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Mieux comprendre les aptitudes des aînés à prendre le volant

03/04/2016 10:37 EDT | Actualisé 04/04/2016 02:59 EDT
DAVID SUCSY

Pour une personne âgée, perdre son permis de conduire signifie perdre une partie de sa liberté et de son autonomie. Mais comment évaluer plus adéquatement l'aptitude des aînés à la conduite automobile? Des chercheurs ont développé un modèle pour les suivre de près. Explications.

Un texte de Francine Plourde

Le vieillissement de la population mondiale s'accélère. Les plus de 65 ans devraient représenter près de 17 % des habitants de la planète d'ici 2050, soit le double de ce qu'ils représentent aujourd'hui. En outre, le nombre d'octogénaires devrait tripler d'ici là. Et l'espérance de vie ne cesse d'augmenter.

Symbole d'une génération, la voiture a beaucoup d'importance pour nombre de ces personnes. Mais quand arrive un problème de santé ou une diminution de certaines capacités nécessaire à la conduite automobile, il faut parfois limiter, voire retirer le permis.

Comment se prend cette décision?

Au Québec, chaque conducteur doit produire un certificat médical à 75 ans, à 80 ans et par la suite tous les 2 ans. Ce certificat est produit par le médecin de famille ou un gériatre. Il tient compte de la santé :

  • visuelle
  • neurologique
  • cardiaque
  • respiratoire
  • neuro-squelettique

Le document tient également compte de la médication, qui pourrait perturber les capacités du conducteur, et des aspects psychologiques et cognitifs.

Si tout va bien, le conducteur peut conserver son permis sans problème. Selon la gériatre Lucie Boucher, qui a donné des formations aux médecins pour la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), la ligne est parfois mince, particulièrement pour les problèmes cognitifs ou psychologiques.

Il faut alors faire une évaluation plus poussée, soit par un ergothérapeute, ou encore par un test sur route, comme avec un conducteur débutant.

Dans certaines provinces, comme l'Ontario et le Nouveau-Brunswick, un médecin a l'obligation d'avertir l'organisme qui délivre les permis s'il a un doute sur la capacité de conduire de son patient.

Au Québec, le médecin n'est pas tenu légalement d'avertir la SAAQ. Toutefois, son code de déontologie l'oblige à le faire s'il doute de la volonté de son patient d'abandonner la conduite.

Cela peut créer un malaise chez les médecins, d'autant plus que ces tests médicaux ne sont pas infaillibles pour prédire la conduite sécuritaire ou non d'une personne âgée.

Le psychologue Sylvain Gagnon enseigne à l'Université d'Ottawa, où il dirige un laboratoire sur la conduite automobile et sur le vieillissement cognitif.

Il participe à l'étude pancanadienne Candrive financée par l'Institut canadien de la santé. Cette recherche permet de suivre depuis 6 ans plus de 900 conducteurs de 75 ans et plus recrutés dans 4 provinces canadiennes. Chaque année, ils doivent passer une batterie de tests médicaux et de conduite.

En comparant ces tests et les taux d'accidents de chacun, les chercheurs de plusieurs universités tentent de trouver ce qui permettrait de prédire le plus précisément possible le moment où un conducteur devient dangereux pour lui comme pour les autres usagers de la route.

Actuellement, nous sommes capables de bien discriminer ceux qui représentent un risque clair de ceux qui n'en représentent pas. Les tests cognitifs, par exemple, déterminent ceux qui présentent un risque réel.

Mais il n'existe pas de tests infaillibles qui permettent de discriminer parfaitement un conducteur âgé sécuritaire d'un autre qui ne l'est pas.

«Il reste un grand groupe, au centre, pour lequel on se questionne. Est-ce qu'ils sont à risque ou pas?»

- Sylvain Gagnon

Les conclusions de l'étude Candrive pourraient permettre de prédire le risque d'accident des conducteurs de plus de 75 ans. Ultimement, elle pourrait permettre de développer une échelle de risque et de prendre des décisions éclairées.

Les chercheurs espèrent avoir colligé suffisamment d'informations d'ici la fin de l'année pour aider à mieux cerner les conducteurs toujours sécuritaires.

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