse australienne selon lesquelles quatre personnes ont été tuées ont été démenties.

Depuis un mois, les étudiants boycottent les cours pour demander la démission de Peter O'Neill, le premier ministre de ce pays d'Océanie de plus de sept millions d'habitants, qui occupe la moitié orientale de l'île de Nouvelle-Guinée.

Ils protestent contre son refus de se soumettre à un mandat d'arrêt lancé contre lui en raison de soupçons de corruption.

D'après des témoins, les heurts de Port-Moresby ont éclaté au moment où les étudiants s'apprêtaient à quitter l'Université de Papouasie-Nouvelle-Guinée pour manifester devant le Parlement, où le premier ministre devait affronter une motion de défiance.

Selon Noel Anjo Koalo, un militant qui fait campagne contre la corruption, la police a érigé des barricades et mis en joue les étudiants.

"Puis, ils ont commencé à leur tirer dessus", a-t-il déclaré par téléphone à l'AFP, ajoutant avoir vu plusieurs blessés. "Nous avons deux systèmes judiciaires en Papouasie-Nouvelle Guinée, un pour le premier ministre, l'autre pour les citoyens ordinaires".

La police anti-corruption cherche à entendre M. O'Neill depuis deux ans mais ce dernier a réussi à éviter toute audition en multipliant les recours judiciaires.

Les policiers cherchent à savoir s'il a autorisé le versement à un important cabinet d'avocats de millions de dollars de financements publics illégaux.

Considérations politiques

En réaction au mandat d'arrêt lancé en 2014, le premier ministre avait démis de leurs fonctions le directeur de la police nationale et le ministre de la Justice, de même qu'il avait suspendu plusieurs autres responsables du ministère de la Justice et policiers de haut rang.

Il avait également démantelé l'organisme chargé de la lutte contre la corruption dans ce pays miné par la criminalité, où bon nombre d'habitants mènent des modes de vie traditionnels et survivent tant bien que mal dans des zones reculées. Des cas de sorcellerie et de cannibalisme ont été signalés ces dernières années.

Selon le commissaire Baki, la police a tiré en l'air pour disperser la foule après avoir prévenu les étudiants que leur manifestation était illégale et essuyé des jets de pierre. Une foule armée d'arcs, de flèches et d'armes à feu faites maison ont tenté en vain d'incendier une caserne de la police, a-t-il également dit.

M. O'Neill dément les accusations de corruption. Le mois dernier, il avait publié une longue lettre en réponse aux étudiants, affirmant que les soupçons étaient motivés par des considérations politiques.

"Un petit groupe d'étudiants se sont montrés violents, ont lancé des pierres sur la police et provoqué une réaction, sous la forme de tirs de gaz lacrymogène et de tirs de sommation", a-t-il déclaré mercredi. "Les causes des blessures des étudiants doivent encore être déterminées".

M. O'Neill a accusé les membres de l'opposition, qualifiée "d'agitateurs politiques", d'être responsables: "les gens à l'origine de ces manifestations ont des objectifs politiques", a-t-il affirmé.

Canberra comme Washington ont mis en garde contre une détérioration de la situation.

"La situation reste volatile et pourrait dégénérer à tout moment", a déclaré l'ambassade des Etats-Unis à Port-Moresby.

La ministre australienne des Affaires étrangères Julie Bishop a appelé "toutes les parties au calme".

Le directeur adjoint pour l'Asie de Human Rights Watch Phil Robertson a réclamé l'ouverture d'une enquête. "Les tirs de policiers sur des étudiants sont choquants. Les membres des forces de sécurité responsables d'avoir fait un usage inconsidéré de la force doivent être traduits en justice".

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter