POLITIQUE

Le Canada condamne l'Arabie saoudite, mais continuera de lui vendre des « Jeeps »

05/01/2016 04:43 EST | Actualisé 05/01/2016 04:43 EST
Michael Stuparyk via Getty Images
Aug 26, 2008 Stephane Dion at press conference in Fairmont Royal York Hotel. related to election speculation. Had the presser in the upper foyer of the hotel. Toronto Star/Michael Stuparyk (Photo by Michael Stuparyk/Toronto Star via Getty Images)

OTTAWA – Le Canada n’a aucune intention d’annuler son lucratif contrat d’armes de guerre avec l’Arabie saoudite, et ce, même après avoir réprouvé son exécution de masse.

Le Globe and Mail rapportait lundi que le gouvernement Trudeau ira de l’avant avec la vente de véhicules blindés légers. Ce contrat d’une valeur de 15 milliards de dollars garantit 3000 emplois sur 14 ans dans la région de London, en Ontario.

« Une compagnie privée livre les biens en vertu d’un contrat signé avec le gouvernement de l’Arabie saoudite. Le gouvernement du Canada n’a pas l’intention d’annuler ce contrat », a fait savoir Adam Barratt, responsable des communications par intérim du ministre Stéphane Dion, au Globe.

Cette réponse survient environ 24 heures après que le ministre Dion ait condamné la mise à mort de 47 personnes – dont le chef religieux chiite Nimr al-Nimr. Il a également appelé les autorités saoudiennes et les dirigeants locaux à désamorcer les tensions et promouvoir la réconciliation.

En vertu de la politique de contrôle des exportations de marchandises militaires, le Canada doit contrôler les exportations où les droits humains sont bafoués « à moins qu’il puisse être démontré qu’il n’existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile ».

« Les contrôles à l'exportation du Canada sont parmi les plus stricts au monde grâce à la Loi sur les licences d’exportation et d’importation », se défend le ministère des Affaires étrangères par courriel.

« Le gouvernement du Canada veille à ce que toutes les exportations proposées de biens et de technologies contrôlées en vertu de la Loi soient soigneusement examinées, et que les considérations liées aux droits de la personne soient prises en compte avant d’émettre un permis. »

Pour l’instant, seuls le Bélarus et la Corée du Nord sont visés par des contrôles de l’exportation s’appliquant à toutes les marchandises en provenance du Canada.

En campagne électorale, l’automne dernier, le chef libéral Justin Trudeau avait écarté l’idée d’annuler ledit contrat à l’Arabie saoudite, sous prétexte qu’il s’agissait d’une entente privée.

« Ce n'est pas un accord entre le Canada et l'Arabie saoudite, c'est un accord entre une compagnie manufacturière ici au Canada et l'Arabie saoudite. Je déplore que le gouvernement [Harper] n'a pas été transparent. Je ne vais pas annuler un contrat signé, mais nous serons plus attentifs à l'avenir », avait-il dit.

De passage à l’émission Tout le monde en parle, Trudeau avait lancé à la blague qu’il ne s’agissait pas d’un contrat d’armes, mais bien de « Jeeps ». Des propos par la suite tournés en ridicule par le chef du Bloc québécois à l’époque, Gilles Duceppe, qui l’a accusé de « mentir ».

Grogne parmi la population

Une pétition qui demande à Justin Trudeau d’annuler le contrat de véhicules blindés a récolté près de 25 000 signatures en date du 5 janvier 2016.

Les instigateurs de la pétition font valoir qu’avec un nouveau gouvernement, « nous avons une opportunité pour cesser de financer les régimes violents et militaires qui font la promotion et qui encouragent la terreur ».

Selon OpenCanada, les Saoudiens ont envoyé des véhicules blindés pour réprimer des manifestants à Bahreïn, son voisin insulaire, en 2011. Le gouvernement canadien n’a pas nié qu’il pouvait s’agir de véhicules fabriqués au Canada.

Du côté d’Amnistie internationale, on ne demande pas l’annulation du contrat, mais l’ajout de conditions à respecter. L’organisation croit aussi que le Canada devrait ratifier le traité sur le commerce des armes et le protocole facultatif sur la torture afin de s’assurer plus de crédibilité sur la scène internationale.

Le bureau de Stéphane Dion n’a pas voulu émettre de commentaires quant à la pétition citoyenne. « Nous allons continuer notre dialogue avec l'Arabie saoudite sur un éventail de questions, y compris les droits de la personne et la sécurité régionale », a répondu le ministère dans un échange de courriels.

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