POLITIQUE

10 ans plus tard, Québec solidaire rêve encore au grand soir (VIDÉOS)

30/04/2016 10:01 EDT

QUÉBEC – Le plus petit des grands partis célèbre ses dix ans cette année avec un congrès qui aura lieu à l’UQAM du 27 au 29 mai prochain. Malgré des débuts modestes, Françoise David assure que le parti en bien en selle.

D’entrée de jeu, la co-porte-parole affirme que Québec solidaire est bien plus que la conscience sympathique des parlementaires québécois. Le parti prendra un jour le pouvoir, promet-elle. «Vous savez, en 1989, quand le mur de Berlin est tombé, il n’y a pas un seul analyste sur la scène mondiale qui le prédisait six mois avant», illustre-t-elle.

Toutefois, la croissance est plus lente qu’elle l’aurait cru en 2006. «Oui, c’est plus long qu’on pensait», admet-elle. Après tout, mille personnes assistaient au congrès qui a officialisé la fusion entre l’Union des forces progressistes et Option citoyenne. «Il y avait un tel appétit dans les mouvements sociaux et chez les citoyens pour des changements, se rappelle Françoise David. Ce qu’on avait moins mesuré, c’est la lenteur des changements.»

Amir Khadir a longtemps été le seul élu de la formation à l’Assemblée nationale. Françoise David l’a rejoint en 2012, puis Manon Massé s’est ajoutée au groupe en 2014. À la blague, on dit dans les rangs solidaires qu’un accident de taxi pourrait décimer le caucus.

Les progrès sont également lents dans les intentions de vote : un récent sondage accorde 14% à Québec solidaire. Un score modeste, mais qui doublerait le résultat obtenu aux dernières élections. «La greffe est en train de prendre, croit Françoise David. Ça ne veut pas dire que nous allons prendre le pouvoir en 2018; probablement pas. Mais on pourrait faire un bond en avant considérable.»

Elle cite des candidats qui ont obtenu des résultats intéressants en 2014 dans Hochelaga-Maisonneuve, Taschereau (Québec) et Rimouski. «Je vous signale que là on n’est plus à Montréal», lance-t-elle, une allusion aux trois circonscriptions remportées par QS qui forment un bloc orange au centre de la métropole. Le parti se surprend maintenant à rêver à sa propre vague orange.

Dans la marge

En attendant le grand soir, Québec solidaire influence les mœurs politiques, estime Françoise David. Par exemple, le parti a insisté pour avoir deux porte-paroles, un homme et une femme. «On a tellement ri de nous à l’époque», se rappelle Françoise David. Mais aujourd’hui, la formule ne fait plus sourciller.

De la même façon, QS a présenté 50% de candidatures féminines «à toutes les élections générales», bien avant que l’idée de la parité ne s’impose dans le discours public. Les autres parties réfléchissent aujourd’hui à la question. «On évoque même l’idée de ces fameux quotas ou de sanctions à des partis politiques qui n’auraient pas suffisamment de candidatures féminines», souligne-t-elle.

De son côté, Amir Khadir a été le premier à dénoncer, dès 2009, l’utilisation des prête-noms dans le financement des partis politiques. Sa petite équipe a réussi à démontrer l’utilisation d’un stratagème par les firmes de génie-conseil pour contribuer massivement au financement des partis, le PLQ en tête.

Québec solitaire

Alors qu’Amir Khadir a été son premier élu, Québec solidaire préfère mettre de l’avant une Françoise David plus diplomate. C’est elle qui participe aux débats des chefs. C’est aussi elle qu’on propose en entrevue.

C’est que le député de Mercier peut s’enflammer; comme lorsqu’il a affirmé récemment que l’ex-premier ministre Jean Charest est le «premier suspect» dans les allégations de financement illégal au PLQ. «Vous savez très bien que Monsieur Khadir et moi avons un vocabulaire différent, ce n’est pas la première fois que ça se passe, avait dit sa collègue le lendemain. Mais je vous peux vous dire que, sur le fond des choses, nous partageons la même opinion.»

henri paul rousseau Amir Khadir face à Henri-Paul Rousseau en 2009.

Toutefois, les frasques et les déclarations à l’emporte-pièce du coloré député ont permis de garder QS dans l’actualité quand il était son seul représentant à l’Assemblée nationale.

On l’a notamment vu sermonner vertement le PDG sortant de la Caisse de dépôt, Henri-Paul Rousseau, alors que le bas de laine des Québécois venait de perdre 40 milliards$. «Vous êtes de ces nouveaux monarques qui se croient tout permis et au-dessus de tout jugement, lui a-t-il lancé en pleine commission parlementaire. Comme souvent l’arrogance et le mépris cachent une certaine lâcheté, vous avez préféré démissionner au milieu de la tourmente.»

On l’a aussi vu lancer une chaussure sur une image du président américain George W. Bush. Un geste qu’il a dit regretter par la suite.

Maintenant, c’est au tour de Manon Massé de mettre de l’avant le sort des personnes transgenres, un sujet qui ne fait pas gagner beaucoup de votes. Elle demande notamment que ceux-ci puissent changer légalement leur mention de sexe sans subir d’opération.

«C’est parfois long, convient François David, mais c’est comme si nos idées finissaient par atterrir dans l’espace public, et même dans la tête de certains politiciens d’autres partis.»

Quel pays?

Depuis 10 ans, les porte-paroles de QS doivent répondre inlassablement aux mêmes questions. Volent-ils des votes au PQ? S’allieront-ils au PQ? «Parfois, je souris et j’ai envie de rire. Parfois, honnêtement, je deviens un petit peu excédée», confie Françoise David.

«Quand un parti naît, et surtout quand il dure, ça veut dire qu’il répond aux besoins d’une partie de la population», ajoute la porte-parole… comme elle le disait déjà le jour de la fondation de Québec solidaire dans une entrevue à Radio-Canada.

La question est revenue dans l’actualité avec la proposition du chef péquiste Pierre Karl Péladeau de créer une coalition des forces souverainistes en vue des prochaines élections. Mais pour QS, la souveraineté doit s’accompagner d’un projet de société. «Si on veut vraiment mobiliser les gens, si on veut que le projet de pays soit attirant, il faut qu’il y ait des valeurs [qui y soient rattachées]», dit Françoise David.

Entre-temps, QS souffle le chaud et le froid sur l’idée d’alliance. Ex-homme d’affaires au passé antisyndicaliste, PKP n’a rien pour charmer les solidaires. «Il y aurait une façon assez simple de régler ça, dit Françoise David, ce serait de mettre Québec solidaire au pouvoir.»

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