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«La doudou qui ne sentait pas bon»: Claudia Larochelle s'inspire de sa muse (ENTREVUE)

14/03/2016 03:15 EDT | Actualisé 14/03/2016 04:14 EDT
Maude Chauvin

Quatre mois après avoir publié un hommage à Nelly Arcan, l’écrivaine Claudia Larochelle met au monde un premier livre jeunesse, La doudou qui ne sentait pas bon, une histoire inspirée par sa petite Ophélie et mise en image par Maira Chiodi.

Dans ce magnifique livre illustré, Jeanne possède une doudou qu’elle étreinte, chérie et transporte partout et tout le temps. Jusqu’au jour où les odeurs nauséabondes du bout de tissu forcent les parents de la petite à le plonger dans la laveuse, semant la terreur chez ladite doudou, qui fuit alors son destin hygiénique.

L’idée de cette doudou rebelle est apparue dans la tête de Claudia Larochelle lorsqu’elle a été témoin de la relation de proximité que développait sa fille de bientôt trois ans avec sa doudou.

« Ophélie fait tout avec et elle refuse de s’en séparer. C’est devenu presqu’une folie. Il a même fallu la dédoubler, en cas de perte. On alterne les deux doudous identiques pour les user de manière égale, afin d’éviter qu’elle s’en aperçoive… Et des fois, la doudou ne s’en pas très bon. Alors, je dois la prendre en cachette pour la laver. »

Le rapport fusionnel qu’entretiennent les enfants avec certains objets (doudous, peluches, jouets) a été étudié par le pédiatre Donald Winnicott, un spécialiste du développement affectif de l’enfant, dont les écrits sur les objets transitionnels ont vivement intéressé l’auteure.

la doudou

« Selon lui, les petits font très tôt la différence entre un objet et eux-mêmes. Mais ils sentent que l’objet leur appartient et qu’il fait partie d’eux-mêmes, comme si c’était une portion détachable de leur personne. Comme ce sont leurs premières possessions, ces objets sont hyper importants pour les enfants. Dans le cas d’Ophélie, la doudou est au cœur de sa vie. Des fois, je suis quasiment jalouse, parce qu’elle a l’air presque plus importante que moi à ses yeux. »

Alors que Claudia Larochelle décrit l’enfance comme un univers qui l’a longtemps fascinée, sans la toucher, sa perspective a changé en mai 2013, lorsque sa fille est entrée dans sa vie.

« Quand j’étais enceinte, j’ai reçu plusieurs livres et contes pour enfants en cadeau. C’est tout un monde qui s’est ouvert à moi. J’avais envie de dégoter les meilleures œuvres pour intéresser ma fille à la lecture. Et à force d’en lire beaucoup, j’ai eu envie d’en écrire. Il faut dire aussi que ça me servait de soupape, pendant l’écriture plus sombre et plus complexe du livre sur Nelly Arcan. J’avais besoin d’un souffle léger, ludique et rose. »

L’amoureuse des mots a toutefois réalisé à quel point l’écriture jeunesse imposait elle aussi de nombreux défis. « Créer un livre pour enfants, c’est un art incroyable! Ça demande une compréhension de l’enfance, une maîtrise de l’imaginaire, de la création et du langage juvénile. Chaque tranche d’âge comporte une manière différente d’articuler le discours, de relancer l’intérêt, de choisir les bons mots. Ce n’est pas facile. »

Afin de toucher ses jeunes lecteurs au maximum avec son histoire, l’écrivaine a travaillé en étroite collaboration avec l’illustratrice Maira Chiodi. « J’avais découvert son trait de crayon dans Pépins de citrouilles et je trouvais qu’elle faisait des choses merveilleuses. Très rapidement, elle a compris ce que je voulais : quelque chose de très enfantin, aux formes arrondies, humoristiques, sensibles et colorées. La première fois que j’ai vu ses illustrations, j’ai eu le coup de foudre. J’étais émue. »

Le processus semble avoir été suffisamment agréable pour lui donner envie de retenter le coup dans le futur. « J’ai une idée en tête pour un prochain album. Je vais certainement traiter d’une autre des obsessions de ma fille. On est tout le temps en symbiose. C’est la meilleure muse dans ma vie. Elle me nourrit avec ses fascinations. »

Au moment d’écrire ces lignes, l’animatrice de l’émission Lire, diffusée à Artv, ne sait toujours pas si l’émission reviendra pour une cinquième saison. Les téléspectateurs peuvent toutefois la voir les vendredis au Téléjournal de Patrice Roy, où ils discutent littérature.

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