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Mobilisation à l'UdeM contre des millions investis dans le pétrole

02/06/2016 08:19 EDT | Actualisé 03/06/2017 05:12 EDT
drmakkoy via Getty Images
Vector Oil Pump

L'Université de Montréal (UdeM) investit l'argent de ses donateurs à coup de centaines de milliers de dollars dans le secteur des hydrocarbures, révèlent des données obtenues par Radio-Canada. La situation fâche des étudiants, qui se mobilisent pour forcer l'UdeM à renoncer à ses intérêts dans le pétrole et le gaz naturel.

Un texte d'Anne-Marie Provost, de Grand Montréal

L'université investit actuellement près de 13 millions de dollars de son fonds de dotation dans les énergies fossiles, par des placements directs ou par des fonds communs de placement.

Certains jugent problématique ce type d'investissement, alors que l'Université est en campagne pour récolter des dons auprès de ses anciens étudiants et de grands donateurs.

Le point de vue du diplômé est partagé par des étudiants de l'UdeM. Quelques-uns se mobilisent et ont mis sur pied l'année dernière un comité de désinvestissement des énergies fossiles. C'est un des premiers comités du genre à avoir vu le jour sur un campus francophone au Québec, avec l'Université de Sherbrooke, alors que ce mouvement est surtout populaire sur les campus américains et canadiens anglais.

Les étudiants, regroupés dans Désinvestissons UdeM, militent pour que l'argent du fonds de dotation, mais aussi du fonds de retraite des employés, ne soit plus du tout placé dans des entreprises du secteur des hydrocarbures.

L'UdeM sensible à la question

Du côté de l'Université de Montréal, on reconnaît que les changements climatiques sont un enjeu important et l'administration a entamé récemment une réflexion sur l'investissement responsable.

Le comité de l'université qui s'occupe de la gestion des placements du fonds de dotation se penche sur la question depuis un peu moins d'un an. Il émettra des recommandations incessamment, précise la porte-parole de l'UdeM, Geneviève O'Meara.

Le but du fonds est de générer des rendements, qui financent des chaires, des bourses et des fonds de recherche de collections. Le comité veut donc être prudent et évaluer soigneusement les risques et les possibilités.

«Il faut s'assurer de la pérennité du fonds et de la croissance des activités universitaires. Il faut se poser des questions avant de désinvestir et d'enlever complètement ses billes d'un secteur en particulier», affirme Geneviève O'Meara.

Un projet-pilote de 5 millions de dollars à Concordia

Sur le campus de Concordia et de McGill, cela fait déjà quelques années que des étudiants se regroupent au sein de comités divest, pour que cessent les investissements dans les énergies fossiles. Ils sont maintenant près de 25 comités à faire pression dans les universités du Canada, selon le site Fossil Free Canada.

À l'Université Concordia, la mobilisation a incité la fondation à mettre sur pied un projet-pilote. Cinq millions sur un total de 100 millions de dollars sont confiés à un gestionnaire qui effectue des placements durables et qui n'investit pas dans les combustibles fossiles, les armes et le tabac.

Le président de la fondation espère pouvoir mettre plus d'argent dans des fonds responsables. Mais cela prendra encore deux ans pour tirer des conclusions convaincantes du projet pilote et déterminer avec certitude si cela peut être rentable.

Du côté du comité Divest Concordia, on affirme qu'il s'agit d'un bon geste, mais symbolique. «Ils se préoccupent surtout de la performance. Il faudrait que tous les fonds soient responsables. Cinq millions, ce n'est pas grand-chose», argue Noelia Gravotta, une des membres du comité.

Moins rentable d'investir dans le pétrole?

Brenda Plant, cofondatrice du site de gestion responsable Ethiquette, souligne qu'une tendance s'installe chez certains grands investisseurs pour délaisser le secteur des hydrocarbures et qu'il y a de plus en plus de pression sur les gestionnaires.

«C'est un geste moral, mais c'est aussi de plus en plus vu comme rationnel sur le plan financier», indique-t-elle.

Les pays doivent maintenir un certain niveau d'émissions de gaz à effet de serre s'ils veulent éviter que le réchauffement franchisse le seuil critique de deux degrés Celsius à l'échelle planétaire.

Brenda Plant ajoute que le désinvestissement total est une stratégie parmi d'autres quand on parle d'investissement responsable.

Des gestionnaires préfèrent maintenir leurs placements et influencer les entreprises de l'intérieur pour qu'elles changent leurs pratiques. D'autres vont investir dans les «meilleurs» du secteur, par exemple Suncor, une société pétrolière qui est plus engagée que les autres dans les énergies renouvelables.

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