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Être mannequin au Québec: quelle est la réalité et peut-on en vivre?

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JOBY BACH
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Quelle est la réalité des mannequins au Québec? Faut-il partir à l’étranger pour réussir? Peut-on vivre du métier de mannequin au Québec? Nous avons interrogé des agents et des mannequins, voici les réponses à ces questions.

Faut-il partir à l’étranger pour réussir?

« Si le mannequin veut faire carrière, oui ». La réponse de Sylvie Beaulac, l’agente de Justine Legault, est sans équivoque, et unanimement confirmée par toutes les personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenues. « Au Québec, pour qu’une fille puisse faire carrière, il faut la faire réussir ailleurs, en décrochant des campagnes internationales. Les gens sont émerveillés et la demandent. Or tout se passe à New York, Londres et Paris ».

A sunday kind of ❤️... photo:@nowserving beauty: @primavada

A photo posted by JUSTINE LEGAULT (@itsjustinelegault) on


Un marché limité

« Il ne faut pas oublier que nous sommes une Province. Il y a donc des choses qu’on ne fait pas à Montréal, comme les publicités TV à portée canadienne, précise Marie-Josée Trempe présidente de l’agence Specs. J’arrive à faire travailler Coco Rocha à Montréal, mais quand mon collègue booke quelque chose à Toronto, la portée est bien plus grande qu’au Québec ». Une réalité qui touche chaque agence, et par conséquent chaque mannequin souhaitant acquérir une notoriété nationale ou internationale.

L’international, mais pas à n’importe quel prix

Marie-Josée Trempe reste formelle : « L’international est très important, mais pas à n’importe quel prix ! Les gens ne réalisent pas le nombre de mannequins qui vivent dans l’anxiété. C’est pourquoi je n’envoie pas des filles de 14 ans en Asie par exemple, où le marché est très difficile et l’environnement pollué. Je commence par envoyer des filles plus âgées, une fois qu’elles ont été capables de graduer, dans des villes comme Paris, et avec leur mère ».

Apprendre le métier au Québec

Pour de jeunes mannequins en devenir, le marché québécois a un avantage de taille : il permet d’apprendre le métier. Tous les intervenants sont unanimes : « Au Québec, nous avons d’excellents clients et des équipes de stylistes, maquilleurs, coiffeurs, très créatifs, ce qui constitue une bonne base de travail », explique Marie-Josée Trempe.

«Développer un mannequin localement nous permet de bien l’entraîner et de lui expliquer les réalités du métier. Car être mannequin, ce n’est pas juste être beau et porter des vêtements ! Il faut qu’ils apprennent comment travailler avec la lumière, à se faire diriger, à savoir bouger et à livrer la marchandise, c’est-à-dire à vendre le vêtement et le concept. N’oublions pas que c’est à travers eux que le message d’une marque doit passer ».

Une question de rythme

« Un mannequin à New York peut avoir plusieurs sessions de photo par jour, ici une fille en a une ou deux par semaine quand elle est occupée, précise Marie-Josée Trempe. Le rythme dans lequel elle apprend est par conséquent très différent ». Une réalité québécoise que le mannequin Joby Bach explicite avec discernement : « Le Québec, ce n’est pas les États-Unis en termes de roulement. Nous n’avons pas le même rythme, c’est certain. Mais il faut avoir en tête que ce n’est pas le même marché. Ici, on ne travaillera pas quatre fois par semaine, mais ça peut être régulier. Il faut juste savoir s’armer de patience ».

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À chacun sa vision de l’idéal de réussite

L’une des questions majeures que pose la réalité du marché québécois est celle de l’idéal de réussite. Le curseur est variable pour chacun, et la volonté d’avoir une carrière au Québec impose d’y réfléchir sérieusement. « Je fais beaucoup d’apparitions à la télévision, dans des magazines. J’arrive de Miami où j’ai passé une journée pour une marque européenne, je suis en option pour un contrat à Cape Town en Afrique du Sud, nous confie Joby Bach. Mais je suis une éternelle insatisfaite (rires). J’aime me donner des objectifs et travailler en conséquence. À chacun sa vision de l’idéal !».

Peut-on vivre du métier de mannequin au Québec?

