NOUVELLES

Les enfants, premières victimes de Boko Haram (VIDÉO)

12/04/2016 07:48 EDT | Actualisé 13/04/2016 06:08 EDT

Deux ans après l'enlèvement très médiatisé des 276 écolières de Chibok, dans le nord du Nigeria, par les islamistes de Boko Haram, on est toujours sans nouvelles de la plupart des captives. Pire encore, des centaines d'autres femmes et enfants partagent leur sort.

Selon Amnistie internationale, environ 2000 femmes et enfants ont été kidnappés dans des enlèvements de masse depuis 2012.

Même si on ne sait pas ce qui est advenu de la majorité des jeunes filles enlevées le 14 avril 2014, on en sait par contre un peu plus sur le sort des otages. Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont mené des entrevues avec d'anciennes otages qui relatent la façon dont elles sont traitées par Boko Haram.

Des jeunes filles ont ainsi raconté avoir subi des violences sexuelles de la part des djihadistes. Certaines ont été forcées d'épouser leurs ravisseurs, tandis que d'autres ont été utilisées comme esclaves sexuelles. Elles ont aussi été endoctrinées à la version de l'islam des djihadistes et entraînées au maniement des armes. On les a parfois obligées à attaquer leurs propres villages. Celles qui refusaient d'obéir étaient tuées.

Une stigmatisation qui perdure

Une fois libérés, les anciennes otages sont marquées de façon indélébile. On les appelle « les épouses de Boko Haram ». Dans les camps de déplacés ou au sein de leur propre communauté, beaucoup d'entre elles sont rejetées, puisqu'on les associe encore à la secte. Le sort réservé aux enfants issus des viols est encore pire, puisqu'ils sont vus comme des terroristes potentiels à cause de leur « mauvais sang ».

Selon les témoignages recueillis par l'UNICEF, les autres femmes les empêchent d'avoir accès aux sources d'eau ou aux soins de santé et les confinent dans certains secteurs du camp d'où elles ne peuvent sortir.

«Il y a un climat de peur et de suspicion [...] Beaucoup de gens se méfient d'elles et ne veulent plus les accueillir.» - Laurent Duvillier, porte-parole de l'UNICEF pourl'Afrique de l'Ouest et du Centre

« Imaginez la souffrance de ces jeunes filles », soutient Laurent Duvillier, porte-parole de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre. « Elles ont été trois fois victimes : une fois quand elles ont été enlevées, une deuxième fois quand elles ont été prises comme esclaves sexuelles, parfois pendant des mois, et une troisième fois maintenant quand elle retournent chez elles à la maison ou dans des camp de déplacés. »

Les gens disent craindre que les anciennes otages aient été endoctrinées par Boko Haram et tentent de recruter d'autres femmes. Ils redoutent également qu'elles n'essaient de mener des attaques au sein des camps ou des villages.

C'est effectivement déjà arrivé, notamment en février dernier, lorsque deux femmes se sont fait exploser dans un camp de déplacés à Dikwa, dans le nord-est du Nigeria, faisant 58 morts.

Selon le Long War Journal, il y a eu au moins 105 femmes kamikazes au Nigeria et dans les pays voisins depuis juin 2014. Les plus jeunes n'avaient que 10 ans.

Des enfants manipulés

L'année dernière, le nombre d'attaques-suicides perpétrées par Boko Haram a fortement augmenté. L'utilisation d'enfants dans ces attentats a été multipliée par 11.

Selon les données de l'UNICEF, presque 20 % des attentats-suicides commis depuis janvier 2014 ont été perpétrés par des enfants. De plus, les trois quarts d'entre eux étaient des filles.

«Les enfants ne sont pas les instigateurs des attaques, ce ne sont pas eux qui les orchestrent, ce sont vraiment des victimes.» - Laurent Duvillier, porte-parole de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre

Quelque 1,3 million d'enfants ont été déplacés dans la guerre que se livrent Boko Haram et le gouvernement nigérian. Loin de leur communauté et parfois même de leur famille, ils deviennent des proies faciles pour les recruteurs.

L'utilisation d'enfants permet à Boko Haram de frapper encore plus fort. « Qui va se méfier d'un enfant? Qui va se méfier d'une jeune fille? », demande Laurent Duvillier.

«C'est une utilisation de l'image la plus pure de l'enfance pour se rapprocher le plus possible de la communauté, la frapper en son cœur et faire le plus de victimes possible. C'est une utilisation odieuse de l'enfance.» - Laurent Duvillier, porte-parole de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre

Des avancées sur le terrain

Depuis l'arrivée de Muhammadu Buhari à la tête du pays, il y a environ un an, l'armée nigériane a gagné du terrain sur les rebelles, qui ont perdu le contrôle de plusieurs localités de leur fief du nord-est du Nigeria.

Ce changement militaire semble avoir entraîné un changement de stratégie du côté des islamistes.

«Au lieu de viser un contrôle territorial, on est plutôt dans une logique de "hit and run".» - Cédric Jourde, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa

« Boko Haram envoie des adolescents se faire exploser sur des places publiques, des mosquées ou des gares de bus », explique Cédric Jourde, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa. « On est dans une logique visant à terroriser. »

De plus, le groupe s'en prend maintenant aux pays frontaliers, surtout au Cameroun, qui a subi, en 2015, 39 attentats-suicides.

C'est également au Cameroun qu'on a enregistré le plus grand nombre d'attaques impliquant des enfants.

Il est très difficile d'empêcher les mouvements de population dans cette région très poreuse, affirme M. Jourde. Les forces armées tentent donc plutôt de cibler les lieux où sont fabriqués les engins explosifs employés par les kamikazes.

Le défi du gouvernement nigérian est aussi de passer à l'étape de la reconstruction. Lors des interventions armées, il y a eu énormément de destruction et les militaires ont souvent été blâmés par les organisations de défense des droits de l'homme pour leur approche . « Il va falloir reconstruire les zones touchées et adopter une logique qui n'est pas que sécuritaire », soutient Cédric Jourde. « Maintenant, le plan est de montrer que l'État nigérian peut être impliqué de manière positive. »

Voir aussi:


Ce que vous devez savoir sur Boko Haram

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter