POLITIQUE

Justin Trudeau veut rétablir l'enseignement des langues autochtones

03/06/2016 05:14 EDT | Actualisé 03/06/2016 05:14 EDT
Ivorr via Getty Images
In Attawapiskat, North of Ontario

WINNIPEG — Le premier ministre Justin Trudeau estime que le rétablissement des langues autochtones est un facteur clé pour prévenir les suicides des jeunes dans les communautés des Premières Nations, mais il ne s'est pas engagé pour autant à les reconnaître comme des langues officielles.

M. Trudeau a déclaré lors d'une assemblée publique virtuelle pour le Réseau de télévision des peuples autochtones à Winnipeg que les langues étaient au coeur de la culture et l'identité autochtones.

Les communautés qui enseignent mieux leur langue et leur culture voient "une diminution importante dans les taux de suicide", selon le premier ministre.

M. Trudeau a ajouté que les langues représentaient un indicateur de "fierté, d'identité, d'appartenance et de culture" essentiel.

Il a également rappelé les conclusions de la Commission vérité et réconciliation sur les pensionnats autochtones — publiées il y a un an — qui statuaient que l'interdiction d'enseigner les langues ancestrales aux Autochtones était un outil puissant d'assimilation.

Le premier ministre croit que ces langues devraient être "célébrées", mais il ne s'est pas avancé sur la possibilité que le gouvernement fédéral les reconnaisse comme des langues officielles au Canada — aux côtés du français et de l'anglais.

Il a toutefois dit qu'il discuterait de cette question avec les chefs autochtones.

Une vague de suicide — dont certaines victimes étaient âgées de 13 ans — a amené plusieurs communautés à déclarer l'état d'urgence sur leur territoire dans les derniers mois.

La députée libérale provinciale Judy Klassen a déclaré devant l'Assemblée législative, jeudi, qu'elle et les autres représentants de sa région du nord du Manitoba se promenaient avec des couteaux à lame rétractable parce "qu'on ne sait jamais lorsqu'on retrouvera un enfant pendu à un arbre",

"C'est la réalité cauchemardesque", s'est-elle désolée.

Pendant des siècles, le Canada n'a pas respecté les traités signés avec les Autochtones, a souligné M. Trudeau après avoir offert un discours devant les dirigeants municipaux du pays.

Les libéraux ont investi 8 milliards $ sur cinq ans afin d'améliorer les conditions de vie des Autochtones, mais les changements n'arriveront pas du jour au lendemain, a prévenu le premier ministre. "Ce n'est pas un problème qui sera réglé rapidement", a-t-il soutenu.

Or, certains ont fait valoir que d'octroyer un statut officiel aux langues autochtones serait un énorme progrès en soi. La grande chef North Wilson, originaire d'une Première Nation du nord du Manitoba, déplore que les suicides soient devenus trop courants dans certaines communautés.

"Les choses se stabilisent, mais ça ne disparaît jamais vraiment", a-t-elle affirmé.

Une part du désespoir ressenti par certaines personnes s'explique par les politiques racistes du passé qui visaient à susciter la honte à l'égard des communautés et des langues autochtones, selon elle.

La reconnaissance officielle des langues donnerait aux Autochtones leur "place légitime" au pays, a-t-elle ajouté.

Mme Wilson considère qu'il est ridicule que dans les avions survolant les réserves isolées du Manitoba, les agents de bord présentent les indications de sécurité en anglais et en français.

"Ils devraient les diffuser en cri parce que les aînés doivent comprendre", a-t-elle dénoncé.

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