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Non, les constructeurs ne me paient pas pour être gentil

07/03/2016 07:46 EST | Actualisé 07/03/2016 07:47 EST
EcoloAuto.com

La profession de journaliste est la plus critiquée, et au palmarès des emplois les moins respectés, elle se classe dans les derniers rangs. Celle de journaliste automobile est encore pire, les membres de la profession se faisant accuser de manquer d’intégrité ou de se placer en conflit d’intérêts.

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Une situation qui s’explique et se comprend parce que, d’une part, les journalistes automobiles ont comme mission de donner une opinion, ce qui entraine toujours une part de lecteurs en désaccord, et d’autre part parce que l’industrie elle-même flirte toujours avec la mince ligne entre l’intégrité et le conflit d’intérêts.

Il est trop facile d’accuser des journalistes sans connaître comment fonctionne exactement cette industrie. Une petite explication, et une mise au point s’imposent.

Non, je ne suis pas payé par un constructeur

Le rôle du chroniqueur automobile, c’est de prendre position, de recommander, ou non, une voiture pour l’achat. Son véritable rôle cependant, c’est de savoir si la voiture qu’il essaie répond ou non à la mission pour laquelle elle est vendue.

C’est ici que le débat commence. Car, d’une part, ce type de jugement est partiellement subjectif. Il est en effet difficile d’évaluer le style ou le plaisir de conduite en y imposant des critères objectifs. C’est pourquoi les journalistes professionnels et consciencieux n’y accordent somme toute qu’une importance relative dans notre appréciation. Tout comme nous décrivons le style d’un véhicule, mais ne le comptabilisons que de façon très partielle dans le jugement final d’un véhicule.

En fait, notre jugement s’établit sur des faits, et sur des tonnes d’expérience. Chaque année, nous mettons à l’œuvre tout près d’une centaine de véhicules neufs, de toutes les catégories et de tous les prix. Non, peut-être ne lisez-vous pas tous nos reportages sur ces modèles, mais leur conduite nous fournit une tonne d’information. C’est en conduisant des voitures de même catégorie, par exemple, que nous sommes en mesure de comparer.

Pour en arriver à un tel nombre d’essais, il est effectivement indispensable de compter sur la collaboration des manufacturiers. Chaque semaine, chaque journaliste conduit une voiture différente, voiture tirée directement de la flotte de presse de chacun des constructeurs. L’ordre d’essai est aléatoire, mais la durée est toujours la même ou presque : 7 jours.

En une semaine, notre rôle est d’évaluer la voiture comme tous les consommateurs le feraient. D’y entasser notre famille pour savoir si mon grand ado va se sentir confortable sans trop grogner à l’arrière. De valider que le système multimédia ne requiert pas de diplôme d’ingénierie pour être manipulé. De m’assurer que les sacs d’épicerie de la famille tiendront dans l’espace de chargement, sans avoir besoin d’écraser mon pain. De m’assurer que je ne devrai pas renouveler mon hypothèque uniquement pour faire le plein de carburant. Bref, de l’évaluer comme vous le faites avec votre voiture.

Puis s’ajoute une série de tests plus objectifs : accélération, freinage, mesure du roulis, capacité de la direction. Une mesure est parfois faite avec des appareils électroniques, parfois basée sur l’expérience. C’est l’ensemble de ces mesures, d’usage et de conduite, qui nous permet de produire un essai complet, et sans complaisance.

Sans complaisance, l’ai-je dit, puisque nous sommes aussi capables de dénoncer des composantes inefficaces, ou des problèmes évidents de comportement. Sans jamais avoir de représailles, ou d’appel de menace de la part des constructeurs.

Il arrive, soyons francs, que certains représentants des manufacturiers nous appellent, une fois l’article publié. La plupart du temps, c’est qu’une donnée technique ne correspond pas tout à fait aux données du manufacturier, ou pour recevoir une explication quant au jugement porté. Jamais, en 15 ans de carrière, ne m’a-t-on demandé de me rétracter. Jamais non plus ne m’a-t-on offert d’enveloppes remplies d’argent pour produire un texte positif.

Des tests payés, oui ou non

Ce qui contribue aussi à la mauvaise presse des journalistes automobiles, c’est qu’ils sont souvent invités à parcourir le monde aux frais des manufacturiers pour tester de nouveaux véhicules. Ce qui est totalement exact.

Encore une fois, les journalistes n’ont pas vraiment le choix. C’est souvent le seul moyen de pouvoir voir ou conduire une voiture plusieurs jours, voire plusieurs mois, avant son arrivée sur le marché. C’est la seule façon d’être à l’avant-plan de l’actualité automobile.

Il est vrai que les frais de déplacement et les repas sont à la charge du constructeur. Mais alors qu’auparavant, il arrivait que les journalistes soient couverts de cadeaux, aujourd’hui ce n’est plus le cas. Même si ce l’était, le code d’éthique en vigueur (et notre code moral) nous ferait les refuser.

Les voyages de presse servent à tester la voiture dans des conditions exceptionnelles et maximales. Ils servent aussi à rencontrer ceux qui sont derrière la conception même du véhicule. Ingénieurs, designers, hauts dirigeants de compagnie sont en effet souvent partie prenante de ces voyages, et c’est la seule occasion de l’année de les rencontrer et de discuter avec eux.

Une fois ces choses faites, et une fois au volant, je reprends ma liste d’évaluation et je teste la voiture comme elle doit être testée. Je ne serai pas moins sévère sur les routes de Californie que je ne le serais à Montréal.

Ce qui caractérise un bon journaliste automobile, c’est sa capacité à évaluer une voiture, peu importe les conditions qui entourent son essai. J’essaie des voitures, je voyage partout. Chaque fois cependant, c’est quand je suis au volant que mon véritable travail commence. Au volant et devant mon clavier. Dans ces deux cas, je suis le seul maître à bord.

SOURCE: EcoloAuto.com

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