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Father John Misty au Métropolis: cérémonial folk rock (PHOTOS)

22/04/2016 10:12 EDT | Actualisé 22/04/2016 10:12 EDT
David Kirouac

Le brillant et inclassable auteur-compositeur-interprète américain Father John Misty, de son vrai nom Josh Tillman, était au Métropolis de Montréal, jeudi soir, pour proposer les chansons folk rock de ses deux albums, Fear Fun (avril 2012) et bien entendu I Love You, Honeybear (février 2015), considéré par de nombreux médias comme l’un des meilleurs disques parus l’an dernier. Quand l’amour n’est pas que sentimentaliste.

À la suite de son célébré premier long jeu, Father John Misty est revenu avec une autre petite bombe tout aussi surprenante. Un pamphlet musical de onze morceaux qui peint intelligemment la passion charnelle et le désarroi amoureux. Ça pourrait être extrêmement banal et complaisant, mais il n’en est rien : le chanteur-guitariste arrive, en studio comme sur scène, à livrer un univers musical cohérent et inventif, même si le tout est, en concert, un tantinet surfait.

Father John Misty au Métropolis

L’expérience Father John Misty est double : d’un côté il incarne l’image du grand chanteur charismatique, charmant et sexy à souhait, qui se jette à genoux et fait de grands gestes pour amplifier l’importance de certaines paroles ou d’atmosphères particulières. Élégant dans ses vêtements griffés à la Hugo Boss (pantalon noir ajusté et chemise noire ouverte jusqu’en bas du torse), il a une dégaine captivante indéniable. Son travail scénique est efficace, voire magnétique, même si parfois, son jeu maniéré est à la limite du too much. Et même s’il parle très peu entre les morceaux, il sait gagner son public (si on met de côté les nombreux spectateurs qui semblaient être au Métropolis pour jaser de leur vie et non pour assister au spectacle).

D’un autre côté, il a cette propension à se discréditer lui-même. Il envoie un message qui le remet régulièrement en question, du moins son personnage. Partout, on sent le cynisme (dans les textes aussi), l’autodérision et l’humour noir. C’est comme s’il ne voulait pas tout à fait à endosser cette proposition de barbu-dandy-célébrant branché. D’un côté le déhanchement séducteur très appuyé et de l’autre le haussement d’épaules qui sous-entend «whatever». Car même s’il donne l’impression d’être chanteur décontracté et insouciant, on comprend vite que la présentation a été passablement travaillée, voire chorégraphiée.

Cela dit, quand on embrasse ce côté extravagant, calculé et un peu sirupeux, Father John Misty a tout le génie nécessaire pour convaincre en spectacle. Visiblement, les gens aiment son univers flyé comme en fait foi ce Métropolis plein à craquer. Il a dû comprendre, après quelques visites en ville (deux concerts à Osheaga et un autre au Théâtre Corona), que les Montréalais l’aiment bien.

Celui qui s'est illustré un temps dans Fleet Foxes et Saxon Shore n’a rien perdu de son charme et de cette grâce étrange. Bien au contraire, ça se raffine. L'aisance sur les planches est remarquable et la musique, elle, renferme bien des petits bijoux, qui sont magnifiés par le travail de bons musiciens (cinq gars plus une choriste). C’est juste que parfois, l’interprétation grandiloquente de certaines compositions folk, tantôt soul tantôt country, fait parfois office de cérémonial. Dès le premier morceau, Everyman Needs a Companion, on a senti que le folk de Father John Misty prendrait des allures d’évangile.

Sauf que si on a s’attendait à une soirée calme et introspective, à l'image de quelques pièces de Tillman, on a dû rapidement déchanter. Dans son brouillard de rouge, Father John Misty a fait comprendre à la seconde chanson du concert, Hollywood Forever Cemetery Sings, que le sentiment peut faire déraper. Proposition très réussie d’ailleurs.

Durant la soirée, l’Américain a offert un assortiment de chansons des deux albums, dont Only Son of the Ladiesman, Tee Pees 1-12, Funtime in Babylon, Nancy From Now On, I’m Writing a Novel, Bored in the USA, I Love You, Honeybear, I Went to the Store One Day et une The Ideal Husband livrée à fond de train, sur des éclairages stroboscopiques.

En tout, une centaine de minutes de concert pour une vingtaine de morceaux qui oscillaient entre le folk de finesse, les explosions rock et les ambiances messianiques. C’est comme si la bande de Wilco rencontrait les boys des Black Crowes pour une soirée avec Rufus Wainwright dans une église d’Harlem. Tout ça avec en toile de fond les thèmes du sexe, de la passion amoureuse, de la jalousie et des conflits intérieurs.

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