Les secrets des coulisses du «Bye Bye» (VIDÉO)

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Le jeudi 17 décembre dernier, les comédiens du Bye Bye 2015, soit Hélène Bourgeois-Leclerc, Patrice L’Écuyer, Véronique Claveau, Laurent Paquin, Pierre Brassard et Louis Morissette, enregistraient, dans les studios de Radio-Canada, les toutes dernières scènes de la mythique revue de fin d’année, que Radio-Canada, fidèle à la tradition, présentera le jeudi 31 décembre, à 23h (en rediffusion le vendredi 1er janvier, à 21h, et aussi en simultané avec vidéo-description le soir du 31, sur AMI-télé).

Or, pour les producteurs, Louis Morissette, Dominic Anctil, Alain Chicoine et Louis-Philippe Drolet, le boulot se poursuit jusqu’au 31 décembre, ou presque. Peaufinage, ajouts de dernière minute, visionnement avec un échantillon de public pour tester le succès des numéros (focus group), le Bye Bye est une monumentale entreprise, gardée top secrète jusqu’au tout dernier instant.

Le Huffington Post Québec a eu le privilège de pouvoir s’infiltrer dans les coulisses de la production, autour de laquelle règne pourtant le plus grand mystère. Dominic Anctil, qui enfile le chapeau de producteur au contenu du Bye Bye pour une deuxième année, et Laurent Paquin, nous ont livré quelques secrets sur la rétrospective comique qu’on découvrira jeudi…. Sans, évidemment, trop en révéler.

Comment définissez-vous l’année qui se termine?
Dominic Anctil : «C’a été une année très remplie. Il y a eu beaucoup d’événements, autant dans les faits divers qu’en politique. Il y avait beaucoup de matériel, on n’en a pas manqué!»
Laurent Paquin : «Il faut faire un tri dans ce qu’on garde ou pas, parce que c’est quand même une émission qui dure seulement une heure et demi.»
Dominic Anctil : «On fait un focus group, et on sait qu’il y a des affaires qu’on ne gardera pas. Il y a des choses qu’on aime, qu’on veut faire, qu’on trouve pertinentes, et où les gens du focus group vont moins rire, mais qu’on trouve importantes d’inclure. Des sujets dont on veut absolument traiter. Mais on cherche évidemment à être les plus drôles possible. Et il y a aussi des affaires qu’on n’a pas réussi à faire. Des choses qu’on a essayées, qu’on aurait voulu voir dans le Bye Bye, mais on n’y est pas arrivés. On n’a pas trouvé le bon angle, et le sketch a été coupé.»

De qui doit-on absolument se moquer dans le Bye Bye, cette année?
Laurent Paquin : «Je pense que vous allez aimer le sketch sur Joël (Legendre)!»
Dominic Anctil : «Tout le monde y passe, même les gens qu’on aime beaucoup.»
Laurent Paquin : «Les gens ne pourront pas nous accuser de faire du favoritisme.»
Dominic Anctil : «Les gens vont nous accuser de tout! (rires)»
Laurent Paquin : «On peut dire qu’on ne peut pas ne pas parler de Justin Trudeau et des autres politiciens qui ont marqué l’actualité, cette année. Ce n’est pas une surprise si je dis que je risque de faire Denis Coderre! Ça fait trois ans, que je fais Denis Coderre. On ne se demande pas si c’est Hélène Bourgeois-Leclerc ou Laurent Paquin qui va faire Denis Coderre (rires). Donc, je refais Denis Coderre. Mais, pensez à quelque chose qui vous a marqué politiquement, et il y a des chances que ça soit dans le Bye Bye. Moi, je trouve qu’on a ratissé bien large.»

