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Les édulcorants nuisent-ils à la santé?

13/03/2016 08:49 EDT | Actualisé 13/03/2016 08:51 EDT
AP/JENNY KANE

Depuis leur mise en marché dans les années 1970, les édulcorants ne sont jamais parvenus à faire l'unanimité. Aux États-Unis, la professeure Suzanne Swithers se montre particulièrement critique envers le produit au goût sucré. Et ses études dérangent.

Un texte de Danny Lemieux

Suzanne Swithers, professeure spécialisée en neuro­sciences comportementales à Université de Purdue, en Indiana, est inconnue du public. Par contre, au sein de l'industrie américaine des édulcorants artificiels, les lobbyistes la connaissent tous... et ne l'apprécient guère. Ils n'ont d'ailleurs pas hésité à le lui faire savoir.

Il y a deux ans, elle a reçu une lettre quelques jours après la publication d'un article scientifique, dans lequel elle passait au crible une soixantaine d'études sur les édulcorants artificiels, notamment ceux utilisés dans les sodas diètes. Sa conclusion a fortement déplu à l'industrie.

« Le Conseil a de sérieuses préoccupations envers l'Université Purdue, laquelle fait la promotion des travaux du docteur Swithers [...] Promouvoir une science biaisée ne contribue pas, selon nous, à l'intérêt supérieur de la santé publique », écrit le Calorie Control Council, une association de fabricants d'édulcorants.

Selon la professeure, il n'y a aucune preuve que les sodas diètes améliorent la santé. Au contraire, dit-elle, de plus en plus de données démontrent qu'ils pourraient nuire à la santé.

Les édulcorants artificiels fonctionnent comme des leurres. Ils imitent le sucre, mais leur pouvoir sucrant est jusqu'à 600 fois plus élevé. Certains édulcorants fournissent peu de calories, d'autres pas du tout.

Plusieurs croient ainsi que « zéro calorie égale zéro problème », mais pour André Marette, professeur à l'Université Laval et spécialiste des maladies métaboliques, l'équation est plus complexe.

«Au départ, on pensait que ces molécules allaient diminuer la propension de l'obésité. En fait, depuis qu'on les a introduits, on n'a vu absolument aucune baisse de l'obésité dans la population.»

- André Marette, professeur à l'Université Laval et spécialiste des maladies métaboliques

Suzanne Swithers explique en partie cette situation par un effet de distorsion cognitive. « Si les gens croient que leur soda sans sucre est santé parce qu'il n'offre aucune calorie, alors ils ont tendance à se permettre de petits extras lors du repas ou durant la journée », explique-t-elle.

Une énergie qui ne vient pas

Et cela peut déjouer bien plus que les papilles gustatives. Lorsqu'on consomme un édulcorant, le cerveau s'attend à recevoir du sucre, une forme d'énergie. Or, cette énergie ne viendra pas. Chez le rat, Suzanne Swithers a démontré qu'après un certain temps, le cerveau s'habitue au point d'éprouver de la difficulté à différencier le sucre de l'édulcorant.

Récemment, une étude controversée a attiré l'attention de la communauté scientifique. Selon cette étude, qui portait sur le microbiote intestinal de souris et d'un groupe de sept personnes, certains édulcorants mèneraient à l'intolérance au glucose, un signe avant-coureur du diabète.

Pour l'instant, les autorités sanitaires internationales assurent que les molécules d'édulcorants sont sans danger. On les recommande d'ailleurs pour les diabétiques de type I.

Seul petit bémol : les femmes enceintes. On suggère qu'elles limitent leur consommation d'édulcorants artificiels. Une mise en garde renforcée par de récentes études.

« On a constaté la présence d'édulcorants artificiels dans le lait maternel et le liquide amniotique, même si les mamans affirmaient ne pas en voir consommés », dit Suzanne Swithers.

Même si aucune catastrophe sanitaire n'a été observée depuis leur mise en marché, le débat perdure.

Les craintes envers les édulcorants sont généralement associées au cancer. Pourtant, rien de tel n'a été prouvé. Il est vrai qu'à fortes doses, la consommation de certains édulcorants chez le rongeur augmente l'incidence du cancer. Toutefois, les doses administrées en laboratoire sont loin des niveaux observés chez l'humain.

Aujourd'hui, la stévia soulève les mêmes craintes. Cet édulcorant naturel à base de plante remplace peu à peu l'aspartame dans l'alimentation industrielle.

« Pour l'instant, la Stevia semble avoir moins d'effets nocifs que d'autres édulcorants. On dispose toutefois de moins de recherche sur cette molécule arrivée sur le marché depuis moins longtemps que les autres », affirme André Marette.

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