POLITIQUE

Centre jeunesse de Laval: le rapport accueilli diversement

15/03/2016 04:08 EDT | Actualisé 15/03/2016 09:03 EDT

Le gouvernement du Québec accueille favorablement les recommandations du vérificateur indépendant qui s'est penché sur le phénomène des fugues reliées à l'exploitation sexuelle. Mais des parents qui ont vécu de près ce phénomène après que leur fille eut fugué dénoncent le manque de solutions concrètes dans ce rapport.

Lucie Charlebois et Martin Coiteux, respectivement ministre déléguée à la Protection de la jeunesse et ministre de la Sécurité publique, ont rendu public mardi ce rapport qui avait été commandé dans la foulée d'une série de fugues effectuées par des jeunes filles résidant au Centre jeunesse de Laval. Une situation qui avait vivement inquiété l'opinion publique, au début de l'année.

D'entrée de jeu, le vérificateur André Lebon conclut qu'il est faux de prétendre que le « Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval est une passoire » et qu'en réalité, « les fugues au Québec sont en hausse de façon générale ».

M. Lebon rappelle aussi que la majorité des jeunes (65 à 70 %) hébergés en Centres de réadaptation au Québec ne fuguent pas.

Parmi la douzaine de recommandations qu'il formule néanmoins, le vérificateur préconise l'instauration de ressources intermédiaires qui seraient offertes aux jeunes qui ont bénéficié d'un encadrement intensif et qui sont, actuellement, précipités sans transition dans un environnement moins restrictif.

« Entre l'encadrement intensif et la grande liberté, qu'il y ait quelque chose de transitoire qui fasse en sorte que le jeune puisse évoluer à travers ce transit-là, a expliqué Lucie Charlebois. Parce que là, il sort de l'unité d'encadrement intensif où tout est barré et tout est très contrôlé jusqu'à la liberté totale, mais entre les deux, il n'y avait pas ce pont. »

Relativement à la question de verrouiller ou pas les portes des centres jeunesse pour empêcher les fugues, la ministre Charlebois dit laisser cette décision aux différents centres jeunesse. Elle souligne à cet effet que le Centre jeunesse de Laval avait lui-même pris la décision de barrer ses portes.

En outre, affirme Mme Charlebois, le fait de verrouiller les portes ne signifie pas pour autant que des jeunes ne puissent pas sortir du centre. « Ils n'ont qu'à présenter un billet au gardien à la porte », un billet que leur procure leur intervenant, explique-t-elle.

Des parents fâchés et déçus

Mais des parents, dont les jeunes filles ont fugué alors qu'elles se trouvaient au Centre jeunesse de Laval, sont outrés du peu de portée de ce rapport.

« Malheureusement on a fait une étude par un vérificateur juste pour dire qu'on a fait faire une étude par un vérificateur », dénonce Éric Hauptman, père de Sarah, 16 ans, qui avait profité d'une sortie du Centre jeunesse de Laval pour effectuer une fugue qui avait duré plus d'une semaine. L'adolescente avait finalement été retrouvée dans un hôtel luxueux de Toronto.

De l'avis de M. Hauptman, ce rapport ne fait qu'énoncer une série de bonnes intentions et ne contient « rien de concret ».

«Les policiers n'arrêtent pas de nous dire qu'il y a des fugues dans les centres jeunesse. Même dans le rapport, on dit que les corps policiers sont ''tannés'' d'avoir à intervenir aussi souvent pour des fugues pour les mêmes cas. Que peut-on mettre en place pour sécuriser nos enfants?»

- Éric Hauptman

« Ce sont nos enfants qui sont dans ces centres-là », dit M. Hauptman qui réclame, entre autres mesures, que des soins psychologiques soient mis rapidement à la disposition de ces jeunes qui sont en état de crise.

Sandra Nolet, dont la fille avait elle aussi fugué du Centre jeunesse de Laval, envoie un son de cloche similaire : « J'attends l'obligation de soins pour ces petites filles-là qui mettent leur sécurité et leur intégrité en danger ».

Le gouvernement dit avoir instauré plus de ressources

«[...] Les organismes oeuvrant auprès des mineurs qui se prostituent estiment qu'environ 4000 filles et garçons, âgés de 12 à 25 ans, seraient engagés dans des activités sexuelles commerciales à Montréal seulement. Les filles victimes d'exploitation en centre jeunesse ne sont donc que la pointe de l'iceberg.»

Extrait du rapport du vérificateur André Lebon

De l'avis des ministres Charlebois et Coiteux, les efforts déjà mis sur pied par le gouvernement vont tout à fait dans le sens de ce que recommande le vérificateur indépendant André Lebon. À titre d'exemple, tous deux citent avec espoir le programme Prévention jeunesse, créé le 16 février dernier et assorti d'un budget de 3 millions de dollars sur 5 ans.

Martin Coiteux affirme que pour élaborer Prévention jeunesse, le gouvernement s'est notamment inspiré du programme Mobilis, mis sur pied à Longueuil.

Toutefois, Mobilis a fait l'objet de compressions budgétaires qu'avait dénoncées la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, en disant que son administration avait « maintenu Mobilis à bout de bras l'an dernier avec l'argent des contribuables ».

En conférence de presse, mardi, le ministre Coiteux a affirmé avoir eu l'occasion de discuter avec la mairesse de Longueuil « et on est justement à l'heure actuelle, dans le contexte du programme Prévention jeunesse, en train de travailler pour bonifier l'aide qui est apportée à ce programme qui existe et qui fonctionne à Longueuil ».

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