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Procès Ghomeshi : Quel sera l'impact du verdict?

24/03/2016 06:12 EDT | Actualisé 24/03/2016 11:05 EDT

QUÉBEC – L’acquittement de l’ex-animateur Jian Ghomeshi dans son procès pour agressions sexuelles jettera-il une douche froide sur les femmes qui souhaitent dénoncer leur agresseur?

La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, se dit «déçue, mais pas surprise», du verdict rendu jeudi par le juge William Horkins, de la Cour de l'Ontario. «Étant donné la tournure que le procès a pris, je m’attendais à ce que Jian Ghomeshi ne soit pas condamné», explique-t-elle.

«Mais je suis très déçue pour toutes les femmes qui ont subi des agressions sexuelles et qui ont de la difficulté à les dénoncer et à aller devant les tribunaux parce, qu’effectivement, ce procès montre à quel point c’est difficile», ajoute Julie Miville-Dechêne. Elle estime que le juge «manqué de sensibilité» dans son jugement.

Pour sa part, Francine Pelletier, craint que le jugement ait l’effet d’une douche froide. «Il y aura certainement un refroidissement par rapport aux victimes, aux plaignantes possibles. Je ne pense pas que ça va encourager les femmes à aller devant les tribunaux», dit la journaliste et cofondatrice du défunt magazine féministe La Vie en rose.

lucy decoutere

Le juge Horkins a accepté la défense voulant que les trois plaignantes aient menti durant leur témoignage au sujet de leurs interactions avec Jian Gomeshi à la suite des agressions présumées. «Il n'y a pas de preuve irréfutable, a-t-il dit. Il n'y a que le témoignage sous serment de chacune des plaignantes.»

Le magistrat leur a reproché la «suppression» de preuves et leurs «duperies» sous serment, ce qui a fait en sorte qu'il était difficile d'avoir confiance en elles.

Cette cause a démontré la nécessité de faire preuve de vigilance quant à la fausse présomption que les plaignantes, dans les cas d'agressions sexuelles, «disent toujours la vérité», a ajouté le juge. Il a cependant ajouté que l'acquittement ne signifiait pas pour autant que les événements en question ne se sont jamais produits.

Revoir les règles

Francine Pelletier estime que le système judiciaire doit être réformé pour tenir compte du contexte particulier des agressions sexuelles. «Il va falloir qu’on fasse une réforme, un peu comme celle de 1983», dit-elle. Cette année-là, les tribunaux ont cessé de tenir compte du comportement sexuel passé des victimes au cours du procès.

Cette fois, la décision des plaignantes de revoir Jian Ghomeshi après les agressions alléguées a nui à leur cause. «Ces femmes sont devenues les grandes coupables, plutôt que celui qui, vraisemblablement, a posé des gestes de violence», dit Francine Pelletier.

«Il y a quelque chose qui ne marche pas, lance-t-elle. On sait que justice n’a pas été rendue.»

Après tout, le juge n’a pas affirmé que les événements allégués ne se sont pas produits, rappelle Julie Miville-Dechêne.

La présidente du Conseil du statut de la femme déplore que le juge ait affirmé qu’une femme agressée ne retournerait pas vers son agresseur. «Je ne sais pas sur quelle base il dit ça, parce que toutes les études en violence conjugale montrent que les femmes retournent souvent vers leur agresseur, dit-elle. C’est souvent un cercle vicieux.»

jian ghomeshi trial verdict

Toutefois, elle croit que ce procès demeure un cas d’espèce. «Ce procès est vraiment atypique, dans la mesure où il a été hyper-médiatisé, c’est une vedette médiatique qui était accusée, rappelle-t-elle. Il y avait une pression telle que ça a peut-être joué sur le fait que l’enquête policière n’a pas été faite en profondeur. Et on est arrivé en procès avec une préparation qui n’était peut-être pas suffisante.»

Tout en rappelant l’importance de la présomption d’innocence, les deux femmes estiment que des mesures doivent être prises. Une étude de Statistique Canada affirme que 460 000 Canadiennes ont dit avoir été victimes d’une agression sexuelles en 2004. Deux ans plus tard, seuls 15 200 cas étaient déclarés à la police, ce qui a mené à 1 519 condamnations.

«Ça démontre à quel point peu de femmes vont à la police, choisissent la voie judiciaire, souligne Julie Miville-Dechêne. Et sur ces plaintes à la police, on voit qu’il y a peu de condamnations. On voit à quel point c’est difficile d’obtenir une condamnation dans un événement où il n’y a pas de témoins extérieurs.»

Francine Pelletier avance l’idée d’un tribunal séparé pour les cas de violence sexuelle, comme c’est le cas pour le Tribunal de la jeunesse. «Tous les crimes ne sont pas toujours traités de la même façon, dit-elle. Peut-être qu’il est temps de faire de même avec les agressions sexuelles.»

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Avec La Presse Canadienne

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