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Ma maladie mentale: «Ma première réaction a été d'en parler» - François Massicotte (VIDÉO)

01/02/2016 09:52 EST | Actualisé 10/02/2016 12:58 EST

Vivre avec la maladie mentale. Chercher à retrouver la santé. La trouver, la perdre. La retrouver. Tout ça sous le regard bienveillant (ou pas) de la famille, des amis... Et du public. Vivre avec une maladie mentale dans la sphère artistique, ça a quel genre d'impact? Est-ce possible de trouver et garder la santé malgré la pression ambiante? Pour le découvrir, on a eu envie de faire le point avec six artistes d'ici qui vivent ouvertement leur maladie. Avec humilité, franchise (et beaucoup d'humour), François Massicotte, Véronique Bannon, Stefie Shock, Florence K, Marie-Claude Savard et Jonathan Roberge se sont prêtés au jeu de la série Ma maladie mentale. Tour d'horizon.

À voir François Massicotte aller, on pourrait croire qu'il n'a jamais vu un nuage noir de sa vie. Diplômé en 1987 de l'École nationale de l'humour, l'artiste enchaîne les succès depuis: galas Juste Pour Rire, plusieurs one man shows, animation, publicités... Devenu un visage bien connu du paysage humoristique québécois, Massicotte a fait rire des milliers de gens à des milliers de reprises.

Pourtant, l'humoriste a reçu un diagnostic de trouble maniaco-dépressif à 34 ans. Dalle tombée du ciel sans avertir? Non. Élevé par une famille aimante - et marquée par une longue histoire de maladie mentale -, l'artiste se doutait bien de sa condition en observant son père qui n'a jamais reçu de diagnostic. «Il n'a jamais été chez le médecin. Ma mère, c'était son lithium.»

Une autre lumière s'est allumée lorsque l'humoriste s'est retrouvé en plein bouchon de circulation: «J’ai eu un moment de rage au volant… J'ai suivi le gars, j'ai commencé à l’engueuler… Je lui ai dit que j’allais lui câlisser une volée… Puis le gars a eu peur et il a foncé dans un char. Je suis parti, je me sentais cave. La police est venue me voir... Puis j’ai rencontré à l’épicerie la madame qui s’est fait rentrer dedans, et elle m’a dit qu’elle me détestait…» Ouch!

Mais c'est lorsque Guy Latraverse (fondateur de l'organisme Revivre, producteur et agent d'artistes bien connu notamment pour son implication dans le monde de l'humour) lui a fait passer un test rapide de 10 questions pour savoir si oui ou non, il souffrait bien de cette maladie, que le doute est devenu réalité. La réponse? Positive.

Je n'étais pas surpris. Mais je me suis dit: OK, j'ai ça pour la vie.»

Enfin conscient de sa situation, Massicotte a dû cheminer pour recouvrer la santé: «C’est un gros nuage noir, tu ne vois pas la fin... Puis ça passe. Il faut s’entourer. C’est sûr que si je n’avais pas la famille et ma blonde, je resterais là à rien faire…»

«Ma première réaction a été d'en parler.»

Paraît-il que la guérison peut vraiment commencer quand on connaît sa maladie... Pour François Massicotte, rien n'est plus vrai. En plus de prendre la médication appropriée pour mieux vivre avec sa condition, l'humoriste a eu l'intelligence de ne pas s'isoler.

«Dans le temps, la maladie mentale c’était tabou. Avant, tu allais à l’asile et tu ne sortais pas… Pourtant, ma première réaction a été d'en parler. Tout de suite, je l'ai annoncé à mes amis. Souvent, la réaction c'est: "Voyons, t'es normal!"»

Et oui, François Massicotte est «normal», ou plutôt extraordinaire, dans le sens où il a réussi à se créer une place enviable dans le monde très compétitif de l'humour tout en assumant publiquement sa maladie. A-t-il eu à faire face à des jugements?

«Des préjugés? Non jamais. Ça n’a rien changé dans ma vie personnelle, ni dans mes spectacles. Je regarde les autres qui en parlent: Varda, Michel Courtemanche, Stefie Shock… Il y en a plein qui le disent! On peut fonctionner et il ne faut pas le nier. On vit encore moins de gêne ou de malaise… Le fait d’en parler, de dédramatiser peut aider.» Si bien que l'humoriste a même écrit un numéro sur la bipolarité, pour en rire. Mais aussi pour normaliser cette maladie.

L'art, une forme de thérapie? Dans un certain sens, oui. «La créativité des artistes donne le sentiment d’être un roi du monde, d’être invincible… Ça donne une confiance. Mais quand je suis en down, ça ne m’empêche pas non plus de faire un spectacle.» Comme quoi il est possible de - très bien - fonctionner avec la maladie mentale si on accepte toute l'aide disponible.

Ma maladie mentale: une série à suivre sur Le Huffington Post Québec.

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