Quelles sont les étapes de production d’un Bye Bye?
Dominic Anctil : On commence les rencontres à la mi-août, et l’écriture commence à la fin septembre, parce que l’actualité change vite (NDLR : les auteurs sont Pascal Barriault, Jean-François Léger, Benoît Pelletier et Louis-Philippe Rivard, tandis que Mathieu Gadbois, Pierre-Luc Gosselin, Francis Piquette et Alain Chicoine réalisent). Si on traitait de l’actualité du printemps dans un Bye Bye, on aurait l’impression d’être en retard, d’être obsolètes sur l’information. Donc, les premiers textes sont écrits à la fin septembre, début octobre, et, ensuite, en octobre, novembre et décembre, c’est le grand tourbillon.»
Laurent Paquin : «Pour qu’un événement du printemps soit dans le Bye Bye, il faut que ça aie frappé très fort. Un événement de février, ça se peut qu’on l’aie complètement oublié. Les gens peuvent même avoir l’impression que ça s’est passé l’année d’avant.»
Dominic Anctil : «Et, comme le Bye Bye est la dernière revue de l’année qui arrive, il faut se garder un espace pour les événements de dernière minute, pour pouvoir les intégrer. Parfois, en studio de son, on ajoute une réplique à un personnage. C’est arrivé l’an dernier.»
Laurent Paquin : «L’an passé, Marjo venait d’avoir des problèmes avec la justice. On avait aussi fait un petit clin d’œil à Jean Béliveau, qui était décédé. Dominic a toujours le nez dans son iPhone, au cas où un ministre démissionnerait, par exemple. Il peut arriver tellement de choses. Si tu nommes le ministre X ou Y dans un sketch, et qu’il y a un remaniement ministériel, si la personne n’est plus là, ton sketch est déjà passé date. Ce qui est un peu absurde, quand on y pense!»
Dominic Anctil : «Ensuite, François Avard, le script-éditeur, et Louis (Morissette) et moi sommes le pont entre l’écriture et la production, pour s’assurer que tout se tient et que rien ne se répète trop.»
Laurent Paquin : «Parfois, on fait deux gags sur le même sujet, et on laisse le public décider. Au focus group, on regarde lequel des deux est le plus populaire. L’autre prend le bord, et se retrouve peut-être dans le making of.»
Dominic Anctil : «Avec le focus group, c’est très clair, ce qu’on garde ou pas. Généralement, quand on a hâte qu’un sketch finisse, c’est qu’il ne sera pas dans le Bye Bye. En même temps, c’est très préliminaire, ce n’est pas peaufiné, mais c’est une réponse claire. C’est aussi déjà arrivé qu’il se produise quelque chose entre Noël et le Jour de l’An, mais moi, je n’étais pas là. Quand c’est le cas, il faut que ça soit quelque chose de majeur. Si c’est une catastrophe, on n’en parlera pas, mais on est toujours sur le qui-vive. S’il se passe quelque chose, on écrit rapidement, on ajoute une demi-journée de tournage…»

Pour les comédiens, comment ça se passe? Avez-vous une routine particulière, vous imposez-vous une discipline stricte pendant ces semaines de tournage?
Laurent Paquin : «Notre première lecture, cette année, a été à la mi-novembre. C’est toujours le plus tard possible. C’est un sprint. Le Bye Bye est un show qui parle de ce qui s’est passé dans une année complète, mais tout se fait à la fin complètement. Pour ce qui est de la méthode, je pense que chaque personne travaille différemment. Certains travaillent beaucoup plus leurs textes. Moi, je ne suis pas un gars qui répète beaucoup ses textes. Parce que j’ai une mémoire phénoménale (rires). Parfois, j’apprends sur place ce que je m’en viens faire.»
Dominic Anctil : «L’un des grands défis pour les acteurs, c’est justement que les textes arrivent souvent à la dernière minute. Il y a souvent des changements et on n’a pas vraiment de répétitions. On a une lecture, mais les acteurs travaillent leurs personnages chacun de leur côté. Beaucoup de choses se font sur le plateau. C’est un rythme effréné!»

