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Les premiers réfugiés syriens à Québec racontent leur arrivée

30/12/2015 04:02 EST | Actualisé 30/12/2015 04:03 EST

Après avoir fui la Syrie puis passé trois années chez des prêtres chrétiens au Liban, Nabi Sabeh, Jeanet Jiji et leurs deux enfants - les premiers réfugiés syriens arrivés à Québec - amorcent enfin leur nouvelle vie dans la capitale. Dans une entrevue exclusive accordée à Radio-Canada, ils racontent leur périple, leur arrivée en pleine tempête de neige et comment ils envisagent leur avenir sur leur terre d'accueil.

D'après les informations de Cathy Senay

« Ce matin, lorsque nous nous sommes réveillés, j'ai vu ma fille et mon fils, raconte Nabi Sabeh dans un anglais fluide. Je leur ai demandé s'ils étaient heureux. Ils ont dit oui. C'est le plus beau sentiment [...] après tout ce qu'on a vécu. »

Nabi et Jeanet ont fui Alep, deuxième ville d'importance en Syrie, en 2012. Ils sont montés à bord d'un autobus pour rejoindre le Liban et ne plus jamais revenir en arrière. Les violences entremêlées du régime syrien, du groupe armé État islamique et des rebelles étaient carrément insoutenables.

Le voyage vers le Liban a lui aussi été difficile. « C'était un très, très long voyage », raconte Nabi, ajoutant du même souffle avoir eu affaire à d'innombrables personnes armées pendant le trajet, sans forcément savoir qui elles étaient.

Même après avoir trouvé refuge chez des prêtres libanais - Nabi et Jeanet sont de confession chrétienne - le désir de quitter le Moyen-Orient demeurait fort. « C'était trop de pression mise sur nous », explique Nabi.

« Nous tentions sans cesse de planifier comment nous pourrions quitter [cette région du monde]. »

— Nabi Sabeh

Une arrivée dans la neige

Nabi, Jeanet et leurs deux enfants sont arrivés à Québec lundi, après un long périple. Mardi, ils ont eu droit à leur première tempête de neige. Malgré le choc du froid, Jeanet affirme qu'elle est heureuse. Et elle l'affirme en français, elle qui a une formation en droit.

« Je suis très contente ici et je suis confortable. Tout va bien. Mes enfants aussi, ils sont très contents », dit-elle, ajoutant que sa fille de six ans, Perla, raffole déjà de la neige. « Ma fille aime beaucoup jouer avec la neige, faire des bonshommes de neige et tout ça ».

Interrogée à savoir ce qu'elle aime le plus à Québec, Perla ne fait pas mentir sa mère. Elle répond sans hésitation « jouer dans la neige ». À l'instar de sa mère, Perla répond en français, une langue qu'elle a apprise à la maternelle, au Liban.

Même s'il n'est arrivé que depuis deux jours, Nabi, qui a une formation en informatique, se dit déjà « à la maison », à Québec. En fait, lui et sa conjointe ont délibérément choisi de s'établir dans la capitale, après avoir fait des recherches sur Internet depuis le Liban. « C'est un choix que nous avons fait de nous établir à Québec », lance Nabi.

« Pour ma part, je peux dire que c'est ma nouvelle maison. »

— Nabi Sabeh

Nabi et sa famille souhaitaient non seulement être près de ceux qui les parrainent ainsi que de leurs accompagnateurs, mais ils ont aussi trouvé que Québec était différente des autres villes. « Il y a beaucoup de choses à explorer ici, comme le Vieux-Québec [...] Nous voulions venir ici et commencer ce voyage magique », dit Nabi, le sourire aux lèvres.

Un processus d'intégration bien amorcé

S'établir dans une nouvelle ville à titre de réfugiés n'est cependant pas une mince affaire. Nabi, Jeanet et leurs deux enfants sont parrainés par le comité Saint-Yves, qui voit à leur fournir le soutien humain et financier nécessaire afin de subvenir à leurs besoins pour l'année à venir.

Déjà, mercredi, ils avaient une panoplie de tâches à accomplir. Heureusement, ils peuvent compter sur un couple d'accompagnateurs, Karl Sylvain et Brigitte Saillant, qui aident la famille Sabeh à naviguer dans son nouvel environnement.

Mercredi matin, Nabi, Jeanet et leurs deux enfants ont passé un premier examen médical à Québec. Par la suite, ils devaient se rendre dans une institution financière afin d'y ouvrir leur premier compte bancaire. Ils devaient également aller découvrir leur épicerie en cours de journée, puis éventuellement inscrire Perla dans une école.

« On s'assure qu'ils sont bien reçus. On les aide dans les premières démarches. C'est ce qu'on fait depuis leur arrivée », explique Karl Sylvain. Mais lui et Brigitte Saillant ne sont pas les seuls à avoir mis la main à la pâte. En plus du comité Saint-Yves, des dizaines de personnes ont effectué des dons en tous genres pour aider la famille de réfugiés à démarrer sa nouvelle vie.

« Les gens ont répondu très rapidement, dit Karl Sylvain. En fait, on avait monté un petit groupe d'une quarantaine de personnes. Meubles, vêtements, nourriture, un peu d'argent. »

Brigitte Saillant ne s'étonne pas de cette générosité. Pour elle, cela va de soi : « C'est des gens comme nous », dit-elle au sujet de la famille Sabeh, sur laquelle elle veillera au moins pour les 12 prochains mois.

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