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Fermer les marchés en cas de panique: une solution vertueuse mais parfois contre-productive

07/01/2016 09:14 EST | Actualisé 07/01/2016 09:15 EST

Couper les échanges en cas de panique boursière peut s'avérer efficace, mais comme casser le thermomètre ne suffit pas à soigner un patient, ces dispositifs trouvent parfois leurs limites surtout sur des marchés jeunes à l'instar de la Chine.

Soucieuse de ne pas voir se répéter la débâcle de l'été dernier qui avait secoué toute la planète financière, Pékin a décidé de s'inspirer des marchés occidentaux en mettant en place des pare-feu.

Mais 4 jours après leur entrée en vigueur, ils ont déjà entraîné deux fermetures prématurées et nombre de spécialistes s'interrogent sur les effets pervers du système choisi par les autorités chinoises.

«Il est possible de fermer les marchés mais si dans le même temps des mesures promptes à rassurer les investisseurs sont mises en place, sinon c'est contre-productif», analyse Christopher Dembik, un économiste de Saxo Banque.

«Le gros problème en Chine est que le marché est encore immature. Il compte d'une part une myriade d'investisseurs particuliers plus soumis à des mouvements de panique et d'autre part les fermetures ne s'accompagnent pas toujours de mesures qui pourraient rassurer à la réouverture», développe-t-il.

Le système prévoit que si l'indice perd 5%, les marchés sont suspendus 15 minutes, puis ferment au-delà de 7%. Or jeudi, lorsque les échanges ont repris après un premier quart d'heure de coupure, il n'a fallu qu'une minute pour descendre sous la barre des 7%. À titre de comparaison, Wall Street ferme de manière anticipée si l'indice élargi S&P 500 chute de 20%.

«Le problème du pare-feu en deux étapes c'est le fait que franchir le premier entraîne le franchissement du second. Les investisseurs qui n'ont pas réussi à effectuer des ventes la première fois se dépêchent de le faire par la suite», note Jean-Louis Mourier, un économiste de Aurel BGC.

Il faut donc «faire la différence entre les marchés émergents et développés» où ces dispositifs de protection se révèlent souvent utiles, ajoute M. Dembik en donnant l'exemple de la fermeture de Wall Street après les attentats du 11 septembre 2001.

Tous les marchés occidentaux sont en effet dotés de système de coupe-circuits.

«Cela a toujours existé, il y a 40 ans quand la Bourse de Paris fonctionnait à la criée, il y avait déjà des suspensions», rappelle Jean-Pierre Pinatton, président du Conseil de Surveillance de la banque Oddo & Cie.

«L'exemple français le plus typique remonte à l'élection du président socialiste François Mitterrand en 1981. La place a mis trois jours pour rouvrir ses portes, mais il était beaucoup plus sain de laisser les investisseurs digérer l'information», estime-t-il.

«Protéger les épargnants»

«Nous disposons d'un ensemble de dispositifs de protection élaborés avec les régulateurs au fil des expériences», détaille Fabrice Peresse, responsable des services de surveillance d'Euronext.

Chez l'opérateur des Bourses de Paris, Bruxelles, Lisbonne et Amsterdam, le «mécanisme le plus protecteur est un coupe-circuit qui en cas de baisse ou de hausse de plus de 10% sur une valeur de l'indice CAC 40 interrompt les échanges sur ce titre, le temps de vérifier ce qui se passe», poursuit-il.

Ce n'est que lorsque 80% des valeurs du CAC 40 sont suspendues que la cotation de l'ensemble de l'indice s'arrête aussi, les derniers cas remontant à 2008, selon lui.

«Les suspensions doivent être les plus courtes possible, car plus elles se prolongent plus la panique risque de s'accentuer», relève M. Pinatton.

À Wall Street, plusieurs règles ont été aussi mises en place.

Après le «Black Monday» d'octobre 1987, le New York Stock Exchange (NYSE) a notamment instauré des «disjoncteurs», qui suspendent tous les échanges pendant 15 minutes si l'indice élargi S&P 500 recule de 7%, puis de 13%, entre 9h30 et 15h25. En cas de chute de plus de 20%, la Bourse ferme pour la journée.

De l'avis général, au-delà des dispositifs, il s'agit surtout d'assurer de bonnes conditions de réouverture.

«L'information est la clé», souligne M. Pinatton, car «l'objectif fondamental d'une suspension est de protéger les épargnants», il s'agit donc ensuite de leur fournir «les éléments leur permettant de prendre une décision informée».

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