POLITIQUE

Chefferie du PQ : Lisée propose la «concordance culturelle» pour intégrer les néo-Québécois (VIDÉO)

01/06/2016 09:28 EDT

QUÉBEC – Fini le multiculturalisme. Fini l’interculturalisme. Un Québec dirigé par Jean-François Lisée inviterait les néo-Québécois à s’intégrer à la culture francophone du Québec. C’est ce qu’il appelle la «concordance culturelle».

Alors que le Canada anglais place toutes les communautés culturelles sur un pied d’égalité, la proposition du candidat à la chefferie du Parti québécois accorderait la primauté à la majorité historique francophone. Les nouveaux arrivants seraient appelés à se rallier à ce «tronc commun» composé de la langue française, de l’histoire du Québec et de certaines valeurs fondamentales.

Un gouvernement Lisée enchâsserait, dès 2018, la «concordance culturelle» dans une constitution interne de la province, qui inclurait également la Charte de la langue française et la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Toutes les politiques ultérieures du Québec seraient donc soumises à cette loi-cadre.

La minorité anglophone ne serait pas visée par cette politique culturelle et aurait le statut de «société distincte». Les nations autochtones conserveraient également leurs cultures propres.

La «concordance culturelle» s’appliquerait d’abord dans un Québec province, Jean-François Lisée ayant promis ne pas tenir de référendum sur la souveraineté avant un second mandat en 2022.

Quelle place pour les minorités?

La «concordance culturelle» remplacerait ainsi l’interculturalisme québécois, qui place la responsabilité de l’intégration à la fois sur les nouveaux arrivants et la société d’accueil, selon Jean-François Lisée.

«Moi, je dis non. Le néo-Québécois qui a pris la décision de quitter son pays d’origine pour venir au Québec, c’est à lui qu’incombe le travail d’intégration, estime-t-il. La société d’accueil, elle, a le devoir de créer les conditions d’une intégration réussie. Et c’est un vrai devoir : il devrait être dans les textes et [s’incarner] dans la réalité.»

Les minorités demeureraient protégées par les diverses libertés garanties par les lois canadiennes et québécoises (culte, associations, etc.), mais l’État ne jouerait aucun rôle pour faire la promotion de leurs communautés. «Ce n’est pas dans notre politique de dire : c’est important que dans un siècle on ait autant de communautés culturelles structurées que maintenant», illustre le député de Rosemont.

Jean-François Lisée distingue toutefois la «concordance culturelle» du melting-pot américain. «Ce n’est pas l’assimilation. Vous pouvez vous assimiler ou ne pas vous assimiler, c’est votre choix. […] Notre concept, c’est qu’il y a une majorité francophone avec une histoire, avec une langue, qui est commune. Et tous sont appelés à converger vers cette concordance.»

Et les accommodements raisonnables?

Le candidat se garde bien de dévoiler toutes ses positions en vue de la course à la chefferie, mais sa proposition donne la direction générale aux promesses à venir. Sur les accommodements raisonnables, par exemple, Jean-François Lisée annonce déjà ses couleurs. «Des accommodements religieux qui voudraient normaliser les inégalités entre les hommes et les femmes ne sont pas recevables», tranche-t-il.

L’ex-conseiller de Jacques Parizeau croit que sa politique pourra s’appliquer à l’intérieur de la fédération canadienne, malgré la Charte canadienne des droits et libertés. «Que le Québec se dote de cette direction générale, je pense qu’il n’y aura même pas de contestation, c’est une politique culturelle, dit-il. Dans l’application, là, ça peut arriver de toute façon.»

Fin mai, Jean-François Lisée suggérait d’abaisser le seuil du nombre d’immigrants au Québec; maintenant, il dévoile une politique axée sur le «tronc commun» francophone. À ceux qui l’accuseraient de vouloir refermer le Québec sur lui-même, Jean-François Lisée répond que cette position claire sur «ce que nous sommes, ce que nous offrons, et ce à quoi nous nous attendons» permettra une plus grande ouverture du Québec sur le monde. Comme ce fut le cas avec les «enfants de la loi 101», dit-il.

«Il n’y a rien de pire que l’incertitude, la mollesse, l’absence de clarté […], estime le candidat. Il faut dire : voici nos attentes et on veut vous inclure.»

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