DIVERTISSEMENT

La Foire du livre de Francfort invite à nouveau le Canada pour 2019

26/02/2016 07:35 EST | Actualisé 26/02/2016 07:35 EST
ASSOCIATED PRESS
Malaysian readers queue up to buy the latest Harry Potter books by British author J.K. Rowling at a bookstore in Kuala Lumpur Saturday, June 21, 2003. Fans have waited three years for the latest Potter story, but have had two Potter movies to entertain them until the much anticipated release of "Harry Potter and the Order of the Phoenix." (AP Photo/Andy Wong)

Après le rendez-vous raté de 2017, la Foire du livre de Francfort convie de nouveau le Canada comme invité d'honneur en 2019. Radio-Canada a appris que le plus important événement littéraire de la planète souhaite « corriger l'erreur » du gouvernement précédent.

Un texte de Jean-Philippe Cipriani

« Nous avons eu une nouvelle rencontre à Francfort en octobre, indique Caroline Fortin, présidente du Comité Francfort pour l'organisme Livres Canada Books. Ils nous ont dit qu'ils songeaient à nous soumettre l'invitation à nouveau, mais attendaient de voir l'issue de l'élection. »

Les organisateurs en Allemagne ont eu vent de la controverse concernant 2017. En septembre dernier, Radio-Canada révélait que le gouvernement Harper avait refusé l'invitation de Francfort, ce qui avait choqué le milieu littéraire. L'événement aurait coïncidé avec le 150e anniversaire du Canada.

Ottawa invoquait des raisons budgétaires, puisqu'il aurait dû débourser plus de 6 millions de dollars pour financer la présence de la délégation canadienne à cet événement. Devant le refus, les organisateurs de la Foire avaient finalement choisi la France.

En campagne électorale, six candidats libéraux, également auteurs, avaient dénoncé conjointement la décision d'Ottawa de refuser l'invitation de Francfort. Stéphane Dion, Bill Morneau, Jean-Yves Duclos, Chrystia Freedland, Terry Beech et Marlo Raynolds soulignaient que les coûts étaient inférieurs à 1 % du budget de Patrimoine canadien.

« Il s'agissait d'une occasion unique de faire rayonner nos auteurs et professionnels de l'édition sur la scène internationale », écrivaient-ils, ajoutant que le gouvernement précédent démontrait « son incompréhension profonde des enjeux culturels et des besoins du milieu ».

Les candidats s'engageaient alors à « assurer que le milieu puisse compter sur le gouvernement canadien à titre de partenaire à part entière dans ses projets, son développement et son rayonnement, ici et partout dans le monde ».

Le temps presse

Cette fois, Livres Canada Books a révisé ses demandes financières à la baisse. Dans un document d'une cinquantaine de pages soumis à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, l'organisme prévoit un budget global de 6,5 millions de dollars, dont 4,2 millions proviendraient d'Ottawa - soit en deçà du projet de 2017.

Un million serait récolté auprès des provinces, territoires et municipalités, tandis qu'un autre million en financement privé compléterait l'enveloppe.

« Tous les astres sont alignés, nous avons partagé des lettres d'appuis à la ministre, l'ensemble de l'industrie est derrière nous. Je crois que les fonctionnaires sont très positifs à l'égard du projet. Mais en même temps, c'est le financement qui est essentiel. D'autres pays ont de l'intérêt, nous sommes en compétition. »

— Caroline Fortin, présidente du Comité Francfort pour Livres Canada Books

Et le temps presse. Le Canada doit répondre à l'invitation de Francfort lundi, et n'a toujours pas reçu de réponse du bureau de la ministre. Au cabinet de Mme Joly, on indique cependant qu'on a bien reçu le projet, et qu'il est en train d'être analysé.

« J'ose espérer qu'on pourra convaincre le gouvernement de se commettre assez vite, parce que je ne veux pas perdre cette fenêtre d'opportunité, dit Mme Fortin. Ce serait triste de voir un pays prendre notre place pour une deuxième fois. »

Qu'est-ce que la Foire du livre de Francfort?

La Foire du livre de Francfort rassemble plus de 275 000 visiteurs, 7300 exposants et 9000 journalistes lors de la deuxième semaine d'octobre. Il s'agit de la plus importante foire commerciale du genre de la planète. Cette année, les Pays-Bas sont invités.

Le pays à l'honneur est promu toute l'année en Allemagne, et ses productions culturelles de tous genres - danse, théâtre, cinéma, gastronomie - sont mises en valeur. Voilà pourquoi la Foire est souvent qualifiée de « Jeux olympiques » du milieu culturel.

L'Islande, invité d'honneur en 2011, estime qu'elle a bénéficié d'une couverture médiatique équivalente à 1,6 milliard de dollars.

Mais l'intérêt est avant tout commercial. Pour les éditeurs, agents et distributeurs, c'est là que se négocient les droits, les traductions et la distribution européenne des livres canadiens.

Devant la stagnation des ventes locales, les éditeurs se tournent davantage vers l'exportation comme source de croissance, notamment par la vente de droits de traduction.

Des exportations en mutation

L'industrie de l'édition représente plus de 1,2 milliard de dollars au Canada.

L'an dernier, une étude réalisée par le chercheur Stéphane Labbé, de l'Université du Québec à Trois-Rivières, estimait que l'exportation représentait plus du tiers du chiffre d'affaires des éditeurs anglophones au Canada, mais moins du quart de celui des éditeurs francophones.

Cependant, le rapport confidentiel, obtenu par Plus on est de fous, plus on lit, révélait que les exportations des éditeurs anglophones étaient en baisse, tandis que celles des éditeurs francophones grimpaient.

De 2005 à 2014, les éditeurs anglophones canadiens ont perdu 65 millions de dollars de chiffre d'affaires, notamment en raison d'une baisse des ventes aux États-Unis. La baisse des exportations atteignait à elle seule 22 millions, soit une baisse de 40 %.

Du côté francophone, le portrait était beaucoup plus favorable, puisque le chiffre d'affaires a connu une hausse significative de 9 %. Si bien qu'en neuf ans, les éditeurs francophones ont dépassé les éditeurs anglophones en matière d'exportation, en plus de les doubler au chapitre du chiffre d'affaires.

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