POLITIQUE

L'urgence de confronter le sexisme en politique, parce qu'on est en 2016

19/04/2016 08:09 EDT | Actualisé 19/04/2016 08:15 EDT

OTTAWA – Lorsqu’elle était attachée politique pour un député masculin, Marilène Gill s’est fait dire que son patron lui payait des « belles sacoches ». Une anecdote qui semble banale, à première vue, mais qui témoigne d’un double standard envers les femmes dans le monde politique.

Marilène Gill siège maintenant comme députée du Bloc québécois dans la circonscription de Manicouagan. Même si elle dit ne pas avoir été victime d’un comportement sexiste depuis son élection, le 19 octobre dernier, l’ancienne porte-parole du Regroupement des femmes de la Côte-Nord reste sur ses gardes.

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Marilène Gill, députée de Manicouagan. (Photo : Facebook)

La jeune femme est bien consciente qu’elle devra jouer des coudes lorsqu’elle voudra faire avancer certains dossiers de sa région et devra faire face à d’autres propos sexistes.

« Dans une situation comme ça, qu’est-ce qu’on fait? On décide de dire qu’on ne poussera pas le projet, parce qu’on dit "non, arrêtez, je refuse ce qui se passe présentement"? Ou on fait un compromis de conscience? »

La députée conservatrice Michelle Rempel a publié un billet d’opinion en anglais, lundi, dans lequel elle dénonce des comportements sexistes à son égard. D’autres parlementaires lui reprochent d’être trop émotive, trop directe ou trop « bitch », des commentaires qui ne seraient jamais adressés à un homme, dit-elle.

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Michelle Rempel, députée de Calgary Nose Hill. (Photo : Gouverneur général)

« Le sexisme de tous les jours auquel je dois faire face implique de confronter le surnom de "bitch" qu’on me donne lorsque je ne me conforme pas à la requête de quelqu’un ou que je capitule sur une de mes positions, confronter la présomption que je me suis rendue où je suis en (insérez un acte sexuel de votre choix) avec (insérez un homme en position d’autorité de votre choix), endurer la spéculation et des jugements de valeur sur ma fertilité, et répondre à des commentaires qui établissent un lien entre mon apparence et ma compétence. »

Si son texte a été louangé par la ministre libérale de la Condition féminine, entre autres, ses écrits lui ont aussi valu des commentaires déplacés des internautes. Certains suggèrent que la députée albertaine exagère ou qu’elle est hypocrite.

D’autres formulent des souhaits pour le moins étonnants :

Michelle Rempel fait également mention d’un ministre libéral – sans le nommer – qui lui a demandé d’avoir l’air « plus joyeuse » pendant la période de questions.

En décembre dernier, le ministre de l’Immigration John McCallum parlait des « voies ensoleillées » du gouvernement Trudeau et a tenu ces propos à l’endroit de Rempel, sa critique de l’opposition. Il a par la suite présenté ses excuses.

Interpellé à ce sujet mardi, le premier ministre Justin Trudeau – qui s’autoproclame féministe – a répondu en route vers son caucus de ministres qu’il allait « certainement avoir des conversations là-dessus ».

Le ministre fautif s’est par la suite brièvement adressé aux médias. « C’est un problème, parce que le monde n’est pas une place parfaite, même si on est en 2016. Alors le sexisme reste un défi à Ottawa, au Canada, dans le monde entier », a dit McCallum.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, ne s’est pas avancé sur le sujet du sexisme. « C’est une question très large, a-t-il dit. Je ne veux pas vous donner une réponse dans un petit scrum comme celui-ci. Mais on travaille tous contre cela, bien sûr. »

Trop petite, trop stridente, trop stressée...

Leurs collègues féminines, qui forment la moitié du cabinet Trudeau, avaient quant à elles toutes une histoire personnelle à raconter.

« Vous êtes la seule qui est confuse », « lâchez le café », « prenez un Valium » sont toutes des phrases qui ont été dites à la ministre des Affaires autochtones Carolyn Bennett, qui siège au Parlement depuis 1997.

Même si elle est une habituée au chahut des autres partis, la ministre pense que les attaques deviennent plus personnelles lorsqu’elles sont dirigées vers des femmes.

La ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, a affirmé qu’elle faisait attention à ce que ses élans de passion à la Chambre des communes ne paraissent pas « inappropriés ».

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Chrystia Freeland, ministre et députée de University-Rosedale. (Photo : PC)

« Comme vous le constatez, je ne suis pas très grande. Dans le passé, des gens m’ont passé des commentaires sur ma voix, qu’ils trouvaient trop stridente. Et je pense, en tant que femme, qu’on accuse rarement un homme d’être trop strident. »

La responsabilité de dénoncer ces comportements sexistes revient à tous, hommes ou femmes, explique la ministre de la Condition féminine Patty Hajdu, qui a salué la lettre ouverte de sa collègue de l’opposition Michelle Rempel.

« Nous devons avoir des standards éthiques plus élevés, que de dire que ce n’est pas acceptable. Et je pense qu’en parlant plus souvent et qu’en nous soutenant tous ensemble pour que les hommes fassent partie de la solution, nous allons mieux nous entendre », a-t-elle exprimé en point de presse.

La ministre Bennett a donné l’exemple de la première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne qui, en s’adressent au sexisme ordinaire en politique, demande systématiquement aux députés s'ils s’adresseraient aux hommes de la même manière.

« Et je pense que nous savons parfois que la réponse est non. »

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