Des mannequins québécoises vivant de leur métier, il y en a. Sont-elles nombreuses ? Non. Mais des noms comme Camille Lechasseur (agence Scoop) ou Sandra Lavoie (agence Specs) sont des références méconnues du grand public, et pourtant. « Ça fait 22 ans que Sandra est mannequin, rappelle Marie-Josée Trempe. « Il y a quelques années, elle a voulu retourner aux études pour s’assurer un avenir en communications, mais sa carrière de mannequin n’a jamais arrêté. Sa réputation est impeccable, elle sait exactement ce qu’elle doit faire ».

Pour quelques visages de stars comme Coco Rocha, que les grandes marques internationales s’arrachent, combien de mannequins moins connus en ont fait leur profession ? Les réalités sont évidemment aussi multiples que les visages qui les portent.


Les études avant tout

« Au Québec, toutes les agences doivent composer avec la même réalité : la grande majorité de nos jeunes mannequins vont encore à l’école, alors qu'à New York, les filles sont mannequins à 100% ». Pourquoi une telle différence ? Parce qu’il est presque impossible de gagner sa vie uniquement avec le mannequinat, parce que les filles ont d’autres préoccupations et centres d’intérêt, parce qu’elles profitent de ce qui leur arrive, mais ne comptent pas faire carrière.

Autant de raisons qui justifient une approche du mannequinat quelque peu en retrait de la compétition virulente à l’international. C’est ce qui explique notamment que des agences comme Specs sont amenées à refuser des contrats, « pour laisser à une jeune mannequin faire son bal de graduation. Parce que certains rites de passage sont importants », précise Marie-Josée Trempe.

L’ascension des médias sociaux

L’arrivée des médias sociaux, et notamment d’Instagram, est une révolution à double tranchant. D’un côté, la plateforme est un outil génial offert aux mannequins pour se faire connaître. Avec ses 419 221 abonnés sur Facebook (et 25,1 k sur Instagram), Joby Bach l’a bien compris : « On n’est plus dans l’ère des magazines, mais des médias sociaux et du web. De nombreux clients me contactent désormais via les médias sociaux, pour me prendre en photo, ou pour publier des photos avec leurs produits », explique le modèle québécois.

Même son de cloche chez Sarah Bélanger, présidente de l’agence Vizage et elle-même modèle : « Depuis un an, je suis approchée par quelques clients sur Instagram. C’est comme ça que je suis devenue ambassadrice de la marque Akela Surf par exemple ». Mais, et c’est là tout le paradoxe des médias sociaux, nombreuses sont les propositions de collaboration non rémunérées. « En acceptant de telles propositions, les blogueuses et les You Tubeuses pilonnent le métier, met en garde Marie-Josée Trempe. C’est ce qui fait qu’on demande de plus en plus à des mannequins de travailler gratuitement ou contre des vêtements. Y compris des designers et des magazines connus ! ».

Les contrats qui font vivre

Qu’est-ce qui fait vivre, aujourd’hui un mannequin au Québec ? Un éditorial dans un magazine ? Pas vraiment puisque non seulement de telles publications sont peu payantes, mais le nombre d’éditoriaux reste très limité (quand le magazine n’achète pas un éditorial réalisé à l’étranger). Il reste donc les campagnes publicitaires, encore portées par de beaux noms comme Reitmans ou Simons. « Selon la marque, ça peut être très payant », confirme Sarah Bélanger, qui a notamment posé pour les publicités de Pajar. Loin du glamour et des paillettes, c’est le commerce en ligne (« e-com » dans le jargon) qui fait vivre la grande majorité des mannequins au Québec, comme il fût un temps les catalogues papier. Des contrats assez peu payants, mais qui permettent de vivre grâce à leur régularité.

Les clés pour réussir

« La réalité est importante à prendre en compte, car les contrats ne tombent pas du ciel et que ça peut prendre beaucoup de temps avant de percer. Pour y arriver, il faut être passionnée, audacieuse et persévérante », explique Sarah Bélanger. « Il faut avoir le feu sacré, et pas seulement avoir envie de se faire dire qu’on est beau », ajoute Marie-Josée Trempe. Pour Joby Bach: « Sans la foi, je n’aurais pas continué. Je ne parle pas de la foi religieuse, mais de la foi comme le contraire de la peur ».

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