POLITIQUE

Visite de Trudeau à la Maison-Blanche : un concours du Parti libéral critiqué par les partis d'opposition

08/03/2016 07:01 EST | Actualisé 09/03/2016 01:52 EST

OTTAWA – Un concours offert par le Parti libéral du Canada (PLC) pour gagner un voyage à Washington D.C., pendant le séjour du premier ministre Justin Trudeau, soulève des questions à Ottawa.

Le gagnant se mérite un voyage pour deux, du 9 au 11 mars, pour assister à deux évènements de l'organisation Canada 2020. Les frais de transport et l'hôtel sont inclus, pour une valeur maximale de 5000$.

concours liberal washington

Le porte-parole de l’opposition sur l’éthique, Blaine Calkins, se dit « extrêmement préoccupé » par la possible confusion entre les activités partisanes des libéraux et des voyages officiels du gouvernement.

Dans un communiqué envoyé mardi aux médias, Calkins a confirmé qu’il a envoyé une lettre aux commissaires à l’éthique et au lobbying afin de leur demander de faire enquête sur ce concours.

Les participants n’étaient pas obligés de faire un don pour y participer. Par contre, le Parti libéral se réserve le droit d'utiliser le nom, l'image du gagnant et le nom de sa ville à des fins publicitaires.

À noter que le gagnant n’est pas invité au dîner d’État à la Maison-Blanche organisé en l’honneur du premier ministre Trudeau.

Confusion des genres?

Canada 2020 se décrit sur son site web comme « le principal centre d’études et de recherches progressiste indépendant du Canada ».

Or, le président de l’organisation Thomas Pitfield est marié à la présidente du PLC Anna Gainey. Les cofondateurs de Canada 2020 dirigent également le Bluesky Strategy Group, une influente firme de lobbying d’Ottawa.

Calkins est d’avis que Trudeau, décrit comme un « ami proche » de Pitfield, contreviendrait à la Loi sur les conflits d’intérêts et le Code de conduite des députés fédéraux en organisant ce concours avec Canada 2020.

"Ça semble être le Retour vers le futur du Parti libéral!" — Blaine Calkins

« Il y a une relation presque incestueuse entre toutes ces organisations. Les points sont si rapprochés que l’on n’a même pas à tracer une ligne entre eux! » a critiqué le porte-parole conservateur.

« Ça semble être le Retour vers le futur du Parti libéral. Tout se passe en fonction de qui tu connais et pas ce que tu connais. Les politiques libérales semblent aller dans cette direction. »

Talonné à ce sujet pendant la période des questions, le leader du gouvernement, Dominic Leblanc, a répliqué que les libéraux ont appliqué les lois sur le financement des partis politiques.

« C’est tout de même ironique que les membres assis de l’autre côté se préoccupent des gens qui ne respectent pas les lois de financement parce que personne de ce côté de la Chambre n’est reparti les fers aux pieds », a répliqué Leblanc.

Il faisait référence à Dean Del Mastro, l’ancien secrétaire parlementaire de l’ex-premier ministre Stephen Harper, reconnu coupable d’avoir enfreint la Loi électorale du Canada en 2008.

Une distraction

Alexandre Boulerice, député de Rosemont-La-Petite-Patrie, dit que le concours des libéraux est une « distraction » à l’heure où le premier ministre doit discuter d’importants sujets avec le président américain Barack Obama.

« On a regardé ça d’abord avec un sourire : on s’est dit que le Parti libéral était devenu une agence de voyages, soudainement! Ensuite, on s’est posé des questions plus sérieuses parce qu’il semble y avoir un mélange des genres », a-t-il concédé.

Le député du NPD dit qu’il a décidé de ne pas écrire aux commissaires sur l’éthique ou le lobbyisme cette fois-ci. Mais il appelle le premier ministre à ne pas céder à la « politique selfie ».

« Au lieu de faire des tirages, on aimerait que le premier ministre se concentre sur l’entente sur le bois d’œuvre ou encore sur les cibles de réduction des gaz à effet de serre », a indiqué Boulerice.

"On s’est dit que le Parti libéral était devenu une agence de voyages, soudainement!" — Alexandre Boulerice

Le chef du Bloc québécois, Rhéal Fortin, ne comprend pas pourquoi le sujet est sur la table, alors qu’il y avait un vote sur la mission du Canada contre l’État islamique.

« C’est tellement ridicule. On organise des concours, des tirages de voyage, des photos de pandas et, en même temps, on parle d’envoyer nos Québécois et nos Canadiens se faire tuer en Syrie. »

Justin Trudeau est l’invité spécial du président Barack Obama dans la capitale américaine pendant trois jours, cette semaine. Les deux chefs d’État devraient parler de lutte aux changements climatiques, de la sécurité aux frontières et d’une initiative concernant le bois-d’œuvre.

Trudeau sera également accompagné des ministres Catherine McKenna, Stéphane Dion, Chrystia Freeland, Harjit Sajjan et Hunter Tootoo.

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