POLITIQUE

Pourquoi Bombardier n'a pas encore vendu d'avions à l'Iran?

22/02/2016 07:47 EST | Actualisé 22/02/2016 11:30 EST

L'Iran a besoin d'avions et Bombardier en fabrique, mais aucune vente n'a encore été conclue: c'est que des obstacles législatifs, financiers et politiques handicapent encore l'avionneur canadien, selon plusieurs sources consultées par Radio-Canada.

Un article de Bahador Zabihiyan

Bombardier et des représentants de compagnies iraniennes continuent de discuter, dit Isabelle Gauthier, porte-parole de la compagnie.

Début février, le Canada a assoupli ses sanctions contre l'Iran, estimant que le pays respectait ses engagements dans le dossier nucléaire. Bombardier peut en théorie vendre des avions à l'Iran, en demandant toutefois des autorisations au gouvernement du Canada et des États-Unis avant d'exporter un appareil, dit Hassan Razavi, de Vakil Group. Sa firme de consultants aide les compagnies étrangères à s'implanter en République islamique.

Mais pour l'instant, aucun accord concret n'a encore été trouvé entre l'Iran et Bombardier, contrairement à Airbus qui a obtenu une commande de 118 avions récemment.

Des occasions d'affaires se sont perdues pour l'avionneur canadien, dit Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d'études en management des entreprises de l'aéronautique de l'UQAM. La faute, croit-il, en renvient, peut-être, à une levée tardive des sanctions.

« Dans la grande transaction avec la France [...], il y avait 45 monocouloirs qui pouvaient très bien être des C Series [...] Il y a une dizaine de jours, l'Iran a procédé à l'achat de vingt ATR 72 [...], c'est le concurrent direct de Q400, ça aurait pu être un contrat intéressant pour Bombardier. »

— Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d'études en management des entreprises de l'aéronautique de l'UQAM

L'Iran veut des options de financement

Bombardier a un handicap de taille face à un concurrent comme Airbus : la compagnie ne peut offrir des options de financement comparable à celles de son concurrent européen, dit Hassan Razavi. L'organisme fédérale de crédit à l'exportation, Exportation et développement Canada (EDC), n'offre aucune possibilité de financement pour l'Iran, contrairement à ses équivalents français, italiens ou encore danois.

Le ministre iranien des Transports, Abbas Akhoundi, a fait savoir que les Airbus commandés par l'Iran vont être financés grâce à un système de location sous condition d'achat, avec l'implication de la Coface, l'équivalent français d'EDC.

Dans le cas des avions ATR commandés par l'Iran en janvier, la compagnie avait indiqué que les gouvernements français et italien avaient joué un grand rôle par le biais de leurs agences de crédits à l'exportation respectives.

« Je pense que c'est un élément nécessaire qu'Exportation et développement Canada décide immédiatement de financier les exportations en Iran. »

— Hossein Razavi. Exportation et développement Canada

M. Razavi a récemment rencontré le responsable de l'équivalent danois d'EDC. « Il m'a dit qu'ils vont financer jusqu'à 95 pour cent des exportations des entreprises du Danemark vers l'Iran », dit-il.

Le financement est nécessaire, car l'État iranien a peu d'argent dans ses coffres, mais le marché a un potentiel très important. « Après des années de sanctions, ils n'ont pas été capables de vendre du pétrole, le prix du pétrole a baissé dramatiquement. Ils n'ont pas d'argent pour acheter, mais ils ont un énorme marché [...], des consommateurs riches, un secteur privé riche qui est prêt à dépenser », dit-il.

Le plus gros transporteur iranien sur une liste noire canadienne

Bombardier a un autre handicap par rapport à Airbus, selon M. Razavi. L'avionneur canadien ne peut vendre ses avions au plus important transporteur privé iranien, puisque Mahan Air figure sur une liste noire émise par Ottawa qui interdit aux Canadiens de faire affaire avec elle.

« Mahan Air pourrait être un des clients potentiels les plus importants de Bombardier », dit-il. Mahan Air a dépassé la compagnie nationale, Iran Air, ces dernières années, selon plusieurs observateurs de l'aviation civile iranienne.

Du neuf ou de l'occasion

Des transporteurs iraniens sont très attirés par des avions d'occasions, bien moins chers à l'achat, une mentalité héritée des années d'embargo, dit M. Ebrahimi. « Il y en a qui disent qu'au lieu d'aller payer 40 ou 60 millions pour un avion, je vais aller acheter un Boeing 737 à 5, 6, ou 7 millions [...] C'est là où la force de négociation de Bombardier rentre en jeu », dit M. Ebrahimi.

Les équipes de ventes de Bombardier tenteront de convaincre les Iraniens de manière plus directe à Dubai, en septembre prochain, lors du « Iran Aviation Summit ».

Bombardier est pour l'instant la seule compagnie canadienne qui y participe. Airbus sera aussi de la partie, dit l'organisateur de l'évènement, Alan Peaford.

Une soixantaine de compagnies devraient être présentes, dit-il. Mais conclure des affaires avec l'Iran n'est pas chose facile, même avec l'accord sur le nucléaire.

Tensions politiques

L'évènement a été organisé à Dubaï, car beaucoup de pays ne se sentent toujours pas à l'aise d'aller en Iran, particulièrement les Américains.

Et l'événement qui devait avoir lieu en mars, a été reporté en septembre, car il y a des tensions entre l'Iran et les pays du Golfe persique, au sujet de la Syrie et du Yémen.

« On a pensé qu'en ce moment, ce serait probablement inapproprié de faire cet évènement », dit M. Peaford.

Bombardier continue de discuter avec les Iraniens

Bombardier a encore des chances de vendre ses avions, notamment ses C Series, aux compagnies iraniennes, qui cherchent à renouveler leurs flottes désuètes, croit M. Ebrahimi. En tout, le pays aurait besoin de plus de 400 avions.

Ainsi, des « contacts » ont été déjà établis entre des transporteurs iraniens et Bombardier, en vue de « préparer le terrain » pour des négociations plus directes, selon une source bien au fait des développements dans l'industrie aéronautique en Iran.

En novembre dernier, Radio-Canada révélait que Bombardier avait envoyé une équipe en Iran pendant plusieurs jours pour rencontrer des compagnies iraniennes et des responsables des autorités réglementant les transports.

Voir aussi:


La CSeries de Bombardier


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