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Bâillonnement des victimes d'agression sexuelle: l'Université de Brandon revient sur sa décision (VIDÉO)

06/04/2016 06:29 EDT | Actualisé 06/04/2016 06:29 EDT

L'Université de Brandon, au Manitoba, ne demandera plus aux victimes d'agression sexuelle de signer un code de conduite leur interdisant de révéler des informations au sujet de leur agression, sauf à un conseiller.

Le code de conduite, dont l'authenticité a été confirmée par l'Université, stipule que si l'étudiant ne respecte pas les conditions établies, il peut être suspendu ou expulsé.

Après avoir défendu l'utilisation du code, l'Université a annoncé lors d'une conférence de presse mardi après-midi qu'elle ne demanderait plus aux survivants d'agressions sexuelles de s'y conformer.

« Nous reconnaissons que [cette pratique] n'est pas très utile pour le survivant, a affirmé le président et vice-recteur de l'Université, Gervan Fearon. Il était inapproprié pour nous de l'utiliser. »

Situation dénoncée par des victimes d'agression

La décision survient après que le groupe de soutien étudiant We Believe Survivors, formé il y a à peine 10 jours, a découvert l'existence du code. C'est une personne qui en a parlé sur un forum créé par le groupe pour permettre aux étudiants de partager leur histoire de violence sexuelle de façon anonyme.

«On sait que la culture du silence et du blâme des victimes sont si importantes dans notre communauté. C'était très inquiétant de savoir que notre université souhaite plus protéger sa réputation que de parler de choses aussi sérieuses que les agressions sexuelles.» - Stefon Irvine, représentant, We Believe Survivors

La coordonnatrice du programme d'étude des genres et des femmes de l'Université de Brandon, Corinne Mason, n'est pas surprise de l'existence d'un tel document en raison de la culture du silence sur les campus canadiens. Elle souligne qu'en raison de ce code de conduite les agresseurs et les victimes sont traités de la même façon et ajoute que les personnes qui rapportent une agression sexuelle sont aussi sujettes à discipline.

«Avec ce document, une personne ne pourrait même pas appeler une ligne téléphonique d'urgence pour les victimes d'agression sexuelle sans risquer d'être expulsée ou suspendue. Il est clair qu'il a été écrit sans connaître les agressions sexuelles et sans penser aux besoins des victimes.» - Corinne Mason, coordonnatrice du programme d'étude des genres et des femmes, Université de Brandon

Un code pour protéger les victimes, dit l'Université

L'Université de Brandon a reconnu l'existence du code dont elle défend le rôle. Selon le vice-président adjoint des services aux étudiants, Tom Brophy, le but est de protéger les étudiants et non de les victimiser à nouveau. En plus de deux ans depuis la création du code, il dit qu'il n'a été signé que trois fois.

«Nous voulons que nos étudiants se sentent en sécurité lorsqu'ils viennent pour témoigner d'une agression sexuelle. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas faire mieux et nous travaillons là-dessus en ce moment.» - Tom Brophy, vice-président adjoint des services aux étudiants de l'Université de Brandon

L'Université travaille en ce moment à l'élaboration d'une politique sur les agressions sexuelles.

De l'aide insuffisante, selon une victime

Une victime qui a signé le contrat a rencontré CBC et a raconté l'histoire de son agression survenue en septembre 2015 dans une résidence universitaire lorsqu'elle avait 17 ans. Elle dit qu'elle était suspicieuse du code de conduite parce qu'elle ne se sentait pas dans un état mental approprié pour signer un tel document. Elle a rencontré des employés de l'Université et a signé le code de conduite peu après l'agression.

La victime de 17 ans désire toutefois raconter son histoire à présent et dit ne pas avoir reçu l'aide nécessaire de l'école. Elle affirme d'ailleurs qu'on lui a dit que son cas était mineur comparativement à d'autres cas.

«J'aurais aimé ne pas être laissée seule dans les jours qui ont suivi l'agression et qu'on ne me dise pas que j'étais une mauvaise fille.» - Une victime d'agression sexuelle

La jeune femme dit avoir trouvé de l'aide, et que celle-ci est venue d'une clinique hors campus et non de l'Université. Elle dit avoir dénoncé l'incident à la police, mais les accusations ont dû être abandonnées en raison du manque de preuve. La police de Brandon n'a pas pu être jointe lundi après-midi.

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