DIVERTISSEMENT

Fabien Cloutier y est su'a coche! (ENTREVUE)

28/02/2016 12:24 EST | Actualisé 28/02/2016 12:27 EST
Maude Chauvin

Fabien Cloutier est probablement le comédien québécois ayant participé au plus grand nombre de projets depuis six mois, avec ses rôles dans Les Beaux Malaises, Boomerang, Les belles histoires des pays d’en haut, Blue Moon, Karl et Max, sans oublier ses interventions à Esprit Critique et Paparagilles. Le créateur a même eu le temps de pondre des chroniques radio où il décortique les régionalismes québécois avec toute la verve qu’on lui connait. Chroniques qui sont aujourd’hui rassemblées dans le livre « Trouve-toi une vie ».

Qu’on ait écouté ou non les sautes d’humeur linguistiques de Cloutier à Plus on est de fous, plus on lit, sur Ici Radio-Canada Première, on ne peut faire autrement que d’entendre sa voix résonner dans notre tête en lisant son recueil. Une voix qui, comme la plume qu’on découverte les amateurs de théâtre depuis huit ans dans Scotstown, Cranbourne et Pour réussir un poulet, maîtrise le sens de l’image puissante, de l’humour en caractère gras et de l’analyse sociétale aussi éclairante que percutante.

« Dans Scotstown, le personnage ouvre un paquet de parenthèses pour servir le récit, alors que dans mes chroniques, je fais la même chose, mais pour servir une idée. Je suis moins cinglant à la radio que sur scène, mais je me suis quand même permis de décoller en masse! »

Fabien Cloutier se voit comme un contrepoids beauceron à Maxime Bernier et Maxime Landry. Il s’amuse à relever les contradictions des pro-Charlie qui prônent la censure du corps et du cul. Il associe l’ex-ministre conservateur Steven Blaney à l’expression « Y farme pas étanche », tout en informant ses lecteurs qu’il s’attaque également à tous les partis politiques. Et il expose pourquoi certains musicophiles ne se retrouvent pas dans les artistes en nomination au Gala de l’ADISQ.

Extrait : « Si, dis-je, tu flattes ton char dans ton garage avec une ferveur presque sexuelle qui te rend à demi croquant, pendant que la radio est à un poste genre “Classic rock légendes-souvenirs”, en passant les vieux rockeurs presque morts, avec la face plus plissée qu’une paire de culottes en lin oubliée dans » laveuse, mais qui ont les cheveux noirs comme si leur tête avait ramoné des chemines une journée de temps, acceptez la nature un peu : votre musique est grise, votre tête peut ben l’être. »

Tant dans ses chroniques qu’au théâtre, Cloutier utilise l’humour pour secouer son public. « Après un éclat de rire, quelque chose s’ouvre complètement. Si tu enchaînes deux ou trois blagues avec une idée plus sérieuse, ça résonne autrement, parce que le spectateur s’est laissé aller. J’essaie de créer quelque chose qui confronte. Et je ne veux pas m’excuser de certaines blagues un peu chiennes. Si une ligne cogne, j’assume qu’elle cogne. »

En guise d’introduction à Trouve-toi une vie, il critique d’ailleurs le désintérêt des Québécois pour leurs prochains, spécialement si ceux-ci vivent dans un autre pays.

« Sur les médias sociaux, on signe des pétitions en ligne et on a l’impression d’être au courant d’un paquet de choses qu’on partage et qu’on retweete. Comme si tout ça était assez. Mais il y a beaucoup de sujets sur lesquels on pourrait avoir une idée très différente, et bien plus sensée, si on prenait le temps de s’informer juste un petit peu plus. Plusieurs personnes aiment les tweets assassins et les chroniques qui rentrent dedans, mais on ne peut pas se limiter à ça pour se sentir informés. On doit remettre en question ce qui nous arrive en pleine face. »

La possibilité de s’exprimer à la radio une fois par mois lui a d’ailleurs permis d’avoir un regard différent sur le monde qui l’entoure. « À la vitesse à laquelle tout va, si tu dois donner une opinion aux quatre jours, tu parles nécessairement du sujet du jour ou d’hier. Dans mon cas, je pouvais parler du sujet, de son traitement et de sa résonnance. Ça me permettait aussi de moins livrer mes pensées à chaud : si quelque chose bouillait en moi un matin, mais que les gens en avaient tellement parlé pendant deux jours que mon sentiment initial devenait moins important, je pouvais me concentrer sur un regard en différé. C’est pour ça que le livre ne paraît pas daté. Ce n’est pas une suite de réactions à chaud. »

Jouant jusqu’au 27 février dans la pièce Glengarry Glen Ross au Rideau Vert et apparaissant présentement au grand écran dans Chasse-galerie : La Légende, Fabien Cloutier a aussi fait les manchettes au cours des dernières semaines, lorsqu’on a annoncé la distribution de Plan B à Série+.

Dans la télésérie, il jouera le frère à problèmes du personnage principal incarné par Louis Morissette, Philippe Girard, qui aura de son côté l’occasion de revenir dans le passé pour corriger ses erreurs.

« Mon personnage est un alcoolo toxicomane qui essaie de s’en sortir. C’est quelque chose que je n’ai jamais joué avant. J’ai auditionné avec toute l’humanité qu’on peut donner aux gens qui ont de la misère dans vie. Comme j’avais fait pour Les Beaux Malaises avec le personnage du frère de Martin, qui vit avec les séquelles d’un traumatisme crânien. J’essaie toujours de trouver la simplicité et l’humanité derrière ce qui leur arrive. Ces gens-là ont des qualités, des défauts, des craintes et des peurs. Moi, je les trouve ben normaux dans la vie. »

Également occupé par le tournage des prochaines saisons de Boomerang et des Belles histoires des pays d’en haut, Fabien Cloutier est loin de l’accalmie professionnelle. Il planche sur l’adaptation télévisuelle des pièces Cranbourne et Scotstown, alors que le réalisateur Charles-Olivier Michaud travaille depuis peu à l’adaptation cinématographique de sa pièce Pour réussir un poulet.

Cloutier espère aussi tourner dans le film de morts-vivants de Robin Aubert, en attente de financement. « J’ai les doigts croisés. Moi, ça me tente d’aller chasser du zombie! »

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