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Les médecins tenus de soigner des patients suicidaires

18/03/2016 10:03 EDT | Actualisé 18/03/2016 10:04 EDT
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Le Collège des médecins du Québec a dû intervenir pour rappeler à l'ordre ses membres sur l'aide à apporter aux personnes ayant tenté de mettre fin à leurs jours.

L'ordre a cru bon de réagir à la suite d'une dénonciation du Centre antipoison du Québec, qui a relevé, dès l'automne 2015, que certains médecins laissaient des patients intoxiqués mourir, sans les réanimer, en interprétant la tentative de suicide comme un refus de recevoir des soins.

L'avis du groupe de travail en éthique clinique, relevant du Collège des médecins, est clair : en situation d'urgence, lorsque la vie d'une personne est en danger, le médecin doit agir sans attendre pour prodiguer les soins requis par la condition du patient.

Une tentative de suicide ne doit pas être systématiquement interprétée comme l'expression d'un refus de soins, qu'il s'agisse de soins d'urgence ou autres.

Extrait de l'avis du Collège des médecins

Dans cet avis, il est écrit que «dans un contexte d'urgence, alors que la survie et plus globalement la santé d'un patient sont menacées à court terme, la possibilité qu'un geste suicidaire soit responsable de son état ne devrait pas lui interdire l'accès aux traitements et autres interventions appropriés ou bien être un facteur déterminant dans l'établissement du niveau de soins médicaux à lui prodiguer, à moins que le médecin ne dispose de preuves irréfutables que ces interventions vont à l'encontre des intérêts et des volontés du patient».

Le Collège invite les médecins à garder à l'esprit que la reconnaissance de la souffrance psychique peut permettre à la personne qui veut se suicider d'envisager autrement son avenir et que, le cas échéant, une pathologie psychiatrique sous-jacente nécessite une évaluation, un avis spécialisé, des aides et des soins appropriés».

Être soigné avec compétence et diligence n'est-il pas, finalement, le premier des droits auxquels devrait pouvoir prétendre tout patient?

Extrait de l'avis du Collège des médecins

Ne pas agir relèverait de la négligence, soutient le Collège, qui cite la loi et les normes professionnelles, dont « la Charte des droits et libertés de la personne [qui] garantit le droit au secours à tout être humain dont la vie est en péril ». De plus, les médecins sont tenus d'agir en situation d'urgence, selon leur Code de déontologie qui stipule par ailleurs que « le consentement aux soins n'est pas toujours requis en cas d'urgence ».

Le président de l'Association des médecins d'urgence du Québec, Bernard Mathieu, se dit surpris d'apprendre que des médecins n'aient pas prodigué les soins nécessaires à des patients ayant tenté de s'enlever la vie.

On sait qu'il y a des gens qu'on ne conna^tt même parce que ce n'est pas la première fois qu'ils viennent à l'hôpital, puis qui ont une propension élevée à faire des actes suicidaires : pas bien dans leur peau, etc. Mais ce n'est pas notre rôle à nous de dire : ''ben aujourd'hui, je décide que, non, je ne fais pas de réanimation là.

Le président de l'Association des médecins d'urgence du Québec, Bernard Mathieu

Il ne s'agit pas, ici, d'aide médicale à mourir, précise le docteur Bernard Mathieu. «Le patient pourrait faire les démarches en vue d'avoir une assistance médicale à mourir, mais à ce moment-là il ne viendrait pas par l'urgence de toutes les façons, puisque ça se passerait dans un contexte différent».

Avec les informations de Marc Verreault

Lancement de la Semaine de prévention du suicide

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