À quel moment remettez-vous la version finale du Bye Bye à Radio-Canada?
Dominic Anctil : «L’an dernier, on l’a remise le 31 décembre. On a eu des problèmes techniques à la fin, et le Bye Bye a été terminé le 31 décembre, à 5h43, le matin! C’était comme un décompte! On travaille vraiment jusqu’à l’extrême limite. Et on pourrait peaufiner encore mais, à un moment donné, il faut laisser aller le bébé!»

Aujourd’hui, les sources d’information sont de plus en plus nombreuses. Certains regardent encore les bulletins de nouvelles télévisés, d’autres ne jurent que par Internet.Plusieurs sont sur Twitter, mais ce n’est pas le cas de tout le monde non plus. Comment arrivez-vous à rejoindre le plus vaste public possible, avec vos blagues?
Laurent Paquin : «Moi, je n’ai pas tellement à dealer avec ça, mais c’est vrai qu’on a beaucoup de sources d’informations. Par exemple, tu peux vouloir faire un gag sur un sujet, et réaliser que, juste sur Twitter, 48 blagues sur le même sujet ont été faites dans la dernière demi-heure. Ça nous force à être plus originaux, je pense.»
Dominic Anctil : «Il y a des choses qu’on a été obligés de jeter, littéralement. Par exemple, un sketch tourné il y a très longtemps ; puis, une nouvelle est sortie, qui ramenait notre idée et, sur Facebook, il y a eu plein de gags, de parodies, qui étaient exactement la même chose que ce que nous, on avait fait. Et ce, même si on l’avait écrit il y a longtemps.»
Laurent Paquin : «Pour donner un exemple concret, on ne fera pas de parodie du vidéo de Adele. Parce qu’il y en a eu combien? 92, la semaine dernière? Il a été refait par les Muppets, par Saturday Night Live… Il y a maintenant tellement de sources où les gens peuvent voir des parodies, de l’humour, des personnages, des imitations… Nous, on arrive après tout ce monde-là, et on se demande ce qu’on fait avec ça.»
Dominic Anctil : «On a le casse-tête d’être familial, grand public, différent. Le Bye Bye, c’est une satire. Il faut être baveux.»
Laurent Paquin : «Il faut être baveux, mais pas trop méchant. On a des avocats qui travaillent très fort!»

Est-ce que quelqu’un s’est déjà blessé pendant le tournage du Bye Bye?
Laurent Paquin : «Patrice L’Écuyer s’est blessé, à un moment donné.»
Dominic Anctil : «Un technicien a reçu un panneau de décor sur la tête. C’est lui qui avait écrit toutes les blagues méchantes… (rires) Patrice s’est coupé un bout de doigt. Pierre Brassard a eu à faire des chorégraphies, mais il a de la difficulté avec sa coordination. Mais ce n’est pas une blessure, c’est un état de base! (rires)»
Laurent Paquin : «Pierre a plein de lésions internes..(rires)»

Dans une émission humoristique comme le Bye Bye, comment aborde-t-on des questions incontournables, mais délicates, comme les attentats de Paris et de Charlie Hebdo? On ne peut pas rire d’événements comme ceux-là…
Dominic Anctil : «C’est un grand défi. Le 31 décembre, on a envie de rire, de se sentir bien. On n’a pas envie de dire : «Cette année, rappelez-vous, il y a eu des attentats terroristes!» Ça tue un peu le party. On en fait mention. Il y aura une mention. Mais on n’en dit pas plus…»
Laurent Paquin : «En partant, on ne peut pas rire de ça. Et ça vient juste d’arriver. Le 11 septembre, il y a des blagues qui ont été faites après, qui étaient hilarantes, mais c’a pris un certain temps. Là, c’est trop tôt. On verra. Un jour. Mais peut-être pas dans un Bye Bye. Moi, pour l’instant, je ne vois pas ce qu’on pourrait faire de drôle avec ça, mais qui sait…»
Dominic Anctil : «C’est une question d’angle, de distance. On en fait mention, mais de façon particulière. Vous verrez!»

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