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Brésil: Dilma Rousseff sur tous les fronts pour éviter la destitution

31/03/2016 05:40 EDT | Actualisé 31/03/2016 08:11 EDT
ASSOCIATED PRESS
Brazil's President, Dilma Rousseff, waves goodbye, as French Minister for Industrial Recovery Arnaud Montebourg, right, watches after their meeting at the Mouvement des Entreprises de France, (MEDEF) headquarters in Paris Wednesday Dec 12, 2012. in Paris, France. Roussef is on a two-day visit in France.(AP Photo/Jacques Brinon, Pool)

La gauche brésilienne a sorti jeudi ses drapeaux rouges pour manifester contre la procédure de destitution en cours contre la présidente Dilma Rousseff, en grand danger après le passage à l'opposition du pilier centriste de sa coalition.

Des dizaines de milliers de sympathisants du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir manifestaient jeudi après-midi "en défense de la démocratie" et aux cris de "Il n'y aura pas de coup d'Etat!" dans une trentaine de villes du géant émergent d'Amérique latine.

L'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva a décidé de ne pas participer à la manifestation organisée dans la capitale Brasilia, selon un porte-parole, contrairement à ce qu'avait annoncé la veille la Centrale unique des travailleurs (CUT).

La gauche brésilienne espérait administrer une démonstration de force pour influencer les députés qui hésitent encore à voter pour ou contre la destitution de la dirigeante de gauche, lors d'un vote crucial attendus mi-avril.

Les images retransmises en direct par les télévisions montraient des foules nombreuses, notamment à Sao Paulo et Rio de Janeiro, les deux plus grandes villes du pays.

Mais il était encore trop tôt pour chiffrer l'ampleur de ces manifestations, faute d'estimations globales de la police ou des organisateurs.

Dans la rue, au parlement, depuis son palais présidentiel, Dilma Rousseff lutte sur tous les fronts pour tenter d'échapper à sa destitution, en dénonçant un "coup d'Etat" institutionnel.

La menace pesant sur cette ex-guérillera marxiste torturée sous la dictature s'est dramatiquement accrue mardi, quand le grand parti centriste PMDB a décidé de claquer la porte de sa coalition chancelante.

Le PMDB fait le jeu de son dirigeant, le vice-président Michel Temer, qui succèderait à Mme Rousseff jusqu'aux élections de 2018 si la procédure allait à son terme.

L'opposition reproche à Mme Rousseff d'avoir fait supporter par des banques publiques des dépenses supplémentaires non-inscrites au budget, en 2014 et 2015.

Elle aurait ainsi sciemment maquillé les comptes publics pour dissimuler l'ampleur des déficits et favoriser sa réélection en 2014, se rendant coupable d'un "crime de responsabilité" prévu par la Constitution.

Grand marchandage

"Tous les gouvernements antérieurs auraient alors dû être destitués, car tous, sans exception, ont eu recours à ces pratiques", a rétorqué Mme Rousseff à la présidence, où elle s'était entourée d'artistes acquis à sa cause.

Au même moment, à l'Assemblée, le ministre du Budget Nelson Barbosa s'est efforcé de convaincre la Commission spéciale d'impeachment que ces tours de passe-passe budgétaires n'avaient rien d'illicite.

Mais la contre-offensive du camp présidentiel se joue surtout dans les coulisses du Congrès des députés.

Mi-avril, l'opposition devra obtenir les voix de 342 députés sur 513 - deux tiers - pour que la procédure se poursuive ensuite au Sénat, faute de quoi elle serait automatiquement enterrée.

Le gouvernement drague les députés des partis divisés du "grand centre" mou de sa coalition. Il leur fait miroiter des ministères et les quelques 600 postes contrôlés jusque-là par le PMDB dans la machine gouvernementale.

"La stratégie est double: essayer de recomposer une base parlementaire alliée et empêcher le PMDB d'obtenir 342 votes", a expliqué une source gouvernementale à l'AFP.

Le camp de l'impeachment drague les mêmes élus en leur promettant lui aussi des postes dans un futur gouvernement de transition.

Ce grand marchandage devrait durer jusqu'à la veille d'un vote indécis jusqu'au bout.

Plusieurs juges du Tribunal suprême fédéral (STF) ont estimé ces derniers jours qu'il s'agissait d'un procès politique "légal et prévu par la Constitution".

Selon eux, la justice n'a donc pas à empiéter sur les prérogatives des parlementaires du moment que les règles de la procédure soient strictement respectées.

Un autre membre de la haute juridiction, Marc Aurelio Mello, a estimé au contraire que le pouvoir judiciaire, "dernier rempart des citoyens", devrait avoir son mot à dire. "Sans incrimination juridique soutenant le processus d'impeachment, ce processus ne rentre pas dans le cadre légal et ressemble à un coup d'Etat", a-t-il défendu.

Le STF a par ailleurs dessaisi provisoirement le juge fédéral Sergio Moro du volet de son enquête sur le scandale de corruption Petrobras visant Lula.

Il veut examiner en profondeur si une partie de ces investigations ne doivent pas définitivement lui échoir, dans la mesure ou certaines écoutes judiciaires font apparaître des figures politiques qui ne peuvent répondre devant la justice ordinaire, en particulier la présidente Rousseff.

La haute juridiction devra également se prononcer, la semaine prochaine, sur la validité de la nomination de Lula au gouvernement. Celle-ci a été paralysée par un juge du STF au motif qu'elle pouvait constituer une tentative illicite de soustraire l'ancien président aux investigations du juge Moro.

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