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Comment l'industrie du sucre excelle à lécher son image

18/03/2016 01:36 EDT | Actualisé 18/03/2016 01:36 EDT

Au Canada, l'obésité touche une personne sur trois, et coûte à elle seule 7 milliards de dollars par année en soins de santé. S'attaquer au problème n'est pas une mince affaire, surtout face à une industrie bien armée pour résister.

Un texte d'Alain Roy de l'émission Enquête

Le sucre est devenu un ingrédient présent partout dans notre alimentation. Pas moins de 80 % des aliments transformés vendus en épicerie contiennent du sucre sous une forme ou une autre. Depuis 100 ans, notre consommation annuelle est passée de 5 kg à 40 kg par habitant, de sorte que nous en consommons trois fois plus que ce qui est recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La prévention et l'éducation sont les approches privilégiées par Santé Canada. À part quelques changements à la réglementation sur l'étiquette des aliments transformés, la réalité démontre que ces approches ne font pas le poids face à l'industrie du sucre.

Ingrédient bon marché, le sucre est réputé addictif et l'industrie de la transformation des aliments s'en sert pour d'autres usages que son goût, comme agent de conservation et de texture, entre autres.

Son utilisation est si grande qu'elle représente aujourd'hui un marché de plusieurs milliards de dollars auquel nous participons tous en consommant des produits sucrés, et même en épargnant pour notre retraite. C'est en effet plus de 3 milliards de dollars d'actions détenues par la Caisse de dépôt et placement du Québec - le bas de laine des Québécois -, dans 12 importantes sociétés dont la rentabilité est grandement attribuable à la vente de produits sucrés.

Les produits sucrés ont mauvaise presse et l'industrie montrée du doigt réplique par des stratégies de diversion qui sèment la controverse. Coca-Cola fait par exemple la promotion de l'activité physique en soutenant des organismes comme ParticipACTION.

Il y a là un conflit éthique, estime Corinne Voyer, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids.

«Cet organisme [ParticipACTION] a à cœur la santé de la population, et un de ses bailleurs de fonds est une entreprise qui contribue à la problématique qu'il veut régler, l'obésité.» - Corinne Voyer, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids

Même chose pour la commandite d'événements sportifs comme les Jeux olympiques ou le financement d'athlètes professionnels. « On vient créer un lien affectif entre le produit, l'événement et l'athlète. On vend l'image d'un produit associé au dépassement de soi et à la réussite d'exploits sportifs. C'est complètement contradictoire », poursuit Corinne Voyer.

Conflit d'intérêts

En flirtant aussi avec les milieux académique et scientifique, l'industrie excelle à lécher son image. Elle embauche des professionnels de la santé et finance des recherches scientifiques qui font porter le blâme de l'obésité à des facteurs comme la sédentarité.

«L'industrie sait très bien que si on ne s'informe pas de la source officielle, ça paraît crédible et objectif.» - Corinne Voyer, directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids

« Quand on voit des nutritionnistes et des médecins s'associer à l'industrie pour siéger à des conseils ou signer des études dites indépendantes, on vient donner une crédibilité. Mais nous, on observe que c'est un conflit d'intérêts majeur qui doit être déclaré », poursuit-elle.

C'est ce qui est arrivé l'automne dernier lorsque des médias ont démontré que Coca-Cola était derrière l'organisme Global Energy Balance Network, une fondation dirigée par un réputé chercheur américain qui discréditait l'impact des boissons sucrées sur la santé. Le géant rouge et blanc a dû faire acte de transparence et a rendu publique la liste de tous les professionnels de la santé et chercheurs qui bénéficiaient de son financement.

Il appert que protéger la santé publique contre les méfaits du sucre s'avère une bataille inégale, surtout lorsque se dressent sur son chemin des machines aussi bien huilées économiquement et socialement.

« Tant et aussi longtemps qu'on va laisser l'industrie décider elle-même de ce qu'elle met dans ses produits, on va avoir n'importe quoi sur le marché », conclut Corinne Voyer.

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