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Rebel Moon, un vagabondage musical de Marrakech à Montréal (ENTREVUE)

20/04/2016 09:15 EDT
DR

Le cuir ne fait pas le bad boy. Malgré sa mèche rebelle, son perfecto noir et sa boucle d'oreille qui lui donnent des airs de Lenny Kravitz avec vingt ans de moins, Rebel Moon, de son vrai nom Badr, alias Bado, est loin du cliché du rockeur nerveux. Certes, le musicien a suivi un parcours atypique. Et comme son nom l'indique, Rebel Moon n'a pas toujours écouté ce que lui dictaient ses parents. Ni ses voisins.

Rebelle, il l'est. Il a déjà tenté de passer clandestinement la frontière entre le Maroc et l'Espagne derrière un camion. Lunaire aussi. Ça tombe bien, Badr signifie "pleine lune" en arabe. Mais le rockeur n'a rien de l'excité-révolté qui puise son inspiration dans ce qui porte le joli nom de "paradis artificiels".

Mens sana in corpore sano

Badr est végétarien, fait du yoga et n'a jamais bu une goutte d'alcool. "Par conviction religieuse?", tente-t-on, accoudés au comptoir d'un bar branché de Casablanca. Non, l'artiste est plutôt du genre mens sana in corpore sano. Un esprit sain dans un corps sain. "Et pourtant, dieu sait que dans le milieu, ce n'est pas évident", nous lance-t-il entre deux gorgées de jus de fruit.

Né dans un quartier populaire de la médina de Marrakech, le jeune Badr fabrique son premier instrument avec un bout de bois, un pot de peinture et des câbles de freins de bicyclette en guise de cordes, "pour accompagner les enfants du quartier qui jouaient au tam-tam". Sa première vraie guitare, il l'achète un peu plus tard à Casablanca, après avoir vu des surfeurs australiens jouer sur une plage d'Imsouane.

Gypster

En 2010, le chanteur autodidacte et touche-à-tout (il produit et arrange aujourd'hui lui-même tous ses morceaux avec un ami ingénieur du son), prend ses cliques et ses claques. La vingtaine, des envies de parcourir le monde, de sortir du carcan familial et de quitter les murs trop étroits de son quartier marrakchi. "Je savais que j'attirais la curiosité dans la rue, avec mon style de rockeur et mon refus de suivre le parcours classique", explique-t-il.

La guitare sous le bras, il s'envole à 5.800 kilomètres de Marrakech - et perd 30 degrés au passage. Atterrissage à Montréal. De là, tout s'accélère. Il participe à un open-mic où Gilles Brisebois, bassiste qui a accompagné plusieurs chanteurs canadiens de renom comme Jean Leloup ou Yann Perreau, le remarque. Il lui propose de passer dans son studio, dans le quartier du Mile End, un vrai nid d'artistes et de jeunes créateurs montréalais.

rebel moon

Badr le gypster, mélange de gypsy et de hipster, veut fonder un band. Un groupe, à la québécoise. Gilles fait appel à un ami, le batteur Ange E. Curcio, qui a déjà joué avec Bon Jovi. De son côté, Bado, qui écoute aussi bien Rachid Taha que Gnawa Diffusion ou Arcade Fire, écrit et compose ses propres morceaux. Un mélange d'indie-rock, de musique des Balkans et de transe du Sahara, avec une pointe d'électro et même des rythmes reggae. Le tout agrémenté de paroles engagées, "des trucs parfois durs, loin des standards de la pop arabe", nous confie-t-il.

Badr "Lmarican"

Conquis, Gilles et Ange décident de l’accompagner et de partager la scène avec lui. Après plusieurs festivals et concerts dans les bars underground de Montréal, Rebel Moon fait la première partie de sa compatriote Oum, de passage au Canada en 2014. Un an plus tard, il joue au Festival international Nuits d'Afrique à Montréal.

Vagabond dans l'âme, Badr, qui chante en darija, français et anglais, se lance dans la composition d'un premier album, "Ayam" ("les jours" en arabe), jeu de mots sonore pour dire "je suis" à l'américaine. Il fait étape là où le vent le mène, en Espagne et dans son Maroc natal où il vient régulièrement déterrer ses racines berbères et arabo-andalouses et s'imprégner de l'effervescence de la ville ocre.

Après avoir tourné un premier clip dans un vieux cinéma de Marrakech pour "Lmarican", reprise-hommage du titre de Houcine Slaoui - "ce génie qui n'a pas eu la reconnaissance qu'il mérite" - Rebel Moon prépare actuellement son deuxième clip, toujours dans la ville qui l'a vu naître. Armé de dix premiers titres envoûtants qu'il dévoile au compte-gouttes sur YouTube et Soundcloud, le musicien espère bien voir son album dans les bacs canadiens "en septembre prochain, inchallah". Et conquérir ensuite le public marocain. Talent à suivre.

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